Le fait de trop aimer peut nous détruire

4 mai 2017 dans Emotions 1349 Partagés

Lorsque nous parlons d’amour, « plus » semble toujours être synonyme de « mieux ». Mais avaler ce mensonge, c’est comme avaler une pilule empoisonnée déguisée en bonbon. Si nous analysons les moments vécus aux côtés de la personne que nous aimons, et que la souffrance gagne avec une victoire écrasante, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. Nous sommes devenu-e-s des victimes de ce que l’on appelle « l’amour ».

Aimer, ce n’est pas souffrir. Ce n’est pas se sacrifier constamment et toujours imaginer le pire. Aimer, ce n’est pas être aveugle. Ce n’est pas se justifier jusqu’à l’impensable ni pardonner tous les faits, quels qu’ils soient. Aimer, ce n’est pas dépendre. Ce n’est pas développer un cordon ombilical qui nous enchaîne à notre conjoint.

Aimer, ce n’est pas seulement une question de quantité, mais de qualité. Aimer, ce n’est pas sur-protéger, ce n’est pas rester derrière pour résoudre tous les problèmes que l’autre sème, ni protéger dans du coton un enfant enfermé dans un corps d’adulte. Et bien sûr, aimer, ce n’est pas finir complètement dépouillé-e physiquement ou mentalement. Si la relation nuit à notre équilibre émotionnel voire même à notre santé et à notre intégrité physique, nous aimons probablement trop.

« L’idée que l’amour en couple n’attend rien en retour est une invention des soumis : si vous donnez, vous voulez recevoir. C’est normal, c’est la réciprocité. »

-Walter Riso-

Les masques dans le couple

Il semble y avoir un grand abîme entre les hommes et les femmes dans la manière de comprendre et d’envisager les relations. Les idéaux culturels, l’éducation reçue, l’environnement familial dans lequel on a grandi et même la biologie sont les caractéristiques impliquées.

Les expériences de l’enfance avec les figures de référence et notamment les parents jouent un rôle fondamental dans la manière dont nous appréhendons nos relations avec les autres et tout au long de notre vie. Situations douloureuses et difficiles, manques affectifs, absence de figures importantes ou manque de limites sont seulement quelques facteurs qui marquent notre manière de chercher et de donner de la tendresse.

D’un côté, certaines femmes ont tendance à gérer l’amour en développant une forte dépendance ou une obsession pour l’autre personne. Le torrent d’émotions est vécu de manière très intense et s’exprime via le besoin de soins et de compréhension de la part de l’autre, ces femmes adoptant un rôle de « sauveuses » dans de nombreuses situations. Ainsi, il est assez ironique de voir que les femmes peuvent répondre avec compassion à la douleur des autres et rester impassibles et aveugles face à la douleur de leur propre vie.

« Si un individu est capable d’aimer de manière productive, il s’aime aussi lui-même ; s’il ne sait aimer que les autres, il ne sait pas aimer absolument. »

-Erick Fromm-

D’autre part, beaucoup d’hommes échappent à leurs émotions grâce à des stratégies « externalisantes, c’est-à-dire en devenant obsédé-e-s par leur travail, en consommant des drogues ou en passant leur temps libre à des loisirs qui laissent peu de temps pour penser. Ce sont souvent des stratégies de blocage émotionnel dues à l’incapacité de gestion et de compréhension de ces émotions. Ils ne font pas face au mal être ou aux problèmes car cela leur demande un effort ingérable, accablant, honteux ou culpabilisant, qu’il vaut mieux éviter.

Ce type de comportements peut survenir aussi bien chez les hommes que chez les femmes, mais ce sont généralement ces dernières qui développent des modèles de soin et de sacrifice qui ont pour but de rechercher et d’offrir de la tendresse, alors que les hommes essaient de se protéger et d’éviter la douleur via des objectifs extérieurs plutôt qu’intérieurs, impersonnels plutôt que personnels.

Quand est-ce trop ?

Nous sommes souvent insatisfait-e avec notre conjoint mais nous refusons de voir la réalité en face en disant que c’est sûrement une mauvaise passe. Nous justifions l’expérience en pensant que c’est ainsi que se passent les relations, passionnelles au début et tortueuses jusqu’à la fin.

Nous pardonnons les actions de l’autre en nous convainquant nous-même que tout changera. Ou peut-être que nous n’avons pas le courage suffisant pour casser la relation car « nous avons peur de faire mal ». En réalité, derrière tout cela, se trouve notre propre peur de souffrir. Nous avons peur d’être seul-e ou de ne pas trouver quelqu’un d’autre qui puisse nous supporter.

Qui n’est pas tombé-e amoureux un jour de quelqu’un qui ne ressentait pas la même chose ? Ou peut-être que vous avez eu des relations sexuelles excellentes et enivrantes mais que le reste de la relation était un calvaire. Peut-être que vous vous êtes découvert-e vous-même agissant comme un-e père/mère avec votre conjoint ou que vous croyez que sans une personne à vos côtés, plus rien n’a de sens.

Les situations que nous pouvons vivre sont très nombreuses, c’est pour cela que nous commettons beaucoup d’erreurs et que nous inventons de multiples manières de nous tromper nous-mêmes, dans le but d’adoucir la douleur.

« La culpabilité, la honte et la peur sont les mobiles immédiats de la tromperie. »

-Daniel Goleman-

Peut-être que si vous vous analysez la manière dont vous agissez et dont l’autre agit, vous trouverez des morceaux qui s’assembleront, des chapitres qui se répéteront, indépendamment du conjoint que vous avez en face de vous. Les conjoints entrent et sortent de notre vie mais nous trébuchons sur les mêmes pierres.

Il arrive un moment où nous sommes plongé-e-s dans un cercle vicieux, qui ne fait que se répéter. Nous sommes incapables d’en sortir et nous ne savons même pas comment nous en sommes arrivé-e-s là. Encore une fois la même mélodie dramatique, les mêmes accords amers et même si l’orchestre change, vous en êtes toujours le/la chef-fe. Même si la personne n’est pas la même, même si le moment est différent, même si vous vous êtes promis de ne pas recommencer la même chose, vous êtes encore une fois en train d’aimer à l’excès, trop et trop mal.

Les traces du passé

Pourquoi cela arrive-t-il ? Les modèles que nous apprenons dès le plus jeune âge pour construire nos relations avec les autres restent très ancrés, nous les portons en nous toute la vie et le fait de les abandonner ou de les changer est menaçant et suppose un terrible défi. Mais il est encore plus difficile de s’en rendre compte et d’avoir conscience de la réalité de la situation, d’être capable de voir de l’intérieur ce qui est en train de se passer.

La clé consiste à commencer par se comprendre, se demander pourquoi nous cherchons de manière incessante quelqu’un dont s’occuper ou à protéger, pourquoi nous ne parvenons pas à parler quand nous essayons d’expliquer ce que nous ressentons. Et pourquoi nous finissons par abandonner. Pourquoi nous avons un besoin refréné de savoir ce qu’est en train de faire l’autre personne et de la contrôler quand elle n’est pas près de nous, ou pourquoi, malgré notre souffrance, nous maintenons une relation qui est déjà morte.

Si votre manière de construire des relations vous fait du mal et fait du mal à la personne qui se trouve en face de vous, mais que vous ne faites rien pour le comprendre ou le changer, votre vie ne sera pas un chemin pour grandir mais une lutte de survie. Si aimer est douloureux, c’est le moment de s’aimer soi-même pour stopper la douleur.

« S’aimer soi-même est le début d’une histoire d’amour éternelle. »

-Oscar Wilde-

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