L’autonomie et l’hétéronomie, une différence importante

4 octobre 2017 dans Psychologie 1 Partagés
personnes dansant autour du feu

Jean Piaget était un psychologue et éducateur suisse qui a étudié en profondeur le sujet des jugements moraux. Il a développé, comme personne d’autre avant lui, les concepts d’autonomie et d’hétéronomie. Ceux-ci se réfèrent à la façon dont une personne apprend et applique des normes morales. De son point de vue, ce développement éthique est étroitement lié au développement de l’intelligence et doit nous conduire d’un état de dépendance morale envers les autres, à un état d’indépendance.

Selon Piaget, quand un enfant est né, il n’y a pas assez de développement du cerveau pour saisir les concepts de «bien» ou «mal». Il appelle ce stade l’ « anomie », c’est-à-dire qu’il n’y a pas de conscience morale ni quelque chose lui ressemblant. Le bébé agit simplement selon ses besoins, sans considération si ce qu’il fait affecte les autres ni comment il le fait, à moins qu’il ne cherche une réaction spécifique.

“Le meilleur gouvernement est celui qui nous enseigne à nous gouverner.”

-Johann Wolfgang von Goethe-

À mesure que l’enfant grandit, il prend conscience de la valeur morale de ses actions. Ses parents, ses professeur-e-s et toutes les figures d’autorité ont la charge de la lui inculquer. L’enfant agit alors selon ce que les autres approuvent ou désapprouvent. C’est ce qu’on appelle l’hétéronomie.

Plus tard, lorsque le processus de développement du cerveau est achevé, une nouvelle phase de développement apparaît. L’enfant évolue et peu à peu atteint l’autonomie, en termes éthiques et moraux. Cela signifie qu’il apprend à agir selon ce que lui dicte sa propre conscience.

Autonomie, hétéronomie et évolution des règles

Selon le point de vue de Piaget, le concept de «règle» évolue conjointement au développement moral. La règle est ce mandat qui, en principe, vise à mettre en œuvre un comportement positif pour un individu et/ou un groupe humain. Il est plus légitime (universel) lorsqu’il vise à éviter les conflits, à promouvoir l’évolution, le respect et surtout la justice. Cette clarification est valable pour les différencier des règles destructrices.

oeuf simulant le lever du soleil

Ce qui existe en principe est une «règle de conduite». Ceci se caractérise par des instructions de base simples. L’adulte intervient directement ou physiquement pour y parvenir. Un exemple de cela est lorsque l’enfant se dirige vers un endroit dangereux et que l’adulte s’interpose pour l’empêcher.

Ce qui vient ensuite est la «règle coercitive». Cela correspond aux premières années de l’enfance. À ce stade, l’enfant suit la norme simplement parce qu’un adulte l’impose. Il ne lui vient pas à l’esprit de la mettre en question, car tout ce que dit l’adulte dans le domaine de la morale a un caractère sacré. Pour l’enfant, la rupture d’une règle, même si absurde, constitue une faute devant donner lieu à une punition. Cela correspond au stade de l’hétéronomie.

Apparaît ensuite, la “règle rationnelle”. Celle-ci n’est pas dictée par autrui, mais par l’individu lui-même en accord avec d’autres. Dans ce cas, il est conscient de la valeur de la norme qu’il applique. Si la règle ou la norme sont irrationnelles, la personne est capable de ne pas s’y conformer, car elle agit de façon autonome et non conforme à une autorité. L’obéissance n’est plus inconditionnelle.

Justice, équité et coopération

Pour celleux qui sont restés en phase d’hétéronomie, le bien est ce que la plupart font, en accord avec une autorité. L’individu pense que si ça se fait, c’est parce que c’est bien. Il ne regarde pas tellement le contenu d’une norme morale, mais plutôt qui l’émet. Cela s’applique non seulement aux enfants, mais aussi aux adultes. Cela explique pourquoi beaucoup de gens et de sociétés peuvent agir contre eux même, selon une norme.

figure représentant la justice

Lorsque nous sommes en position d’hétéronomie, nous n’analysons pas un facteur moral décisif : l’intention. La seule chose qui est prise en compte est le résultat du comportement, pas sa cause ni sa motivation. Piaget a demandé à un groupe d’enfants de juger deux actions: dans une, un enfant a renversé de l’encre sur une nappe, sans le vouloir, mais la tache était géante. Dans l’autre, un enfant a délibérément renversé une goutte d’encre. A la question de savoir qui avait le plus tort, les enfants ont répondu ceux ayant avaient fait la plus grande tache.

L’une des caractéristiques de l’hétéronomie est précisément celle de la rigidité. Aucune intention, aucun contexte, aucune raison n’est prise en compte. La seule considération est la mesure dans laquelle une norme a été respectée. C’est ce que beaucoup d’adultes font face à une infidélité, un objectif non atteint ou un quelconque comportement transgressif.

Dans l’autonomie, en revanche, l’intention est un facteur décisif. Il en est de même de la justice. Si un comportement va à l’encontre des règles, mais favorise la justice, cela peut être considéré comme valide. On estime que la morale est tout ce qui favorise l’équité, la coopération, le respect des autres. Que ce soit consacré ou non dans les normes d’autrui, ça passe en deuxième position. En ce sens, nous construirions sûrement de meilleures sociétés si nous voulions progresser dans le développement de l’autonomie individuelle.

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