L’Effet Dunning-Kruger : infériorité et supériorité fictives

10 novembre 2016 dans Curiosités 33 Partagés

L’effet Dunning-Kruger est une déformation de la pensée qui pourrait se synthétiser de la façon suivante : les personnes bêtes se croient plus intelligentes que ce qu’elles sont réellement, et les personnes intelligentes se croient plus bêtes.

Ou peut-être serait-il plus correct de dire : les personnes ignorantes sont sûres qu’elles en savent beaucoup, tandis que celles qui en savent beaucoup se sentent ignorantes.

Ce curieux effet a été découvert par David Dunning et Justin Kruger, deux chercheurs nord-américains de l’Université de Cornell.

Le premier, professeur de psychologie, a un jour appris une information qui l’a laissé perplexe ; le vol commis par McArthur Wheeler, un homme de 44 ans, qui a braqué deux banques sans masque et en plein jour. Il aura suffit de quelque heures à peine pour l’arrêter.


« La première étape vers l’ignorance, c’est le faut de se vanter de savoir. »

-Baltasar Gracián-


Ce qui a attiré l’attention de Dunning, c’est l’explication du voleur sur son monde d’opération ; en effet, il a indiqué qu’il n’avait utilisé aucun masque, mais qu’il s’était en revanche appliqué du jus de citron sur le visage.

Il espérait que cela le rende invisible sur les caméras de surveillance.

Pourquoi a-t-il cru cette bêtise ? Des amis à lui lui ont « appris » le truc, et il l’a vérifié : il s’est appliqué du jus de citron sur le visage puis s’est pris en photo, suite à quoi il a pu constater que son visage n’apparaissait pas sur la photo.

Bien évidemment, le jus de citron qu’il avait dans les yeux l’a empêché de voir qu’il n’a pas cadré la photo sur son visage, mais sur le toit. « Comment une personne peut-elle être si bête ? », s’est demandé David Dunning.

L’expérience Dunning-Kruger

Après de longues réflexions au sujet du comportement du voleur, Dunning s’est posé une question qui servira d’hypothèse pour sa recherche postérieure : se pourrait-il qu’un incompétent ne soit pas conscient de sa propre incompétence, précisément parce qu’il est incompétent?

Même si elle n’en a pas l’air, cette question a du sens.

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C’est alors qu’il proposa à son meilleur élève, le jeune Justin Kruger, de mener avec lui une recherche formelle sur ce sujet.

Ils ont alors convié un groupe de volontaires à participer à leur expérience, et demandé à chacun des participants à quel point ils se considéraient efficaces dans trois domaines : la grammaire, le raisonnement logique et l’humour.

Ensuite, on leur a fait passer des tests pour évaluer leurs compétences réelles dans chacun de ces domaines.

Les résultats de l’expérience ont confirmé ce que suspectaient déjà Dunning et Kruger ; effectivement, les sujets qui s’étaient définis comme « très compétents » dans chaque domaine ont obtenu les moins bons résultats dans les tests.

Au contraire, ceux qui s’étaient sous-estimés au départ ont obtenu les meilleurs résultats.

De nos jours, il est très fréquent de voir des personnes qui parlent avec une autorité apparente à des sujets qu’elles ne maîtrisent que très superficiellement.

En même temps, il est tout aussi fréquent que les vrais experts ne soient pas si catégoriques dans leurs affirmations, puisqu’ils sont conscients de l’amplitude de la connaissance ainsi que de la difficulté qu’il y a à affirmer quelque chose avec une totale certitude.

L’analyse de l’Effet Dunning-Kruger

Les organisateurs de cette étude non seulement ont noté qu’il existait ce biais cognitif, mais ils se sont aussi rendus compte que les personnes les plus incompétentes avaient tendance à sous-estimer les plus compétentes.

Pour autant, elles se sont montrées bien plus sûres d’elles et avaient un sentiment de suffisance bien supérieur, malgré leur ignorance…ou peut-être cela était-il précisément dû à leur ignorance.

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Après avoir réalisé l’expérience, les chercheurs sont arrivés aux quatre conclusions qui composent l’effet Dunning-Kruger :

  • Les gens se révèlent incapables de reconnaître leur propre incompétence.
  • Ils ont tendance à ne pas pouvoir reconnaître les compétences des autres.
  • Ils ne sont pas capables de prendre conscience du point auquel ils sont incompétents dans un domaine déterminé.
  • S’ils ne sont pas entraînés à améliorer leurs compétences, ils seront capables de reconnaître et d’accepter leur incompétence précédente.

Une fois établi l’effet de déformation qu’il y avait en ces personnes, il fallait toujours répondre à la question de pourquoi ce phénomène avait lieu.

Dunning et Kruger ont énoncé que le biais cognitif se produisait car les compétences nécessaires pour faire quelque chose de bien sont les mêmes dont on a besoin pour évaluer les bons résultats.

Autrement dit, comment se rendre compte du fait que quelque chose est mal fait, si on ne sait même pas comment il faut s’y prendre pour bien faire cette chose ?

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Les personnes avec de très bons résultats ont aussi présenté le biais cognitif. Dans ce cas, les chercheurs ont établi que ce qui se produisait était une erreur de perception, mieux connue sous le nom de « faux consensus ».

Cette erreur consiste en ce que nous avons tendance à surestimer le degré d’accord avec les autres.

Sûrement avez-vous vécu une fois la scène où deux personnes se disputent, et finalement, pour résoudre leur dispute, elles décident de consulter une tierce personne que toutes deux considèrent a priori comme neutre afin de les aider.

Ici, le faux consensus agirait quand les deux parties sont convaincues du fait que l’observateur impartial sera d’accord avec elles.

Quelque chose de similaire arrive avec les personnes qui ont de très bons niveaux dans une activité ; pour elles il est si facile de la réaliser qu’elles ne comprennent pas que la plupart des gens ne puissent pas le faire aussi bien qu’elles.

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