L’anxiété face au passage du temps

· 14 avril 2017

Le temps est un carrefour de paradoxes. D’un côté, c’est une invention de l’être humain. Il est sûrement très utile, mais il nous rend aussi esclaves. De plus, lorsque nous aimerions qu’il aille plus rapidement, il va très lentement et inversement, dans les meilleurs moments, il file trop vite. Ainsi, les secondes s’écoulent lentement dans la salle d’attente des urgences et très rapidement dans les dîners entre ami-e-s où l’ambiance est au beau fixe.

D’une manière ou d’une autre, son avancée ou son existence se traduit facilement en impatience, en angoisse ou même en anxiété. Une anxiété qui participe aussi à la peur et à l’anticipation. Car nous savons tou-te-s que nous ne pouvons pas contrôler ce qui va se passer et qu’il est très improbable que tout ce qui se passera dans le futur sera complètement positif. La vie, autant puisse-t-on essayer d’anticiper les choses, apporte aussi des déceptions.

« Le futur appartient à ceux qui croient en la beauté de leurs rêves. »

-Eleanor Roosevelt-

L’horloge qui a tué le mineur

Voici une petite histoire. Plusieurs hommes se retrouvent bloqués dans une mine et ne peuvent pas sortir. Heureusement, ils ont pu informer l’extérieur de leur situation et ils attendent d’être secourus. Après avoir évalué la situation, on leur a dit qu’ils mettront au moins trois heures à déboucher le passage de la sortie.

D’autre part, la même explosion qui a bloqué la sortie peut leur faire tomber le toit dessus à tout moment. Sur leurs visages, on peut voir le reflet de la peur qui implique la menace d’un nouvel éboulement. Ce sont des mineurs expérimentés et ils savent qu’ils peuvent être ensevelis sous une montagne de terre en une seconde.

Parmi ces mineurs bloqués, un seul a une montre. Les autres lui demandent tout le temps l’heure et le chef se rend compte que cela augmente le niveau d’anxiété de tout le monde. Ainsi, il demande au propriétaire de la montre qu’il n’indique que les changements d’heure et aux autres, qu’ils s’abstiennent de demander.

Finalement, l’équipe de sauvetage peut accéder à l’endroit dans lequel se trouvent les mineurs. Ils peuvent sauver la vie de tou-te-s, sauf le propriétaire de la monte qui est mort d’un infarctus.

Pourquoi ? Car ce fut le seul à qui on a permis d’être en contact permanent avec cette source d’angoisse, et ce fut le seul qui a atteint des niveaux disproportionnées d’anxiété. D’autre part, ce fut aussi le seul pour qui le temps a été très long, si long qu’il a fini par consumer sa propre vie.

« Rien ne nous fait vieillir plus rapidement que le fait de penser intensément que nous devenons vieux. »

-Georg Christoph Lichtenberg-

Que pouvons-nous apprendre de cette histoire ?

Que le temps s’arrête quand nous le regardons fixement et qu’il court lorsque nous n’y prêtons pas attention. Les mineurs qui n’avaient pas d’horloge n’ont pas eu d’autre remède que de diriger leurs pensées sur d’autres choses qui n’étaient pas le mouvement des aiguilles. Ainsi, ils ont pensé à ce qu’ils allaient faire lorsqu’ils sortiront de là.

Le mineur qui a été sauvé a lui concentré toute son attention sur cette angoisse. À cause de sa montre, son esprit n’a pas pu de détourner des minutes, ce qui a augmenté son anxiété petit à petit, jusqu’à atteindre un degré qu’il n’a pas pu supporter.

Nous pouvons choisir d’être mineurs avec une montre ou sans montre quand le temps devient une stimulation anxiogène. On peut décider si nous voulons que notre esprit se consacre à actualiser en permanence le temps ou au contraire, on peut dévier nos pensées et les amener dans des lieux plus agréables et surtout moins angoissants.

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