Howard Gardner et sa théorie sur les intelligences multiples

9 août 2017 dans Psychologie 524 Partagés

Pendant des décennies, on a pensé que l’intelligence était une fonction mentale unitaire qui décrivait notre capacité à solutionner les problèmes, fondamentalement dans la zone logique-mathématique. Cependant, il y a presque trente ans, Howard Gardner a remis en question cette idée et l’a fait avec de bons arguments. Son alternative face à la conception globale d’intelligence a été la théorie des intelligences multiples.

Ainsi, Gardner s’est rendu compte que les personnes n’avaient pas une intelligence globale qui pouvait être appliquée à toutes les sphères de leur vie, mais qu’elles développaient différents types d’intelligence, ce que Gardner appelle les intelligences multiples. Ainsi, les dernières théories en psychologie sur la multiplicité des intelligences laissent derrière elles la conception plus classique, et probablement injuste, de l’intelligence.

Comme nous le disions précédemment, il n’y a pas si longtemps de cela étaient évaluées et favorisées l’intelligence logico-mathématique et l’intelligence linguistique. A la différence de cette conception, la théorie des intelligences multiples comprend la compétence cognitive comme un ensemble d’habilités, de talents et de capacités mentales que l’on appelle « intelligences ». Nous possédons tou-te-s ces habilités, capacités mentales et talents à différents niveaux de développement.


La théorie des intelligences multiples comprend la compétence cognitive comme un ensemble d’habilités, de talents et de capacités mentales que Gardner appelle « intelligences ».


La définition de l’intelligence selon Gardner

La réussite à l’école ne fait pas tout

Gardner définit l’intelligence comme la « capacité à résoudre des problèmes ou à élaborer des produits qui soient précieux dans une culture ou plus ». Ainsi, tout d’abord, il élargit le champ de ce qu’est l’intelligence et reconnaît ce que l’on sait intuitivement, à savoir que certaines sortes d’intelligences gardent une relation avec les bons résultats scolaires, mais qu’il y en a d’autres, pas moins importantes, pour lesquelles ce n’est pas le cas.

D’un autre côté, le dossier scolaire n’est généralement pas la variable qui prédit le mieux comment une personne s’en sortira dans la vie. Il y a des personnes qui obtiennent de très bons scores dans les tests d’intelligence classiques, mais qui sont incapables, par exemple, de faire preuve d’un minimum d’habilités au moment de choisir leurs relations sociales.

Triompher dans les affaires, ou dans le sport, cela requiert d’être intelligent-e, mais à chaque domaine son type d’intelligence. Ni mieux ni pire, mais bien différent. Autrement dit, Einstein n’est ni plus ni moins intelligent que Michael Jordan, simplement leurs intelligences appartiennent à des champs différents. De fait, pour aller dans le sens de cette théorie des intelligences multiples, il faudrait adapter la forme d’enseignement de l’intelligence à chaque personne, de manière à ce que cette adaptation diminue le coût de l’apprentissage (temps, ressources, énergie…).

L’intelligence est une habilité qui peut être développée

D’autre part, Gardner définit l’intelligence comme une capacité. Jusqu’à il y a peu de temps, l’intelligence était considérée comme quelque chose d’inné et d’inamovible. On naissait intelligent-e ou non, et l’éducation ne pouvait rien changer à ce fait. Cette croyance était tellement ancrée dans les esprits qu’à certaines époques de l’histoire et pas si éloignées de la nôtre, on n’éduquait pas les personnes qui présentaient des déficiences mentales, car on considérait cela comme un effort inutile.

Définir l’intelligence comme une capacité en fait une habilité que l’on peut développer. Gardner ne nie pas la composant génétique, mais soutient que ces potentialités se développeront d’une manière ou d’une autre en fonction de l’environnement, des expériences vécues, de l’éducation reçue, etc.


L’intelligence est une habilité qui peut être développée. Tous les êtres humains sont capables d’élargir leur intelligence.


Aucun-e sportif-ve de haut niveau n’arrive au sommet sans s’entraîner, aussi bonnes soient leurs qualités naturelles et innées. On peut en dire autant des mathématicien-ne-s, des poètes, ou des gens émotionnellement intelligents. En raison de cela, selon le modèle des intelligences multiples proposé par Howard Gardner, tous les êtres humains sont capables d’élargir le développement de leur intelligence, soutenus dans leurs capacités et leur motivation.

La théorie des intelligences multiples : 8 types d’intelligences

L’intelligence logico-mathématique

On la définit comme la capacité à comprendre les relations abstraites. On y a recours pour résoudre les problèmes de logique et de mathématiques. Cette intelligence correspond au mode de pensée de l’hémisphère logique et a toujours considéré au sein de notre culture comme l’intelligence unique (Morchio, 2004:4).

