La peur se nourrit de l’ignorance

1 août 2017 dans Emotions 311 Partagés

La peur est une émotion de base positive, tant qu’elle fait partie de notre équipement d’outils de survie. Même si la ressentir est désagréable, son apparition est un signe de santé mentale. Dès lors qu’elle répond à un danger réel. À l’inverse, quand elle surgit face à une menace imaginaire, elle correspond à un syndrome névrotique et prend généralement la forme d’une angoisse.

Comme d’autres émotions, la peur peut aussi atteindre différents niveaux d’intensité. Elle va de la simple méfiance à la panique. Dans les peurs de moindre niveau, la situation se résout avec une relative facilité, alors que quand cette émotion a une forte intensité, elle peut annuler l’autonomie de l’être humain. De fait, il existe des cas de paralysie totale à cause de la peur. L’émotion paralyse littéralement l’individu.

Les peurs névrotiques sont parfois très complexes et peuvent même se maintenir une fois que la stimulation qui les réveille a disparu. De plus, il y a des manières d’être et des plans de vie qui se construisent totalement sur la peur. On agit ou on cesse d’agir, toujours en fonction de la crainte de quelque chose ou de quelqu’un. Et il existe aussi des peurs inculquées socialement pour briser la liberté des gens et les rendre plus manipulables.

La peur de l’inconnu

L’une des peurs fondamentales, qui est présente chez tous les êtres humains, est la peur de l’inconnu. Si un objet ou une situation sont trop étrangers pour nous, nous en avons peur, même s’il ne s’agit pas une menace pour nous. Si vous croisez quelqu’un qui a quatre bras, et qu’il apparaît soudainement, vous allez sûrement faire un bond en arrière. Si vous n’avez aucune connaissance en biologie, la peur peut être encore plus grande. Pour finir, plus que la méconnaissance, ce qui alimente la peur c’est l’impossibilité de compréhension.

Ce qui est familier génère chez nous de la tranquillité et l’exotique nous effraie à différents degrés. Ce que nous comprenons nous rapproche du sentiment de familiarité, alors que le bizarre, l’étrange, mais surtout ce que nous considérons comme incompréhensible, nous fait peur.

Si nous nous confrontons à une situation nouvelle, mais qui n’a pas d’éléments que nous pouvons reconnaître, nous nous sentons plus tranquille. Par exemple, quand nous visitons une ville que nous ne connaissons pas mais qui a des maisons, des immeubles et des rues comme la ville dans laquelle nous vivons. À l’inverse, si nous nous trouvons dans un paysage complètement inconnu et différent, la situation peut varier. Par exemple, nous nous retrouvons dans l’Antartide et un animal que nous n’avons jamais vu apparaît. L’une des réactions naturelles sera la peur.

L’ignorance et la peur

Connaître et comprendre nous tranquillise, méconnaître et ignorer nous met dans un état d’alerte. Nous n’avons pas besoin d’aller jusqu’à l’Atlantide pour vivre cette sensation. Dans le monde actuel, nous vivons entouré-e de dangers anonymes et assez sérieux, comme la fameuse « insécurité » publique. Dans certaines zones ou pays, on sort dans la rue et on ne sait jamais ce qui peut se passer. Si on vous dit que cette rue est dangereuse, même si elle semble calme, vous aurez peur quand vous y passerez.

C’est la même chose avec le phénomène du « terrorisme ». Il provoque de la terreur précisément car nous ignorons quand, où et comment il va apparaître. Ne pas pouvoir le situer dans un espace déterminé le rend possible partout. Il devient alors une menace omniprésente qui donne lieu à une peur constante. Dans ce cas, comme dans le précédent, c’est l’inconnu qui est en jeu. L’impossibilité de prévoir ou de situer une menace que nous pressentons, qui existe ou dont nous avons des preuves, met en marche nos mécanismes d’alerte.

Le comportement de ces phénomènes est imprédictible, car nous ne pouvons pas compter sur l’information, ni sur les connaissances qui nous permettent d’organiser une réponse cohérente. Toutes « ces menaces mondiales » nous rendent plus ou moins anxieux-ses et font que nous considérons nos leaders autoritaires d’un bon œil. Ils représentent le contrôle que nous n’avons pas sur les faits. D’une manière ou d’une autre, ils nous sauvent de ces incertitudes face aux dangers.

Mais tout comme les hommes primitifs craignaient l’orage car ils ne savaient pas ce que c’était, ni comment s’en défendre, les êtres humains modernes ont peur de ces rafales de danger. Précisément car elles peuvent nous faire beaucoup de mal avant que nous ayons eu le temps de mettre les moyens en place pour sortir de leur influence.

Comme dans les époques passées nous inventions des dieux pour obtenir leur protection, nous octroyons aujourd’hui des qualités extraordinaires à certains leaders qui promettent de conjurer le danger. Ainsi, tout comme la connaissance nous libère et nous rend plus capable, l’ignorance nous condamne à l’esclavage de la peur. 

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