Nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre

· 4 mai 2018

Nous autres, êtres humains, voulons être sûrs de tout. Nous avons tendance à croire que nos opinions sont très fondées et valables, même si nous ne savons souvent pas pourquoi nous pensons comme nous le faisons. Il n’est pas rare que ces caractéristiques l’emportent sur la raison elle-même. C’est pourquoi il se dit que nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre.

Cela est dû au fonctionnement de l’attention sélective. Elle consiste à se concentrer uniquement sur certains aspects, en laissant de côté les autres, notamment quant aux croyances et aux opinions. Il peut sembler logique d’agir de la sorte, car il est impossible de prendre en compte tout ce qui se passe autour de nous. Cela devient néanmoins une erreur ou un biais cognitif qui nous amène à cesser de percevoir la réalité de manière adéquate.

« Savoir écouter est le meilleur remède contre la solitude, la loquacité et la laryngite. »

-William George Ward-

En effet, l’information que nous sélectionnons à travers notre mécanisme d’attention n’est pas nécessairement la plus valable ou pertinente. Nous essayons plutôt de prendre en compte seulement à ce qui confirme nos croyances ou valide nos opinions. C’est pourquoi nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre.

L’attention sélective et ses effets

D’une manière ou d’une autre, nous prenons toujours davantage en compte certaines réalités que d’autres. Le système cognitif de l’être humain possède des limites, raison pour laquelle il doit se concentrer uniquement sur certains aspects et se passer des autres, afin de fonctionner correctement. Il s’agit d’une réponse adaptative pour éviter une surcharge dans le traitement des stimuli.

nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre

Cependant, une attention sélective raisonnable peut facilement conduire à une sorte d’hermétisme face à la preuve. C’est ici que nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre. Nous érigeons un mur. Nous développons une attitude de fermeture envers tout ce qui remet en cause nos croyances ou nos opinions.

Nous réalisons presque toujours ce processus sans le savoir. Par exemple, nous ne nous entourons que de personnes qui pensent ou agissent d’une manière très semblable à la nôtre. Nous excluons les autres parce que nous supposons que les différences seront une source de conflit. De même, nous recherchons des environnements qui renforcent nos croyances et nous construisons l’idée que nous avons raison puisque tout et toutes les personnes autour de nous le confirme. En pratique, nous nous plaçons dans une position où nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre.

Nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre par un autre biais cognitif

Le biais d’attention sélective n’est pas le seul qui influence. Nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre à cause d’un autre biais : la confirmation. Il s’agit de la tendance à rechercher des preuves qui valident ce que nous pensons ou croyons. Et, en même temps, à ignorer les preuves qui remettent en cause la validité de nos opinions et croyances.

L’être humain le fait presque inconsciemment. Si nous rencontrons une information ou une personne qui soulève quelque chose contredisant ce que nous croyons, nous tendons à la rejeter. Nous n’examinons pas la validité de ce qu’elle dit. Nous refusons simplement de tester ses arguments. Même si ce qu’ils disent est pertinent, nous trouvons toujours un moyen de le réinterpréter pour qu’il corresponde à ce que nous croyons ou pensons.

Nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre

En fin de compte, nous ne sommes souvent pas intéressés à connaitre la vérité. Nous voulons confirmer que nous avons raison et utilisons tous les moyens pour y parvenir. Ceci est particulièrement valable pour les personnes peu sûres d’elles : elles sont plus tenaces dans leurs préjugés.

Les effets de cette situation

Le premier effet de nous maintenir dans une position où nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre est de rester dans une erreur possible. Nous nous privons de la possibilité de nous enrichir, d’élargir notre horizon et, surtout, d’accéder à un plus grand degré de vérité. Cela finit par générer d’autres problèmes.

Chez les personnes déprimées, par exemple, les biais d’attention sélective et de confirmation ont parfois des effets dévastateurs. Elles finissent par prendre en compte et valider tout ce qui réaffirme leur éloignement et leur souffrance face au monde et à la vie. Fondamentalement, elles se maintiennent dans une perspective qui ne fait qu’augmenter leur mal-être et leur malaise. Elles ne réalisent pas ce qu’elles font. Leur vérité s’impose sur des vérités plus objectives.

La même chose pourrait être dite pour les cas d’anxiété. Pour les cas où il existe une construction délirante, évidemment. C’est pourquoi il est si important de travailler pour sortir de cette condition dans laquelle nous écoutons seulement ce que nous voulons entendre. Il convient, au moins de temps en temps, d’approcher sans préjugés d’autres façons de voir et de penser, sans les juger ni être sur la défensive. Ouvrons-nous à la différence.