Le besoin de comprendre la maltraitance pour aider les victimes

· 19 juin 2018

Comprendre la maltraitance revient à comprendre le traumatisme. Nous pourrions apparenter les deux à un braquage, un braquage qui dépendra beaucoup de notre expérience. Ils peuvent nous voler notre identité, notre vie normale et même déterminer notre présent. Bien que les années soient passé depuis, le travail thérapeutique repose sur le fait de faire justice et d’empêcher le traumatisme de continuer à voler la vie et l’identité.

Parfois, les personnes qui expérimentent une situation critique ne sont pas très affectées car le plus grand problème lié à la santé mentale repose sur l’aspect chronique et la répétition d’une série d’états critiques. Notre disposition et notre expérience ne jouent pas uniquement un rôle important en matière de santé mentale, mais également sur tous les aspects de notre vie.

L’essentiel est invisible à l’œil et la maltraitance psychologique est ce qui génère le plus de souffrance et qui accompagne le reste des abus dont souffrent les victimes de violence. Comment cesser de se trouver dans le lieu où nous croyons devoir être ? Etre capables de répondre à cette question requière une connaissance du fonctionnement de la maltraitance. Cela aide à comprendre en profondeur la souffrance et la difficulté éprouvée à sortir de ce type de boucle ; c’est primordial pour éviter d’attribuer des étiquettes superficielles.

Le besoin de comprendre la maltraitance

A la fin de l’histoire de violence, les agressions peuvent augmenter car l’agresseur peut sentir son contrôle menacé. Il est donc primordial de discuter, de préparer et d’organiser des plans de sécurité pour quitter la relation ou mettre un point final à la violence.

maltraitance

Nous pensons qu’uniquement la moitié des femmes subissant une histoire de violence (qui dure généralement 6 ans) parvient à mettre un terme à la relation après une moyenne de 5 à 8 tentatives avant d’y parvenir. Dans ces cas, les ressources humaines (réseau social) et économiques sont la clé pour pouvoir quitter une situation de violence chronique.

La soumission, la terreur, l’incompétence (intellectuelle et émotionnelle), le manque de confiance, le contrôle, la sensation psychologique interne d’être sali(e) et la corruption (produit du viol) correspondent au cadre décrit par les victimes de violence. Si la victime maintient son critère de réalité, elle pourra accumuler (points d’inflexion et de non-retours) et mettre fin à la relation. Dans le cas contraire, d’autres schémas de violence peuvent se développer.

Comprendre la maltraitance revient à comprendre le traumatisme et aide à changer positivement la narration des événements.

La violence dans les relations intimes

Le pourcentage de femmes blessées par leurs compagnons est équivalent au nombre de femmes blessées dans des accidents de la route, par attaques ou agressions sexuelles. Environ la moitié des agressions provoquent des lésions physiques mais seulement 4 femmes sur 10 ont recours à une assistance médicale (Fisher, 2001).

On dit que les mots s’envolent avec le temps mais en matière de santé, les messages transmis sont très importants pour ceux qui les reçoivent. Comprendre la maltraitance d’un point de vue fonctionnel et adaptatif peut aider à modifier la narration des événements de manière positive.

Types de violences dans les relations intimes

La violence physique dans le contrôle coercitif

Dans son intention de comprendre la maltraitance, Stark (2007) compara la peur, l’ennui émotif, les difficultés à dormir et à se concentrer sur les victimes souffrant de violences physiques et/ou de contrôle coercitif, ce dernier étant beaucoup plus important. On pourrait dire qu’il existe différentes trajectoires de violence physique : briser les os, étrangler, abandonner, enfermer, attaquer avec des armes, lancer des objets sont quelques exemples des différentes stratégies utilisées.

La violence émotionnelle ou psychologique

La violence émotionnelle est très subtile et peut même faire plus de mal que les coups. Les victimes peuvent se sentir incompétentes intellectuellement, penser qu’elles sont folles ou qu’elles n’ont pas le droit d’être aimées ou encore qu’elles sont incapables d’aimer. Les manières les plus fréquentes d’effectuer de la violence psychologique et/ou émotionnelle sont :

  • Distance affective
  • Jalousie
  • Négation des droits de la victime
  • Humiliation
  • Critiques constantes et globales
  • Insultes
  • Contrainte de liberté (intellectuelle, professionnelle, sociale…)
  • Destructions d’objets ou de souvenirs
  • Menaces (de mort, de suicide, d’abandon…)
manipulation émotionnelle

D’autres types de violence

La violence peut détruire au plus profond du « moi », en passant par la confiance. Il existe d’autres types de violence qui s’exercent également au sein des relations intimes :

  • Violence sexuelle : elle se réfère aux actes non consentis ou réalisés sous la contrainte avec des pratiques sexuelles dégradant la victime.
  • Violence économique : implique des actions injustes liées aux possessions économiques de la victime (voler, obliger, ruiner, soumission…).
  • Violence spirituelle : cela peut varier entre le fait d’attaquer et/ou de rire voire même d’interdire certaines pratiques ou croyances religieuses.

Pourquoi est-il si difficile de quitter une situation de maltraitance ?

Comme nous l’avons vu, la maltraitance peut prendre différentes trajectoires. Mais la construction de la violence au sein des relations intimes constitue un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir. Les pas qui dessinent le chemin par lequel la violence va passer sont les suivants :

  • Contrat irréalisable : l’agresseur demande à la victime quelque chose qui n’est pas réalisable
  • Négociation concernant des différences
  • Intensification : cris, insultes, contraintes, menaces
  • Activation : activateur, agression
  • Complémentarité : fin de la dispute, regrets, pardon
  • Répétition des étapes antérieures

Comme dans toute crise, il existe des moments de stabilité, d’amélioration, de détérioration accélérée et/ou de régression. Mais nous ne devons pas oublier que les processus de récupération et de reconstruction sont possibles et que les deux accélèrent et coexistent avec la rupture. La violence transmet des messages très puissants et destructeurs. Le travail des victimes de violence repose donc sur le fait de donner les moyens « Toi oui, la violence non », car « seul le vivant peut suivre une psychothérapie ».

 

Références bibliographiques

Navarro Góngora, J. (2015). Violencia en las relaciones íntimas. Una perspectiva clínica. Barcelona: Ed. Herder.