Quand tu me prends dans tes bras, la douleur disparaît et la vie reprend son cours (synchronicité interpersonnelle)

5 août 2017 dans Psychologie 5763 Partagés

Une étreinte est une manière fascinante de se connecter. C’est le lien des amant-e-s qui mêlent leur peau pour caresser leurs cœurs, c’est le refuge de deux ami-e-s qui réaffirment leur complicité et c’est le foyer de l’enfant qui a besoin de grandir en sécurité auprès de ses proches. Collé contre la poitrine de sa mère, contre le cou de son père, là où il peut s’endormir et rêver, uni à ces personnes qui lui permettent de s’enraciner.

Les thérapeutes affirment que peu de choses en disent aussi long sur nous que la façon dont nous nous étreignons. Il y a les étreintes rapides, les étreintes éternelles et les étreintes maladroites, celles où l’on ne sait pas trop quoi faire avec nos mains et à quel endroit poser notre joue.

Tellement d’émotions se distillent dans ce corps relâché ou tendu, dans ce dos droit ou courbé et dans chaque mouvement, geste ou posture, qu’il n’est pas difficile de lire le degré de timidité chez les protagonistes, ainsi que l’insécurité, l’intimité ou le niveau de passion.


« Être avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps. »

-Borges-


Bien, mais que nous soyons d’authentiques doctorant-e-s dans l’art d’étreindre quelqu’un ou que nous évitions les embrassades avec la même gêne que Sherlock Holmes dans les récits d’Arthur Conan Doyle, une donnée nous sera sans doute d’un grand intérêt. Dans une étude publiée dans la revue “Neurosciencie News”, il est démontré comment une simple étreinte et cette proximité magique d’une personne qui est importante à nos yeux peuvent réduire, par exemple, l’impact de la douleur.

Les responsables de ce travail, la docteur Simone Shamay-Tsoory et le professeur Irit Weissman-Fogel, l’appellent « synchronicité personnelle », un terme passionnant qu’il convient de garder dans notre mémoire car nous allons entendre et lire beaucoup de choses de cette dimension dans les prochaines années.

Il suffit d’une étreinte pour nous synchroniser avec les personnes que nous aimons

Parfois, nous oublions que la peau est le plus grand « organe » de notre corps. Il s’agit d’un tissu fascinant ; les trois couches de cellules qui composent l’épiderme, le derme et l’hypoderme agissent comme une barrière protectrice, se régénèrent tous les mois et envoient à chaque instant des dizaines de milliers d’informations à notre cerveau.


Par ailleurs, en tant que donnée curieuse, il est utile de se rappeler que le bout de nos doigts, la plante de nos pieds et nos lèvres sont faits pour capter l’information la plus fine, la plus délicate et la plus sensible de notre environnement.


Par conséquent, dire qu’une étreinte est une authentique alliance des sens entre les êtres humains n’est pas du tout une exagération car ce geste social et affectif si habituel entre nous a en réalité un sens beaucoup plus profond que ce que nous pourrions croire.

Il ne s’agit pas seulement de recueillir une information et de l’offrir ; je te prends dans mes bras et tu me prends dans tes bras pour montrer une marque de tendresse, de sécurité, de confiance, d’amour ou d’amitié. Selon les révélations de l’Université de Haifa en Israël, les étreintes mettent en marche ce que nous connaissons désormais sous le nom de synchronisation personnelle.

Pour mieux comprendre ce concept très intéressant, nous devons placer notre regard sur un microscope à la puissance illimitée et mettre de côté tout ce qu’on nous a expliqué jusqu’alors à propos de la communication. Car une étreinte, en réalité, est beaucoup plus que du langage non-verbal : c’est un acte de connexion et de synchronie


Quand nous parlons de proximité et d’amour entre les personnes, il existe une sphère qui nous transcende, un tissu de particules invisibles qui nous connectent, qui nous entrelacent jusqu’à former un véritable cordon ombilical pour que nous nous réaffirmions avec notre groupe social… pour que nous prenions soin de nous.


Ainsi, les recherches de cette équipe scientifique ont prouvé, après avoir étudié 22 couples pendant 32 ans, que chaque fois qu’ils s’étreignaient, leurs rythmes cardiaques et respiratoires se synchronisaient, tous comme leurs ondes cérébrales. Nous entrons dans une même fréquence, dans un état de calme où le côté émotionnel régule le côté biologique, où la synchronisation physiologique parvient à diminuer la douleur physique, la souffrance, le stress, la peur, la fatigue…


« Plus il y a d’empathie au sein du couple, plus l’effet analgésique sera efficace en cas de douleur. Plus l’intimité est forte entre les deux membres et plus la synchronisation physiologique sera élevée. »

-Pavel Goldstein, chercheur sur le thème de la douleur dans le laboratoire de Neuroscience Cognitive et Affective à l’Université de Boulde, Colorado-


Je prends soin de toi, tu prends soin de moi

La synchronicité interpersonnelle n’apparaît pas seulement au sein d’une relation de couple. Quand un bébé arrive au monde, par exemple, son cerveau est encore très immature. Les neuf mois à l’intérieur du ventre de sa mère ne sont pas suffisants pour qu’il se développe tout seul, pour qu’il se lie au milieu qui l’entoure. C’est à ce moment qu’une chose doit être mise en pratique, que l’on connaît sous le nom de gestation externe, une seconde gestation hors de l’utérus qui se déroule sur la peau des parents, dans ce refuge parfait constitué par les bras de ses progéniteurs, de ses protecteurs.


« La tradition dit que chaque fois que nous étreignons quelqu’un sincèrement, nous gagnons un jour de vie. »

-Paulo Coelho-


C’est précisément là que se produit un autre type de connexion biologique fascinante, la synchronicité thermale. Quand un bébé a froid, la température de la poitrine de la mère peut monter de deux degrés ; s’il a chaud, l’inverse se produira. Le contact direct avec la peau de la mère contribue par conséquent à créer un refuge qui permet de synchroniser de multiples besoins biologiques, d’éteindre des peurs, d’offrir de la chaleur et de favoriser la maturation cérébrale de l’enfant.

Pour conclure, nous devons bien avoir à l’esprit que le contact physique, que ce soit sous forme de caresses ou d’étreintes, contribue à notre subsistance, à notre bien-être. La synchronicité interpersonnelle nous apprend que cette proximité, peau contre peau, nous place sur une même fréquence physique, émotionnelle et même énergétique, nous permettant ainsi de déployer un pouvoir authentique et fascinant auquel nous ne prêtons pas toujours attention, celui constitué d’amour et de tendresse qui réduit la souffrance, le froid, le stress, les préoccupations, les doutes… et même la douleur.

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