L’effet Lac Wobegon ou le fait de se considérer au-dessus de la moyenne

· 21 décembre 2017

L’écrivain Garrison Keillor a créé une ville fictive dénommée « le lac Wobegon ». Un lieu où, selon ses propres mots, toutes les femmes sont fortes, tous les hommes sont beaux et tous les enfants sont au-dessus de la moyenne. Cette définition a donné son nom à un biais cognitif connu comme l’effet du lac Wobegon, qui consiste à surestimer les capacités positives et sous-estimer les points négatifs.

Ce phénomène s’est aussi dénommé biais de l’optimisme; il s’agit d’un effet très habituel. Plus concrètement, 95% des conducteurs se considèrent au-dessus de tout le monde, de même que la majorité des étudiants. Penser que nous sommes au-dessus de la moyenne est un fait très commun. En fait, nous sommes habitués à juger en fonction de nos mérites, de nos stéréotypes et de nos attitudes inconscientes.

Si l’on nous demandait d’estimer notre niveau d’intelligence par rapport au reste des gens, la majorité parmi nous dirait que nous nous situons au-dessus de la moyenne. Certains se situeraient peut-être plus proches de celle-ci mais très peu reconnaîtraient être en-dessous.

L’effet Lac Wobegon est aussi lié à la supériorité illusoire, c’est-à-dire au fait de se considérer comme supérieur aux autres et omettre ses défauts et erreurs. De cette façon, l’individu établit une fausse supériorité liée à plusieurs aspects comme l’intelligence, la beauté ou le comportement.

« Beaucoup parmi nous avançons dans la vie en prenant pour acquis que nous avons toujours raison sur tout: en ce qui concerne nos convictions politiques et intellectuelles, nos croyances religieuses et morales, notre jugement des autres, nos souvenirs, notre façon de comprendre ce qui se passe. Si nous nous arrêtons un instant pour y penser, n’importe quelle personne dirait que notre situation habituelle est de prendre pour acquis, de manière inconsciente, que nous sommes très proches de l’omniscience ».

-Kathryn Schulz-

effet lac wobegon

La supériorité illusoire de se considérer au-dessus de la moyenne

Comme l’affirmait Charles Darwin, « l’ignorance engendre plus de confiance que la connaissance ». Par conséquent, la supériorité illusoire se remarque davantage chez les personnes incompétentes qui ont tendance à surestimer leurs capacités. Des personnes myopes incapables de reconnaître les habiletés et facultés des autres.

Cette auto-tromperie et ce problème de conscientisation cognitive sont habituellement liés à la vanité qui caractérise ce type de personnes; ainsi, en plus de se considérer supérieurs, ces individus sont incapables de reconnaître leur erreur. Accepter qu’ils ne savent pas quelque chose ou qu’ils n’ont pas certaines capacités ou habiletés est impossible pour eux.

Le plus intéressant à propos de ce biais cognitif est que plus on est incompétent, moins on en a conscience. Il touche surtout des personnes qui se vantent de leurs capacités intellectuelles, de leur culture et de leur intelligence alors qu’elles ne présentent pas réellement d’habiletés cognitives ou culturelles. Et, encore pire : elles n’en sont pas conscientes. Il faut quand même savoir que l’insécurité les domine, même si elles ne le montrent pas.

Malgré tout, avoir une vision favorable de nos propres capacités n’est pas une mauvaise chose; ce n’est pas non plus égoïste et cela ne signifie pas que nous soyons ignorants. Au contraire, cela nous aide. Le problème surgit quand nous ne savons pas fixer de limites et nous croyons les meilleurs en tout, en oubliant que nous avons aussi des carences et qu’il existe beaucoup de personnes qui possèdent de bonnes qualités.

« Une grande partie des difficultés que connaît le monde sont dues au fait que les ignorants sont complètement sûrs d’eux et que les personnes intelligentes sont pleines de doutes ».

-Bertrand Russell-

supériorité et infériorité

Les conséquences de l’effet Lac Wobegon

Les psychologues Justin Krugger et David Dunning de l’Université de Cornell à New York ont remarqué qu’en général, ces personnes qui étaient clairement en-dessous de la moyenne au niveau de leurs capacités intellectuelles et de leurs connaissances se croyaient les plus intelligentes, quel que soit l’endroit où elles se trouvaient. Nietzsche appelait ce groupe de personnes les bildungsphilisters ou le bétail savant. Il s’agissait des ignorants qui se vantaient de leurs diplômes et années d’expériences.

En fait, quatre des études les plus importantes sur l’effet Lac Wobegon coïncident avec ces résultats: un certain groupe de personnes avec des capacités légèrement basses a tendance à se considérer exagérément doué, présentant en outre de grandes difficultés au moment de reconnaître sa propre incompétence.

Au contraire, les personnes avec un rendement légèrement élevé s’associent à une probabilité de perceptions exagérément plus basses que leur rendement réel, c’est-à-dire qu’elles sous-estiment leurs aptitudes. Par ailleurs, étant donné qu’elles doutent d’elles-mêmes, elles se montrent moins sûres et ont tendance à douter face aux autres. Elles inspirent donc moins de confiance.

La surestimation des incompétents et la sous-estimation des personnes qui offrent un meilleur rendement mène, en général, à ce que l’on prenne plus en compte les premiers en raison de leurs grandes doses de sécurité et de confiance. Ce qui ne signifie pas que l’on ait raison de le fair e: cela veut juste dire que nous nous laissons emporter par les premières impressions.

Par ailleurs, la capacité nulle à identifier les limitations intellectuelles venant de l’effet Lac Wobegon débouche sur deux problèmes: une prise de décisions erronée et une incapacité à être auto-critiques. Ce qui implique un blocage au niveau de la capacité à grandir et évoluer sur le plan personnel.

L’existence de cet effet nous pousse à réfléchir sur la position que nous occupons par rapport à cette évaluation mais aussi au jugement que nous faisons des autres. Faisons-nous attention aux capacités et aux qualités des personnes ou faisons-nous confiance à l’assurance qu’elles affichent, sans la remettre en question ?

« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

-Albert Einstein-