Pères et enfants : la marque de l’abandon d’un père

16 mai 2017 dans Psychologie 2485 Partagés

La marque que l’abandon du père crée sur un fils ou une fille un vide émotionnel très important. Cet énorme trou finit par isoler, déprimer et engendrer la déstructuration émotionnelle de notre réalité personnelle à tous les niveaux.

Nous savons, grâce à des dizaines d’années d’études sur l’attachement, que les liens affectifs sains garantissent le développement d’une vie pleine dans laquelle régneront les relations saines, une bonne estime de soi, l’assurance et la confiance en les autres. D’un autre côté, l’attachement incertain débouche sur de l’insécurité, une faible estime de soi et la méfiance envers les personnes qui nous entourent.

Un lien affectif négatif entre les pères et les enfants engendre des comportements destructeurs et une énorme angoisse. C’est pourquoi réaliser un exercice d’introspection et de distanciation postérieure sur cet événement nous aidera à le comprendre et à le faire évoluer pour garantir une plus grande libération émotionnelle et par conséquent, une structuration de notre personnalité (c’est-à-dire de notre manière de nous comporter avec nous-mêmes et avec notre entourage).

Ainsi, dans cet article, nous allons essayer de faire la lumière sur cela pour rediriger notre réalité émotionnelle.

La difficulté de définir un père et la relation d’abandon

On parle actuellement des rapports familiaux avec plus de facilité qu’auparavant. Cependant, quand on a dû faire face à la figure d’un père absent qui a également quitté le foyer familial pour n’importe quelle raison, on doit composer avec une définition de quelque chose d’indescriptible.

Dans ces cas-là, quand on pose des questions à quelqu’un sur son père, il ne peut que tituber, baisser les yeux et répondre de manière diffuse et avec des faux-fuyants. Cela est manifeste de la difficulté que l’on a de définir le vide sentimental et de gérer les cicatrices que l’abandon laisse en nous.

À ce sujet, nous devons souligner qu’il existe de nombreux types d’abandon. En effet, nous pourrions parler d’autant de types qu’il y a de cas dans le monde. Parmi les plus fréquents, nous pouvons trouver :

  • Le père absent émotionnellement, mais présent de manière physique. Si nous prêtons attention à la réalité socio-émotionnelle de notre entourage, nous comprendrons que ce type d’éducation est quelque chose de très commun au fil des ans.
  • Le père qui nous a abandonné avant, pendant ou après notre enfance. La douleur de l’abandon physique et émotionnel par choix des figures de référence sème des graines très importantes dans notre maturité. Il est difficile de gérer la réalité que l’on doit vivre dans ces cas-là. En effet, comment accepter qu’une personne qui devrait vous accompagner de nombreuses années dans votre vie choisisse de s’éloigner de vous d’une certaine manière ?
  • Le père qui nous abandonne physiquement et affectivement durant l’enfance ou à l’âge adulte. Cet abandon se tintera très probablement de trahison. C’est pourquoi cela requiert une élaboration verbale très consciente.
  • L’absence de la figure paternelle quasi intégrale. Nous trouvons ici plusieurs options :
    • Le père qui est mort de façon précoce et qui n’a pas eu la possibilité de jouer son rôle dans notre vie.
    • Le père qui est mort, mais que nous avons connu. Dans ce profil, l’aspiration et l’idéalisation créeront un  vide caractéristique.

La gestion d’un lien détruit ou destructeur

L’élaboration psychologique au niveau émotionnel et au niveau de la pensée ne dépend pas seulement de l’enfants, mais de l’entourage dans son intégralité. L’ombre du père absent tiraille toujours, d’une façon ou d’une autre, la vie de famille.

Il n’est pas facile d’accepter que notre père, l’image de référence par excellence avec la mère, ne reste pas dans notre vie. Voilà pourquoi son absence détermine avec force notre évolution émotionnelle.
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D’un autre côté, il est possible que, selon notre position dans la hiérarchie familiale, certains membres de la famille assument le rôle de pères sans l’être par compassion ou par nécessité. Il peut aussi arriver que ce soit nous qui ressentions la pression de gérer certaines circonstances.

