Première séance en cas de crise suicidaire ou d'automutilation

L'intervention lors d'une crise suicidaire ou d'automutilation est peut-être l'une des plus délicates. La pression que peut ressentir le thérapeute dans ces cas est grande. C'est pourquoi nous nous concentrons sur les premiers moments, où la possibilité d'un suicide est plus importante.
Première séance en cas de crise suicidaire ou d'automutilation

Dernière mise à jour : 27 juillet, 2022

L’Organisation Mondiale de la Santé signale le suicide comme la première cause de mort violente dans le monde entier, loin devant les homicides et les décès causés par des conflits armés. En Espagne, en 2016, le nombre de suicides accomplis a doublé le nombre de décès par accidents de la route. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous consacrons cet article à la crise suicidaire.

Par ailleurs, il s’agit de la deuxième cause de mort non naturelle entre 15 et 25 ans. Le suicide, et toute la psychopathologie qui l’accompagne, pourrait donc être considéré comme une épidémie. Un fléau qui ravage constamment la santé publique et le bien-être des êtres humains. L’intervention lors d’une crise suicidaire est indiquée comme un outil pour sa prévention.

Les mythes et les préjugés à propos du suicide et la crainte d’un hypothétique – et empiriquement réfuté – effet d’appel font que le suicide ne fait pas les gros titres dans les médias par rapport à sa prévalence. Par conséquent, l’éducation autour de ce sujet est rare. Et cette lacune est souvent et malheureusement comblée par les mythes.

Tomber dans les mythes lors d’une intervention pour une crise suicidaire peut également être une erreur qui doit être corrigée, en raison de l’impact sur la personne qui vient en thérapie et son pronostic postérieur.

Une femme triste assise contre un mur.

La crise suicidaire et la première séance

Tout d’abord, il est pertinent de savoir que parler de suicide n’augmente pas la possibilité que l’individu emprunte cette voie. Il ne faut donc pas avoir peur de poser des questions concrètes à propos des idées suicidaires ou des conduites d’automutilation.

En effet, des outils d’évaluation tels que le BDI-II (Beck, Steer, Brown et Vazquez, 2011) posent des questions explicites non seulement sur l’intention suicidaire mais tentent également d’établir des niveaux d’intention suicidaire. C’est pourquoi, en plus d’un outil de mesure standardisé, les thérapeutes devraient pouvoir évaluer librement, sans craindre de renforcer ces idées.

L’évaluation doit être exhaustive. Notamment en ce qui concerne le soutien social et environnemental, la présence d’une éventuelle pathologie médicale, les antécédents psychopathologiques et familiaux, les tentatives antérieures de suicide et l’exploration du geste suicidaire (méthode utilisée, planification, intentionnalité…). Puis, sur cette base, évaluer la nécessité d’une hospitalisation.

Cependant, les possibilités d’admission n’existent pas toujours, ou parfois les tentatives de suicide ne sont pas si pressantes. Dans ce cas, les thérapeutes disposent de 50 minutes de séance pour travailler avec la personne et la motiver à suivre la thérapie.

Comportements alternatifs et contrôle des stimuli

Une première mesure concerne le nombre de séances de l’individu. En général, la thérapie psychologique est gérée avec des rendez-vous hebdomadaires. Dès la première séance au cours de laquelle le thérapeute reçoit le patient avec des idées suicidaires, il est déterminant que le nombre de séances augmente à une fréquence d’au moins deux fois par semaine. Ainsi, le patient ne devra faire face qu’à deux ou trois jours sans soutien thérapeutique.

D’autre part, il est trop précipité de prétendre que le patient dispose rapidement de stratégies d’affrontement à développer lors de ses crises suicidaires. Jusqu’à ce qu’il puisse atteindre ce niveau avec une plus grande autonomie, il est judicieux de travailler dans l’alliance thérapeutique deux jours par semaine. En introduisant certaines des tâches décrites plus loin.

Lors d’une première séance, il n’est pas possible d’attendre du patient qu’il gère correctement ses émotions. C’est pourquoi l’objectif n’est donc pas qu’il évite les idées suicidaires ou l’automutilation dans les moments de crise, mais qu’il dispose d’un ensemble de comportements alternatifs qu’il peut appliquer lorsque le mal-être augmente.

Ces conduites peuvent être : se doucher, mettre de la musique, lire, faire une promenade, parler avec un ami ou une personne proche d’un autre sujet que le mal-être… Même si elles semblent plutôt banales, elles obligent la personne à sortir de chez elle et à établir un contrôle des stimuli avec des comportements incompatibles avec le suicide. Elles peuvent donc être décisives pour empêcher la personne de réaliser des actions dangereuses envers elle-même dans les moments de crise suicidaire.

Il est important qu’une liste de ces conduites soit dressée pendant la première séance, puis que le thérapeute insiste sur leur importance. Si le patient fait référence à une crise suicidaire au cours de laquelle il n’a pas utilisé ces alternatives, il serait intéressant d’évaluer pourquoi.

Raisons de vivre et photographies de vie en réponse à une crise suicidaire

La restructuration cognitive postérieure à la première séance est nécessaire pour identifier et mettre en évidence les raisons de vivre. Cependant, étant donné que la première séance sera insuffisante pour établir un dialogue socratique adéquat et efficace, une simple liste, avec des photographies si possible, peut être fournie pour motiver les comportements alternatifs au suicide.

L’objectif de la liste des raisons de vivre est que le patient l’ait à portée de mains dans les moments critiques où le négatif vient prendre toute la place. Cette mesure, ainsi que les autres, doit toujours s’accompagner d’une évaluation bien réfléchie.

Par conséquent, si le patient déclare ne pas avoir d’ami, d’animal de compagnie, de proche ou de loisirs, il est préférable de ne pas faire cette liste.

De plus, pour faciliter sa mise en œuvre, il existe des applications mobiles telles que Prevensuic, avec des outils comme “Raisons de vivre” ou “Mes photos de vie” qui peuvent être utiles en séance.

Un thérapeute avec une patiente.

Un contrat de non-suicide, est-ce utile?

Le contrat est écrit à la main entre le patient et le thérapeute et est valable jusqu’à la prochaine séance. Par exemple, le patient doit s’engager à ne pas se suicider dans les trois jours qui suivent la rencontre. Lors de la prochaine séance, le contrat sera signé à nouveau, renouvelant ainsi sa validité. La signature du contrat se diluera au fur et à mesure des séances et sera de moins en moins nécessaire à mesure que les pensées suicidaires seront moins prononcées.

Dès la première séance, des activités peuvent donc être menées pour doter le patient de ressources pour faire face à une crise suicidaire. Le fait de disposer de listes, de papiers, de documents où la crise suicidaire est valorisée et prise au sérieux peut être le début d’une alliance thérapeutique. Une connexion qui sera centrale pour le développement de la thérapie et l’amélioration de l’état d’âme du patient.

Enfin, les tâches effectuées lors des prochaines séances devront être plus spécifiques et puissantes. Néanmoins, proposer des conduites alternatives, un contrôle des stimuli, des outils de psychologie positive ainsi que des contrats sont des actions réellement déterminantes pour une personne qui perçoit le suicide comme la seule et ultime option.

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L'effet Werther était le terme inventé par le sociologue David Phillips en 1974 pour définir l'effet imitatif du comportement suicidaire.



  • Chiclana, C. y Giner, L. (2011). Protocolo diagnóstico del paciente con riesgo de suicidio. Protocolos de práctica asistencial, 10(85), 5777- 5781.