Mécanismes de défense névrotiques et psychotiques

16 septembre 2019
Dans la tradition psychanalytique, de nombreux articles ont été écrits au sujet des mécanismes de défense. Cependant, on en connaît peu sur leurs différences. La majeure partie des mécanismes de défense décrits sont issus de la névrose. D'autres sont considérés comme psychotiques et ils sont très importants pour comprendre le étapes du déclenchement de la psychose.d

Les mécanismes de défense sont des processus automatiques. Ils protègent l’individu de l’anxiété, de la perception des dangers internes et externes et des facteurs de stress. Ils agissent comme un tampon entre la réponse de l’individu au conflit émotionnel et les facteurs de stress internes ou externes.

Bien que la névrose et la psychose aient différentes occasions de « coïncider », les mécanismes qui les commandent sont différents. La différence principale réside dans leur relation à la réalité et leur manière de construire cette réalité. Dans le cadre de la névrose, la fantaisie règne comme réponse à un point de fixation. Dans celui de la psychose, en revanche, c’est une substitution complète qui règne et cherche à restituer un déni antérieur.

Mécanismes de défense spécifiquement névrotiques

La répression

C’est un mécanisme utilisé par le Moi afin d’empêcher les pensées générant de l’anxiété d’atteindre la conscience. C’est le mécanisme de défense le plus basique. Pour qu’un autre mécanisme de défense se déclenche, celui-ci doit d’abord être appliqué.

Le déplacement

Cela consiste à remplacer notre véritable désir, qui provoque de l’anxiété et est intolérable, par un autre désir qui n’en produit pas et qui est acceptable. Ce mécanisme peut expliquer la raison pour laquelle nous pouvons parfois développer soudainement une phobie. Par exemple, si nous nous sentons sales et que nous avons honte de l’exprimer, notre dégoût et notre phobie envers les cafards peut se développer.

Une femme appliquant des mécanismes de défense liés à la névrose

Mécanismes de défense névrotiques basés sur l’identification

L’identification

C’est un processus psychologique qui consiste à renforcer nos sentiments de valeur personnelle en adoptant les caractéristiques de quelqu’un que l’on admire.

L’identification projective

C’est un mécanisme décrit par Mélanie Klein. Il fait référence aux fantasmes employés par un sujet lorsqu’il projette sur un objet ses propres caractéristiques (totalement ou partiellement) afin d’en prendre le contrôle, de l’endommager ou de le posséder.

L’identification avec l’agresseur

Anna Freud et Ferenczi ont décrit ce mécanisme. Dans ce cas, le sujet projette sur lui certaines caractéristiques de la personne qui génère chez lui de l’anxiété. Il n’est alors plus l’individu menacé et devient l’individu menaçant.

La projection

C’est un mécanisme au travers duquel on attribue nos caractéristiques personnelles non reconnues et angoissantes à une autre personne ou à un objet. C’est un type de défense qui est identifiable dans les cas de psychose, de névrose et de perversion.

L’introjection

Ce mécanisme a été écrit par Ferenczi. C’est un processus inconscient par lequel un individu incorpore en lui les caractéristiques des autres qui ne lui sont pas adaptées. Par exemple, une personne déprimée peut s’attribuer les attitudes et la sympathie d’une autre personne.

L’identification correspondrait en réalité à la version « saine » de ce mécanisme. Elle suppose d’adopter les caractéristiques désirables des autres. L’introjection reviendrait quant à elle à « les avaler sans les digérer » ce qui finirait par créer un être déséquilibré.

Mécanismes de défense basés sur la transformation des pulsions

La formation réactionnelle

La formation réactionnelle est un mécanisme par lequel les pensées censurables sont réprimées et exprimées à travers de leurs opposés. Ce mécanisme de défense expliquerait notamment la manie qui cacherait une dépression refoulée.

La substitution ou formation substitutive

C’est un mécanisme au travers duquel on réprime tout comportement libidineux en le substituant par une autre comportement plus acceptable et conscient. Ainsi, on peut satisfaire un plaisir interdit de manière déguisée. Cela peut être le cas chez une personne ressentant de la répulsion vis-à-vis de son partenaire. Lorsqu’elle ne peut pas accepter la situation, elle réprime son émotion et l’exprime sous forme de réaction allergique.