Cette intelligence implique la capacité d’utiliser les nombres de manière efficace, d’analyser les problèmes logiquement et de les étudier scientifiquement (Gardner, 1999a). Ces personnes ont des facilités pour résoudre les mystères, travailler avec des nombres et des calculs complexes, pour organiser l’information en tableaux, réparer les ordinateurs, faire des casse-têtes de génie et de logique, et pour jouer aux jeux vidéos.

Aussi, les personnes dotées de cette intelligence peuvent estimer, deviner et se souvenir de nombres et de statistiques avec facilité (Armstrong, 2003). C’est l’intelligence des mathématicien-ne-es, des scientifiques, des ingénieur-e-s et des logisticien-ne-s (Gardner, 1999a).

L’intelligence linguistique

C’est l’intelligence la plus reconnue dans l’enseignement-apprentissage d’une langue étrangère car elle implique de lire, d’écrire, d’écouter et de parler (Morchio, 2004). Cette intelligence suppose une sensibilité au langage oral ou écrit et la capacité d’utiliser le langage pour atteindre le succès dans toute chose. Cela inclut des habilités dans l’usage de la syntaxe, de la phonétique, de la sémantique et des usages pragmatiques du langage (la rhétorique, la mnémotechnique, l’explication et la métalinguistique) (Morchio, 2004:4).

Les personnes qui préfèrent cette intelligence donnent la sensation d’être très naturelles quand elles expliquent, enseignent ou persuadent car leur précision au moment d’utiliser le langage est très haute. Elles préfèrent passer du temps à lire, raconter des histoires ou des blagues, regarder des films ou écrire un journal, créer des oeuvres, écrire des poèmes, apprendre des langues étrangères, jouer à des jeux de mots ou étudier (Armstrong, 2003).

C’est l’intelligence des avocat-e-s, des auteur-e-s, des poètes, des maître-sse-s, des comiques et des orateur-trice-s (Gardner, 1999a).

L’intelligence musicale

Cette intelligence inclut la « capacité de percevoir les formes musicales » (Guzmán & Castro, 2005:185). Elle suppose une facilité dans la composition, l’interprétation, la transformation et la valorisation de tout type de musique et de sons (Gardner, 1999a).

Ces personnes ont une « sensibilité au rythme, aux cadences, au ton et au timbre, aux sons de la nature et de l’environnement » (Guzmán & Castro, 2005:185). Ce sont des personnes qui passent la plupart de leur temps à chanter, écouter de la musique, jouer des instruments, assister à des concerts, créer de la musique ou chantonner quand elles étudient (Armstrong, 2003).

C’est l’intelligence des amoureux-ses de la musique : les compositeur-trice-s, les chanteur-se-s, les ingénieur-e-s du son, les musicien-ne-s, les professeur-e-s de musique, etc. (Guzmán & Castro, 2005).

L’intelligence spatiale

L’intelligence spatiale concerne la capacité de former et d’imaginer des dessins en deux ou trois dimensions (Armstrong, 2000a). Elle concerne aussi le potentiel de comprendre, manipuler et modifier les configurations de l’espace large et limité (Gardner, 1999a).

Pour les personnes dont l’intelligence la plus développée et la spatiale, il est plus simple de se souvenir des photos et des objets plutôt que des mots. Elles se fient aux types de voitures, de bicyclettes, de vêtements et de cheveux (Armstrong, 2003).

Ces individus préfèrent passer du temps à dessiner, griffonner, peindre, jouer aux jeux vidéos, construire des modèles, lire des cartes, étudier des illusions optiques et des labyrinthes. C’est l’intelligence des architectes, des pilotes, des navigateur-trice-s, des joueur-se-s d’échecs, des chirurgien-ne-s ou des artistes. Aussi des peintres, des artistes graphiques et des sculpteur-se-s (Gardner, 1999a).

L’intelligence corporelle et kinesthésique 

L’intelligence corporelle et kinesthésique constitue la capacité d’utiliser le corps (tout ou partie) pour exprimer des idées, apprendre, résoudre des problèmes, réaliser des activités ou construire des produits (Gardner, 1999; Morchio, 2004).

Les personnes dotées de cette intelligence sont celles qui acquièrent des habilités physiques de manière rapide et facile. Elles aiment bouger et faire du sport. Ce qu’elles préfèrent à l’école, c’est la récréation ou le cours d’éducation physique et sportive (Armstrong, 2003). Elles peuvent danser avec grâce, faire du théâtre, et imiter les gestes et les expressions de différentes personnes (Armstrong, 2003). Ces personnes pensent quand elles bougent, et sont plus à même d’apprendre quand elles sont en mouvement (Armstrong, 2003).

