Pourquoi ne pouvez-vous pas mettre fin à une relation dans laquelle vous souffrez d’abus psychologique ?

· 21 janvier 2019
Il est certaines relations que l'on sait toxiques, et auxquelles nous n'arrivons pourtant pas à mettre un terme. Comment expliquer ce paradoxe ?

Si vous souffrez d’abus psychologique et êtes malheureux-se, la question qui se dessine à l’horizon est : pourquoi ne partez-vous pas ? Une réalité très complexe peut se cacher derrière cette question. Beaucoup la posent généralement à la personne qui connaît cette relation douloureuse et usante. La peur se dissimule dans ces liens de domination. Tout comme la honte, l’indécision, la confusion et même l’amour. Ce sont des situations difficiles à comprendre pour ceux qui ne les vivent pas.

La neuroscience nous dit souvent que notre cerveau est fait pour favoriser la connexion entre nous. Ainsi, au début d’une relation, ce ne sont pas seulement un engagement ou une vie en commun qui s’érigent. Nos structures cérébrales s’habituent aussi à ce lien. Elles s’habituent à ce quotidien partagé, à cette affection, à l’intimité de cet espace mutuel.

Par conséquent, lorsque des comportements abusifs apparaissent, l’autre personne choisit souvent de minimiser leur effet. Le cerveau refuse de traiter avec clarté la réalité du dommage. Il s’attache au lien car accepter la vérité peut être extrêmement douloureux. Petit à petit, la perception devient floue et se transforme en un mécanisme sophistiqué d’auto-défense pour préserver l’idée que tout va bien.

L’abus psychologique est un piège très intelligent. Nous ne pouvons donc pas banaliser le sujet en disant que la victime est aveugle, naïve ou indécise parce qu’elle ne réagit pas face à cette situation. Les tactiques abusives utilisées par la personne dominatrice se basent souvent sur des stratégies aussi sibyllines qu’implacables. Il n’est pas facile de s’échapper de cette toile d’araignée du jour au lendemain.

« Donnez des mots à la douleur : le malheur qui ne parle pas chuchote au fond du cœur qui n’en peut plus, jusqu’à ce qu’il le brise. »

-William Shakespeare-

adolescent inquiet victime d'abus psychologique

Vous souffrez d’abus psychologique et ne pouvez pas mettre fin à la relation : pourquoi ?

Si vous souffrez d’abus psychologique, vous mettrez du temps à accepter cette réalitéIl est possible que votre entourage vous ait demandé comment vous pouviez tolérer certains actes, certains mots, certains comportements. Cependant, vous prenez vos distances quand ils vous font un commentaire de ce genre. Les autres ne voient pas ce que vous voyez dans votre conjoint. Vous vous dites à vous-même que c’est quelqu’un de spécial, quelqu’un qui en vaut la peine.

Vous vous répéterez ce discours interne, jour après jour, jusqu’à ce qu’il finisse par ne plus cadrer. Jusqu’à ce que vous vous rendiez compte du piège dans lequel vous êtes tombé. À ce moment, il est commun qu’une autre dynamique se mette en place. Car même si vous prenez conscience de l’abus, vous ne vous sentirez pas assez fort pour mettre un terme à la relation. Car à ce moment précis, la peur fera son apparition.

On nous signale dans des études comme celle menée par Jacobson. N, Gottman. JM et Gortner. E de l’Université de Washington que ces situations peuvent en moyenne se prolonger entre deux et cinq ans. Les raisons pour lesquelles il est si difficile de mettre fin à une relation alors que vous souffrez d’abus psychologique sont les suivantes.

L’état de « congélation » psychologique

L’abus psychologique a, en fin de compte, le même impact qu’un trauma. C’est un mal qui opère au quotidien, à travers les choses les plus subtiles. Il s’agit d’un coup qui est constamment porté à l’estime de soi, à la dignité, au concept de soi.

La victime finit par souffrir des mêmes symptômes que lors d’une situations de stress : épuisement mental, maux de têtedouleurs musculaires, petites pertes de mémoire… Tout cela la conduit souvent à un état de « congélation » psychologique. En d’autres termes, la personne finit par se séparer de ses émotions pour ne pas souffrir, pour ne pas ressentir de douleur. L’agresseur est donc encore plus motivé à lui faire du mal.

abus psychologique

Tactiques d’abus qui changent le style de pensée

Nous négligeons souvent une chose dans les effets de la maltraitance psychologique : la personne qui maltraite part toujours avec un avantage clé. Il s’agit bien sûr de l’amour. Elle se servira constamment de cet ingrédient pour avoir le pouvoir. Chaque demande, chaque fil qu’elle fera bouger en sa faveur seront justifiés par l’affection, cette fausse affection à double tranchant qui fera toujours céder l’autre personne.

La victime se servira d’auto-justifications, de dissonances cognitives et de fausses croyances pour s’intégrer dans ces dynamiques et ne pas souffrir. Petit à petit, ces tactiques de manipulation changeront même son style de pensée et sa personnalité. Elle en arrivera même à croire que tout est de sa faute, finira par se détester, aura honte, ressentira de l’anxiété…

Le besoin de nous réinventer de façon correcte

Lorsque vous souffrez d’abus psychologique, vous êtes obligé de vous réinventer en tant que personne. La détérioration est si grande, l’usure est si prononcée et la vulnérabilité est si palpable qu’il est compréhensible d’avoir du mal à rassembler ses forces et à mettre un terme à la relation.

Nous aurons besoin de soutien, de personnes de confiance et de professionnels qui nous aident à nous réécrire de façon correcte. Nous aurons besoin de guérir. L’abus psychique peut ne pas laisser de marques visibles alors qu’il nous efface complètement. Il gomme des identités, il estompe des qualités, il brise l’estime de soi et biaise des valeurs.

Nous pouvons nous réécrire une fois de plus mais de façon saine, en utilisant l’encre de la résilience et le papier de l’espoir. Donnons vie à quelqu’un de plus fort et préparé à écrire de meilleurs chapitres. Car même si le passé ne s’oublie pas, ce n’est qu’une partie de notre histoire. Il n’a pas à nous définir : il peut seulement servir à créer des étapes plus belles, des récits plus heureux.

 

  • González-Ortega, I., Echeburúa, E., & De Corral, P. (2008). Variables significativas en las relaciones violentas: Una revisión. Psicologia Conductual.
  • Jacobson, NS, Gottman, JM, Gortner, E., Berns, S., y Shortt, JW (1996). Factores psicológicos en el curso longitudinal del maltrato: ¿cuándo se separan las parejas? ¿Cuándo disminuye el abuso? Violencia y víctimas , 11 (4), 371–92. https://doi.org/methoden;qualitative inhaltsanalyse