Lorsque s'arrêter revient à affronter le vide

26 novembre, 2020
"Tout va bien dans ma vie, et pourtant, je me sens vide." Une sensation que nous évitons souvent d'affronter avec des pansements provisoires qui nous empêchent d'identifier la racine du problème et de trouver une solution.

« J’ai tout ce que je veux dans la vie, et pourtant je me sens vide. » Il s’agit d’une phrase souvent prononcée lors de consultations psychologiques. Rien de ce à quoi nous aspirons ne nous rend heureux. Et nous essayons de nous occuper l’esprit pour ne pas y penser lorsque cela se produit.

Arrive néanmoins le jour où nous ne pouvons plus le supporter. De sorte que s’arrêter, c’est affronter le vide. Faire face à ce sentiment signifie découvrir les causes et cesser de poser des rustines ou d’élever des barrages qui ne seront qu’éphémères.

Certains ont peur d'affronter le vide.

La sensation de vide

Les mots manquent pour décrire le sentiment de vide. Vous comprenez certainement de quoi nous parlons si vous avez connu ce sentiment à un moment donné de votre vie ou si vous l’expérimentez en ce moment. Nous parlons parfois de vide « existentiel», car il bouleverse toutes nos idées sur le sens de la vie.

La sensation de vide suppose un profond mal-être ainsi que de vains efforts pour y mettre un terme. Contrôler la sensation de vide, c’est comme essayer de retenir l’eau avec les paumes des mains. Ce mal-être, auquel s’ajoute l’incertitude de ne pas savoir où diriger les efforts, peut conduire au désespoir.

De nombreuses personnes décrivent ce sentiment comme suit : elles ne ressentent aucun manque significatif, mais malgré cela, elles ne se sentent pas satisfaites. C’est comme atteindre un objectif suite à de nombreux efforts sans pour autant expérimenter la satisfaction escomptée.

Combler le vide

Le sentiment de vide est si troublant que l’impulsion initiale est de le combler le plus rapidement possible. Les personnes qui le ressentent font de multiples tentatives pour atténuer cette sensation. Elles recourent alors à des outils qui n’agissent généralement que comme des pansements temporaires.

L’une des stratégies les plus courantes est de remplir le temps avec de multiples activités. L’objectif est de remplir son temps libre pour ne pas avoir à réfléchir à la crise existentielle. Ceux qui ont recours à cette technique éprouvent souvent un forte anxiété dans les moments d’inactivité.

Une autre ressource utilisée pour atténuer cette sensation consiste à acquérir des objets matériels. Nombreux sont ceux qui cachent le sentiment de mal-être via des achats compulsifs, par l’acquisition d’objets dont ils n’ont pas besoin. D’autres développent des addictions à l’alcool, au jeu ou encore à la frénésie alimentaire.

Toutes ces stratégies ne sont que des palliatifs temporaires de la sensation de vide. Elles ne parviennent toutefois pas à l’apaiser. Ce type de comportements addictifs peuvent d’ailleurs générer d’autres problèmes de santé, ainsi que des problèmes économiques ou relationnels qui obligeront finalement la personne à demander de l’aide.

Pourquoi cette sensation se produit-elle ?

La sensation de vide est associée à l’humeur et à ce que nous appelons l’anhédonie. Un fonctionnement cérébral différent est à l’origine de cette incapacité à profiter de ce qui procurait autrefois du plaisir.

Ceux qui expérimentent cette sensation présentent moins d’activité dans le striatum, une composante cérébrale étroitement en lien avec la sensation de plaisir. Diverses pathologies psychologiques et des moments vitaux ont également un lien avec la sensation de vide. Parmi les plus importants, nous trouvons :

  • Troubles émotionnels tels que la dépression. Un trouble dépressif peut se développer lorsque la sensation de vide devient chronique. Les principaux symptômes sont alors le désespoir et l’anhédonie.
  • Processus de deuil. Il est courant de passer par une période caractérisée par un sentiment de vide lorsque l’on perd un être cher ou suite à une rupture amoureuse. Il en est ainsi car, la vie telle que nous la connaissions, a brusquement changé.
  • Avoir de très hautes attentes. Lorsqu’une personne concentre tous ses efforts sur un seul objectif et que le résultat n’est pas celui escompté, le sentiment de déception peut être profond. Cela se reflète, par exemple, dans les crises d’âge.
  • Vouloir avoir un contrôle excessif sur les choses. Les troubles du spectre névrotique se caractérisent par la sensation de vouloir tout contrôler et de disposer du temps nécessaire pour planifier. Découvrir que nous ne contrôlons pas certains aspects de la vie réveille la sensation de vide et de désespoir.
Pour certains, s'arrêter, c'est affronter le vide.

Découvrir l’origine de la sensation de vide

Cette sensation se connecte à un profond mal-être non spécifique. Nous ressentons un énorme mal-être, mais nous ignorons comment faire pour en sortir.

Les émotions peuvent alors être si intenses que certains tentent de les atténuer via certaines stratégies superficielles comme celles citées précédemment. Ces comportements ne sont néanmoins que des pansements temporaires pouvant créer davantage de difficultés que le problème initial lui-même.

Nombreuses et variées sont les causes à l’origine de la sensation de vide. Certaines correspondent à étapes de la vie nous obligeant à réévaluer nos objectifs vitaux. Un trouble de l’humeur, comme la dépression, peut néanmoins se développer lorsque cette sensation devient chronique.

Bien que cela soit difficile à admettre, les moments de vide ou de crise existentielle sont souvent nécessaires, car ils permettent le changement. Nous n’avons en effet pas d’autre choix que de trouver la cause de notre mal-être lorsque le vide nous submerge.

Cette recherche permettra de reconstruire une identité qui ne nous permettait pas jusque-là de nous sentir heureux. Il conviendra d’appliquer ce mécanisme de reconstruction aux différents domaines de notre vie, afin de nous réinventer.

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