Quel est votre sens de l’humour ?

· 28 juin 2016

Le sens de l’humour est l’une des qualités les plus appréciées, précisément pour sa rareté. Les personnes qui sont capables de plaisanter et de faire rire sont comme une pommade pour elles-mêmes et pour les autres. 

Elles sont capables de détendre les ambiances les plus tendues. Il s’agit sans aucun doute d’une grande vertu et d’un mécanisme automatique et pas toujours conscient, réellement utile pour relâcher des tensions accumulées.

Le rire nous libère parce qu’il nous permet d’être spontanés, et il possède intrinsèquement un élément de jeu.

Un seul éclat de rire détend bien plus que de nombreuses activités qui ont cette même vocation. 

De ce fait, le rire a cette propriété magique de nous renouveler et d’améliorer notre disposition face au monde.

“Là où il n’y a pas de sens de l’humour, il y a un dogme.”
-Alfonso Ussía-

Sigmund Freud a donné aux blagues et au rire un rôle définitif dans la théorie psychanalytique

Il a découvert qu’à travers ces divertissements quotidiens, on peut nettement exprimer le monde inconscient. De sorte qu’on révèle également nos désirs et nos sentiments les plus profonds dans ce qui nous fait rire.

De quoi riez-vous ?

Nous rions des situations surprenantes qui, à partir de quelque chose de plus ou moins absurde, font naître un nouveau message qui, lui, a du sens.

Ou à l’inverse, quand quelque chose de parfaitement cohérent fait surgir un sens totalement absurde.

Le malentendu joue un rôle fondamental dans ce qui provoque le rire. Ce malentendu naît dans les doubles sens, en général.

Et ceci, à son tour, donne naissance à trois types de blagues ou choses qui font rire : la phrase drôle ou astucieuse, la blague tendancieuse ou excessivement innocente; et la blague “osée” ou à contenu sexuel ou obscène.

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Freud a aussi découvert qu’à travers la blague, on brise la censure. Ce qu’il y a de drôle permet de mettre sur le tapis des sujets ou des situations qui sont plus ou moins taboues dans le monde du “sérieux”.

De nombreuses blagues expriment des contenus agressifs ou sexuels que l’on ne tolérerait pas dans d’autres genres de contextes.

Comme cette blague :

Un intermédiaire présente à son client la femme qu’il a choisie pour être sa petite amie. Désagréablement surpris, le jeune dit à son agent : “Qu’est-ce que vous m’avez apporté là ? Elle est laide, vieille, bigleuse, édentée et…” “Vous pouvez parler plus fort, interrompt l’autre, elle est sourde aussi.”

Quand vous riez du ridicule ou de vos défauts et de ceux des autres

Le ridicule apparaît quand il y a une disproportion entre les éléments qui composent une situation. 

C’est le cas des clowns, qui utilisent de gigantesques chaussures qui sont amusantes. Ce fut aussi le cas d’un défilé qui eut lieu dans l’une des grandes capitales de la mode (Paris, Milan Madrid, etc.) et au cours duquel un modèle chancela sur des chaussures aux talons immenses.

Les humoristes tournent en ridicule les figures du pouvoir grâce à la caricature de personnages et de situations connues au cours desquelles ils ont joué un rôle principal.

En général, ces caricatures cherchent à exagérer un aspect de ce qui est arrivé ou de la personnalité du protagoniste, en exprimant des critiques mordantes et, parfois, en étant extrêmement agressives.

Pourtant, on les tolère parce qu’elles contribuent à une certaine catharsis. C’est l’un des outils que possèdent les citoyens face au pouvoir.

Voilà un exemple de ce type de blagues ou de caricatures :

Une mère dit à son fils :
– Mon fils, il ne faut jamais mentir. Les menteurs ne réussissent jamais rien dans la vie.
– Alors, pourquoi est-ce qu’on vote pour des gens qui ne tiennent jamais leurs promesses ?

La moquerie et le ridicule, à travers la caricature, sont des instruments qui permettent de s’interroger sur des comportements, en les mettant en relief et en les exposant sans crainte.

Pourtant, quand ils sont dirigés sur une personne vulnérable, l’effet est contraire. Il établit une relation de pouvoir vertical qui victimise celui qui est vulnérable. C’est la fameuse expression : “Rire des gens et non avec eux”.

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Les blagues piquantes et les blagues innocentes

Le sujet du sexe revient souvent dans les blagues, particulièrement quand on utilise le “double sens”.

D’un côté, elles sont une affirmation qui n’a rien à voir avec le sexe, et d’un autre côté, qui a tout à voir. Comme celle-ci :

Deux amis se rencontre et l’un dit à l’autre :
– Hier, je suis rentré chez moi et j’ai trouvé ma copine au lit avec un mec culotté. À ma grande surprise, en me voyant, il a couru vers moi, il m’a attrapé par le col, il m’a poussé dans un coin. Ensuite, il a tracé une ligne sur le sol et il m’a dit : 
– Si tu franchis cette ligne, je te tue. Et il est tout de suite retourné au lit avec ma femme, pour continuer ce qu’il était en train de faire.
– Tu parles d’une affaire ! Et toi, qu’est-ce que tu as fait ?
– Moi ? Qu’est-ce qu’il croyait ? Quand il ne regardait pas, je franchissais la ligne !

Les blagues à double sens avec un contenu sexuel font rire parce qu’elles transposent au premier plan un sujet qui reste tabou. Dans notre exemple, plus que le thème en soi, ce qui fait rire, c’est la ruse de faire penser l’autre au sexe sans que ce soit le sujet, en utilisant une formule astucieuse.

Mais les blagues ingénues ou innocentes font aussi rire, grâce à la candeur ou à l’évidence qu’elles contiennent. Comme celle-ci :

Un bébé chauve-souris dit à son ami :

– Comment tu t’appelles ?

– “Vam”, répond le deuxième.

-“Vam” quoi ? demande de nouveau le premier.

– Vam Pire. Et toi ?

– Je m’appelle “Petit”

– “Petit” quoi ?

– “Petit Vampire.

Ces blagues candides ont une dose d’humour “blanche”, parce que leur sens ne repose pas sur une agression qui est camouflée ou sur un double sens qui brise un tabou, mais sur l’astuce pure, l’absurde pur. Ce sont des jeux d’esprit et de mots au sens strict.

L’humour est une formule précieuse pour exprimer des idées. Toutefois, une polémique persiste toujours par rapport à ses limites. Est-ce valable en toute occasion ?

Est-il légitime même quand il représente une façon de stigmatiser un groupe social, comme c’est le cas dans les blagues sexistes ?

L’humour peut-il générer des haines viscérales comme cela s’est passé lors des horribles attentats de Charlie Hebdo ? Le débat est ouvert.

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