Les endocannabinoïdes, des composés chimiques cérébraux similaires à la marijuana

04 mai, 2021
Les endocannabinoïdes sont des substances présentes dans la plante de la marijuana. Mais le cerveau produit également ces substances. Grâce à elles, nous modulons le plaisir, la douleur et même l'impact du stress.

Mémoire, repos, reproduction, plaisir et même régulation du stress… Les endocannabinoïdes sont des molécules fascinantes produites par le corps pour moduler le système endocannabinoïde (SEC). Si nous vous disions qu’une bonne partie de l’organisme est « inondée » de ces substances chimiques, il est possible que cela vous surprenne.

Rien de ce qui touche la biologie et la neurochimie n’est un hasard. Ces petites substances sont une pièce clé dans les systèmes de récompense cérébraux. Grâce à elles, nous réalisons de multiples processus quotidiens et n’importe quel désajustement dans leur production peut complètement altérer notre bien-être.

Ainsi, de récentes études démontrent que la moindre altération dans les endocannabinoïdes peut avoir une influence sur les processus de stress et d’anxiété. Par ailleurs, il est intéressant de savoir que même si ces éléments sont endogènes – c’est-à-dire que le cerveau les produit –, on peut aussi les retrouver dans la nature.

En effet, la plante de la marijuana possède aussi ces composés chimiques. Néanmoins, et c’est là qu’intervient la donné révélatrice que nous devrions avoir à l’esprit, nous avons tous déjà notre propre système cannabinoïde.

Un neurone.

Que sont les endocannabinoïdes ?

Il est vrai que les endocannabinoïdes sont l’un des composants actifs de la marijuana. Néanmoins, comme nous l’avons signalé, le cerveau les produit aussi de façon habituelle. Ils sont ainsi présents dans l’organisme et coulent dans le flux sanguin.

Les endocannabinoïdes sont, pour le dire de façon basique, des molécules de lipides (graisses) qui ont un but essentiel lorsqu’il s’agit de favoriser la communication entre les neurones. Des travaux de recherche comme ceux réalisés dans le département de sciences psychologiques et cérébrales de l’Université d’Indiana (Etats-Unis) nous indiquent quelque chose d’important.

Aujourd’hui, on n’a identifié que deux typologies de ces substances chimiques, l’anandamide (AEA) et le 2-araquidonilglycérol (2-AG). Quand ils agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes, de multiples processus basiques de notre quotidien se régulent, comme l’apprentissage, la mémoire, le sommeil, l’appétit et même l’humeur.

En outre, et il s’agit d’un point tout aussi important, ces molécules jouent un autre rôle essentiel. Les AEA et 2-AG modulent les circuits de récompense du cerveau. Elles le font en stimulant la production de dopamine : par conséquent, elles ne font pas que réguler notre motivation mais sont aussi essentielle pour intervenir dans les états de plaisir.

Quelles sont les fonctions des endocannabinoïdes ?

Même si on n’a identifié que deux types d’endocannabinoïdes, on devine qu’il en existe davantage au vu de leurs multiples fonctions. Par ailleurs, et pour comprendre comment ils fonctionnent, il est important de se rappeler que ces endocannabinoïdes endogènes sont des neurotransmetteurs naturels.

En d’autres termes, ils agissent comme des messagers chimiques dans le corps, qui envoient des signaux entre les cellules nerveuses. Voyons leurs fonctions.

Ils régulent notre énergie

Ces composants biologiques interviennent dans le repos nocturne et dans l’activation. Ils sont déterminants pour favoriser le sommeil, mais peuvent aussi activer notre motivation pour que nous ressentions du plaisir au moment de travailler pour un objectif.

Ils stimulent l’appétit

Le système endocannabinoïde central est impliqué dans un large spectre de processus physiologiques. L’appétit est l’un des plus importants.

La science a découvert une donnée curieuse il y a quelques années. Le principal composé psychoactif du cannabis, le Δ9-THC, agissait sur notre système endocannabinoïde, pour augmenter la sensation de faim chez des patients qui sont atteints d’anorexie ou même de cancer.

Circulation du sang

Parmi les deux endocannabinoïdes découverts, le 2-AG est l’un des plus importants dans le cerveau, le foie et les poumons. Dans ces organes, il produit de l’acide arachidonique, utilisé dans la synthèse de prostaglandines. Grâce à elles, des fonctions comme la pression sanguine, la coagulation du sang ou même la réponse inflammatoire allergique peuvent se réaliser.

Régulation de la douleur

Une chose qu’il est important de connaître sur le système endocannabinoïde est qu’il s’agit d’une des pièces clés dans la communication intercellulaire. Comme commenté un peu plus haut, il joue un rôle dans une large variété de processus physiologiques.

Par exemple, dans la régulation de la perception de la douleur. Ainsi, quand le cerveau détecte un processus inflammatoire ou la présence d’une blessure ou d’un coup, les endocannabinoïdes s’activent immédiatement pour réduire la souffrance.

Mémoire et apprentissage

La neuroscience nous donne des données importantes sur ces composés chimiques depuis de nombreuses années. L’une des plus importantes consiste à savoir qu’il y a des récepteurs d’endocannabinoïdes dans l’hippocampe et le cortex, ce qui favorise les processus de mémoire et d’apprentissage.

Étreinte entre amis.

Le système endocannabinoïde et les expériences sociales qui procurent du plaisir

Nous le signalions au début : tout notre corps est « inondé » de ces substances chimiques. Dans une récente étude publiée depuis l’Université de Muenster (Allemagne), on nous signale quelque chose qu’il vaut la peine de souligner. Les endocannabinoïdes AEA et 2-AG sont en effet essentiels dans le plaisir que nous ressentons dans les relations sociales quotidiennes.

Ces composés chimiques endogènes facilitent la libération de dopamine dans les centres de récompense du cerveau chaque fois que nous réalisons quelque chose que le cerveau interprète comme socialement positif. Une étreinte, une conversation avec nos amis autour d’un café, une promenade avec notre partenaire, jouer avec nos enfants…

Tout cela remplit notre torrent sanguin de ces composants similaires à la marijuana qui nous procurent du plaisir, du bien-être et du bonheur. Il n’y a pas de meilleure façon de réduire le stress et l’anxiété que de profiter de ces instants d’équilibre et de complicité avec ceux que nous aimons.

  • Redlich C et al (2021) The endocannabinoid system in humans: significant associations between anandamide, brain function during reward feedback and a personality measure of reward dependence. Neuropsychopharmacology, 46:1020–1027; https://doi.org/10.1038/s41386-020-00870-x
  • Lu, H. C., & Mackie, K. (2016). An Introduction to the Endogenous Cannabinoid System. Biological psychiatry79(7), 516–525. https://doi.org/10.1016/j.biopsych.2015.07.028