La sublimation

C’est un mécanisme qui cherche à remplacer un objet ou une activité inacceptable par un autre objet ou activité dont la valeur sociale ou éthique est plus élevée.

La rationalisation

C’est la justification rationnelle des pensées ou comportements produisant de l’angoisse. Elle se différencie de l’intellectualisation. La rationalisation ne suppose pas l’évitement systématique de l’affection. Elle lui attribue des motivations plus plausibles que véridiques, en lui donnant une justification rationnelle ou idéale.

L’intellectualisation

Dans ce cas, l’individu tente de fournir une formulation discursive de ses conflits et émotions afin de les contrôler. Ce mécanisme est associé à l’isolement émotionnel qui accompagnerait normalement un événement douloureux, avec une explication rationnelle.

Mécanismes de défense basés sur la répression ou le déguisement de la pulsion

L’isolement

C’est un mécanisme par le biais duquel on se sépare consciemment de la représentation gênante de l’affection en se privant de toute connexion associative. Cela peut par exemple se développer chez un enfant victime de maltraitance. Il se sent angoissé mais incapable de faire le lien entre les deux éléments.

La formation d’un engagement

Cela correspond à une déformation de l’élément refoulé pouvant se manifester de différentes façons : dans les rêves, dans les symptômes, ou dans certaines productions artistiques.

L’annulation ou l’annulation rétroactive

Selon Freud, il s’agit d’un processus actif qui consiste à se détacher de ce que l’on a fait. L’individu tente de se convaincre qu’un raisonnement ou un acte n’ont jamais eu lieu.

La transformation (d’une pulsion) en son contraire

Cela consiste à transformer le résultat de la pulsion en son contraire. On transforme le résultat de la pulsion, non pas l’objet par le biais duquel elle est satisfaite.

Si mon partenaire m’abandonne, l’amour que je ressentais envers lu se transforme en haine. Je ressens désormais de la haine envers l’objet pour lequel je ressentais auparavant de l’amour. La pulsion s’est transformée, mais l’objet (mon partenaire) est resté le même.

Le dédoublement du moi

Mécanismes de défense spécifiquement psychotiques

Le déni

Selon Freud, ce mécanisme consiste à éliminer une représentation gênante non pas en l’effaçant (annulation), ni en refusant de reconnaître qu’elle nous appartient (négation). Il s’agit de nier la réalité même de la perception associée à cette représentation.

Dédoublement du Moi

C’est un mécanisme de défense psychotique contre l’angoisse de dissociation et de mort. Une partie du Moi resterait donc en contact opératoire avec la réalité qui ne perturbe pas. L’autre partie du Moi perdrait quant à elle tout contact avec cette réalité. Elle rejetterait ainsi tous les aspects trop angoissants et si nécessaire, reconstruirait en guise de compensation une nouvelle réalité plus tranquille et désirée (au travers du délire).

Dédoublement des perceptions

C’est le mécanisme des états limites. Il permet de lutter contre l’angoisse associée à la perte d’un objet et de mettre de côté les représentations dérangeantes. 

Une personne qui projette sur l’autre une mauvaise partie de sa réalité, mais sans perdre contact avec elle, est un bon exemple. Dans ce cas, la scission n’implique pas de perte de contact avec la réalité.

Répudiation ou exclusion

Forclusion est un terme employé par Lacan pour faire référence à l’exclusion. Cela suppose le rejet du sens primordial à la constitution de l’enfant en tant qu’individu différent de sa mère. Cela condamne donc l’enfant à ne pas devenir un sujet de l’univers linguistique préexistant et le prédispose à la psychose. 

Les mécanismes de défense se divisent en différents groupes qui sont liés aux niveaux de fonctionnement défensif. Dans le cadre du neuroticisme, ces mécanismes de défense s’articulent comme des protecteurs contre une réalité non tolérée, même si elle est toujours liée à celle-ci. 

Cependant dans la psychose, la réalité angoissante n’est jamais tolérée et les mécanismes de défense s’articulent en laissant la personne seule au contact de la réalité souhaitée ou imaginée et la privant de contact avec la dure réalité afin de tenter de stabiliser ses émotions. Parfois, cette stabilité émotionnelle s’obtient grâce à la construction du délire.