Il faut également évoquer l’éternel questionnement de ce que l’on considère comme père, un dilemme habituel, et des implications compliquées. Ce qui est naturel, c’est que le père émotionnel soit aussi le père qui nous a donné naissance. Pourtant, comme on le voit, ce n’est pas toujours le cas.

Nous devons donc souligner qu’en fonction du moment évolutif et des circonstances qui entourent l’abandon, nous assumerons certaine qualités, tâches, obligations ou rôles qui ne nous correspondent pas. Il faut ainsi retenir que :

  • Si cette figure nous manque d’une manière ou d’une autre durant la première enfance (0-6 ans), il convient de parvenir à la plénitude émotionnelle que requiert cette étape durant laquelle nous cimentons notre croissance.
  • Si l’abandon se produit lors de la seconde enfance (6-12 ans), la difficulté à consolider la base de l’attachement sain sera aussi réduite (ou bien détruite). Ainsi, durant l’adolescence, étape à laquelle il devient fondamental d’avoir un soutien, une référence et des limites bien précises, il est facile que l’acquisition d’une identité solide se déstructure.
  • Dans le cas de l’enfance et de l’adolescence, des moments évolutifs durant lesquels la personnalité n’est pas structurée, l’anxiété, la tristesse et la douleur d’une perte marqueront profondément notre façon d’être et de nous positionner dans le monde.
    • Autrement dit, il s’agit de la genèse d’une déstructuration interne qui n’aurait pas dû se produire naturellement. Voilà pourquoi c’est un événement particulièrement traumatisant qui marquera notre être et notre manière d’interagir avec les autres.
  • Quand l’abandon se produit durant l’enfance, et même à l’âge adulte, l’élaboration qui se précise adopte d’autres teintes, car l’absence et l’abandon du père génèrent des incongruences en soi et dans la manière dont on établit des relations.
    • Il est habituel de se voir envahi par le manque d’assurance, la méfiance et la peur d’être trahi-e. Parce que l’abandon irréfutable à l’âge adulte finit par s’élaborer rapidement comme une trahison. À ce moment, il nous faut effectuer une lecture émotionnelle beaucoup plus consciente et, pour cela, nous ressentirons le besoin d’y mettre des mots.

Quand on y met des mots, les teintes de l’abandon sont plus crues, car nous n’anesthésions pas la réalité. En revanche, nous l’assombrissons probablement encore plus. Quoi qu’il en soit, notre armure se durcit et, en même temps, se fragilise, rendant la reconstruction plus compliquée.

Nous connaissons les secrets, nous nous rendons compte de la réalité et nous savons lire entre les lignes, mais nous ne sommes jamais préparé-e-s pour nous défaire de l’idée du père comme mentor, protecteur et comme héros.
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Soulager la douleur pour vivre avec la perte

Notez que nous ne parlons pas de surmonter la perte, mais de vivre avec elle. On peut surmonter  la perte de nos clés, et même de notre jouet préféré, mais surmonter la perte d’un père est impossible.

Cela doit se comprendre ainsi parce que si nous essayons de nous convaincre que la perte de notre père ne va pas nous affecter, nous ferons des châteaux en Espagne. C’est une erreur que de croire qu’un fait possédant une telle charge affective ne puisse pas nous affecter.

Élaborer et gérer la marque de l’abandon d’un père requiert un pardon individuel et familier auquel il n’est pas facile de parvenir. Si notre entourage altère constamment la figure de notre père, si nous observons une grande douleur chez notre mère, chez nos frères ou chez nos grands-parents, nous projetterons probablement le même deuil à l’intérieur de nous.

Être conscient-e-s de cela se traduit d’une manière progressive, car nous aurons tendance à séparer la douleur des autres et la nôtre. Évidemment, ces deux douleurs forment un cocktail qui nous rendra vulnérables pour toujours, d’une certaine manière.

Mais si nous capturons les traces de souffrance et si nous encapsulons chaque événement de manière isolée, nous parviendrons à une meilleure compréhension des faits. Cela nous aidera à ne pas accumuler la douleur ou les émotions qui l’accompagnent pour continuer à avancer plus légèrement sur notre cheminement émotionnel.

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