Cette intelligence est celle qui est généralement plus développée chez les athlètes, les ballerines, les acteur-trice-s, les chirurgien-ne-s, les artisans, les inventeur-se-s, les mécanicien-ne-s et les professeur-e-s techniques (Gardner, 1999).

L’intelligence interpersonnelle

L’intelligence interpersonnelle concerne la capacité de se fier aux choses importantes pour d’autres personnes, se souvenant de leurs intérêts, de leurs motivations, de leur point de vue, de leur histoire personnelle et de leurs intentions. Elles prédisent souvent les décisions, les sentiments et les actes des autres (Armstrong, 2003; Gardner, 1993a; 2006).

Les individus chez qui l’intelligence interpersonnelle est la plus développée sont des personnes qui aiment discuter, apprendre en groupes ou en couples, et travailler ou faire des activités avec d’autres personnes (Arsmtrong, 2003). Elles passent beaucoup de temps à aider les autres et se portent volontaire pour différentes causes importantes (Armstrong, 2003). De plus, « ce sont de bons médiateurs en cas de conflits sociaux » (Guzmán & Castro, 2005:187).

Ce sont des personnes qui communiquent facilement, ayant recours à un langage corporel et verbal. De plus, elles ont beaucoup d’ami-e-s, ressentent sincèrement de la tendresse pour les autres, et savent comment motiver les autres (Armstrong, 2003). C’est l’intelligence des maître-sse-s, des thérapeutes, des conseiller-ère-s, des politiques, des vendeur-se-s et des leaders religieux (Gardner, 2006).

L’intelligence naturaliste

L’intelligence naturaliste est déterminée par une sensibilité aux formes naturelles et aux caractéristiques géologiques de la terre. Elle concerne la capacité à distinguer et classifier les détails et les éléments de l’environnement urbain ou rural (Morchio, 2004).

Ces personnes aiment faire du camping, partir en randonnée, prendre soin des animaux de compagnie et vérifier ainsi que catégoriser les noms et les détails des personnes, des animaux, des plantes et des objets dans leur environnement (Armstrong, 2003). Cette intelligence est plus importante pour les cultures dépendantes de la chasse, de la pêche et des vendanges.

C’est l’intelligence des scientifiques de la nature et de la société, des poètes et des artistes ; en général, iels identifient les détails et utilisent leur habilité perceptive dans leurs professions, de même qu’iels la développent (Gardner, 1999a).

L’intelligence existentielle

Il est possible d’avoir une intelligence existentielle, ou une intelligence des grandes questions. Cependant, Gardner (2006) n’a pas affirmé qu’il s’agit d’une intelligence véritable. Elle répond à presque tous les critères, sauf celui de l’évidence qu’il y a certaines parties du cerveau qui sont liées aux questions philosophiques de l’existence.

La clé de cette intelligence est la tendance à conduire la pensée aux questions et à la recherche de réponses plus transcendantales. Les personnes dotées de cette intelligence délibèrent sur ces questions comme : Pourquoi la vie existe-elle ? Pourquoi la mort existe-elle ? Pourquoi y a-t-il des guerres ? Que se passera-t-il dans le futur ? Qu’est-ce que l’amour ? (Gardner, 2006).

Dans l’intelligence existentielle, il y a une composante spirituelle. Elle n’est pas considérée comme une intelligence en elle-même. De fait, les personnes très spirituelles qui s’intéressent de près aux affaires religieuses ont poussé Gardner à étudier l’intelligence existentielle. La vérité, c’est qu’il y a certaines personnes qui présentent une plus grande habilité à méditer. Elles ont plus d’expériences spirituelles ou psychiques (Gardner, 1999a).

La théorie des intelligence multiples de Gardner suppose une révolution. Elle élargit le spectre des personnes que l’on peut considérer comme intelligentes, ouvrant un chemin fascinant qui nous invite à considérer la possibilité que chaque personne a des potentialités qui lui sont uniques et qu’elle peut atteindre le succès si elle les identifie et les développe. La théorie des intelligences multiples apporte une vision généreuse à l’être humain, qui semble plus réaliste que la discrimination sélective de ces rares personnes qui émanent de la conception unitaire et plus classique d’intelligence.

Bibliographie :

– Gardner, H., Pratiquer les intelligences multiples, 1995

– Lazear, D., Seven ways of knowing: Teaching for multiple intelligences (en français : « Sept formes de savoir : enseigner les intelligences multiples »), 1991a

– Fonseca Mora, M.C., Las inteligencias mutliples en la enseñanza del español: Los estilos cognitivos de aprendizaje (en français : « Les intelligences multiples dans l’enseignement de l’espagnol : les styles cognitifs d’apprentissage »), 2007

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