L’amour platonique : le désir perpétuel de ce qui nous manque

· 1 juillet 2017

Platon disait que nous n’aimons que ce que nous désirons et que nous désirons que ce qui nous manque. Il semble que déjà à l’époque du philosophe, existait le sentiment si dévastateur qui perdure encore aujourd’hui et qui s’enracine plus fortement dans chacun-e de nous : l’insatisfaction permanente dans notre vie.

C’est comme s’il nous manquait toujours quelque chose. Peu importe qu’aux yeux des autres, notre vie puisse paraître enviable ou que nous n’ayons pas de quoi ou de qui nous plaindre. En nous, il existe un vide que nous ne savons pas comment combler.

Dans les relations de couple, c’est là que nous ressentons le plus fort ce sentiment. Il y a tant de personnes qui ont besoin d’un amour à leur mesure, idéalisé, parfait… Cette vision nostalgique et romantique des relations, cet amour du début -lorsqu’on tombe amoureux d’une image, pas d’une personne concrète-, c’est ce qui nous rend si insatisfait-e-s. Ainsi, l’idée de l’amour n’est pas basée sur la réalité, mais sur le fantasme de ce qui pourrait être ou pourrait avoir été.

Il y a des fois, pas beaucoup, où cet amour désiré si platonique devient réalité. C’est alors que la personne entre dans un état d’exaltation dans lequel elle se sent ivre et dans lequel elle croit avoir comblé cette carence qui la fait tant souffrir.

Le problème, c’est qu’au bout d’un certain temps, elle commence à perdre l’intérêt et elle revient à la même dynamique platonique à laquelle elle était habituée : désirer quelque chose d’inatteignable et se délecter de sa souffrance.

Désir et plaisir

Il existe une multitude de personnes qui ne trouvent du plaisir que dans le désir. On dirait que se languir, rêver, avoir de l’espoir et idéaliser est le moteur qui les fait vibrer. Cependant, quand ces personnes obtiennent ce dont elles rêvent, elles s’ennuient. Une fois que nous avons ce qui, a priori, nous comblait, il n’y a alors plus de place pour le désir et la projection.

Ce que nous obtenons n’est rien d’autre que quelque chose de réel, d’imparfait et ne semble jamais combler les attentes auxquelles nous aspirions.

Et que se passe-t-il finalement ? La personne platonique abandonne, échappe à la recherche à nouveau de cette dose de carence, de ce désir qui est ce qui la fait se sentir vivante, même si elle souffre. Il s’agit d’une souffrance avec un certain goût sucré et addictif. Elle pense qu’il doit exister quelque chose de meilleur, quelque chose qui maintient son illusion jour après jour, comme si c’était le premier. Et si ce n’est pas le cas, c’est qu’elle ne l’a pas encore trouvé : sa mission est donc de continuer à chercher.

Nous pensons trop souvent que le bonheur se trouve ailleurs et que si nous pouvions accéder à ce lieu où l’on nous attend, toute notre insatisfaction disparaîtrait. Mais finalement, nous découvrons que ce n’est pas le cas, que nous avons déjà tout pour pouvoir nous sentir comblé-e et que si nous savions comment modifier certaines nuances de notre quotidien -qui coûtent rarement de l’argent-, nous n’aurions plus à chercher le bonheur ailleurs.

Le problème, c’est que faire ces changements nous terrifie dans la plupart des cas. Cela nous installe dans l’anxiété et l’insécurité et nous restons bloqués dans ce qui aurait pu se passer.

Apprendre à aimer ce qui ne vous manque pas

Le désir pour ce que nous n’avons pas encore obtenu est toujours légitime et se transforme souvent en une motivation positive. Mais quand ce désir se transforme en besoin et en conséquence, dans une souffrance douloureuse, nous nous bloquons et nous nous sentons vide, mécontent et impatient. 

Cette manière de vive, paradoxalement, ne nous permet pas de vivre. Nous ne sommes pas libres, mais esclaves d’une idée qui nous dit comment devrait être notre vie.

Il est donc important d’apprendre à aimer ce qui ne nous manque pas, ce qui se trouve dans notre vie : notre conjoint, notre travail, nos amis, notre ville. Tout cela suppose une multitude d’aspects positifs que beaucoup d’autres personnes désireraient avoir à leur tour. Il s’agit de la vision particulière de chacun : il faut nettoyer ses lunettes embuées de routine et de désillusion, et changer volontairement les choses qui ne s’emboîtent pas. De plus, il s’agit de le faire avec espoir et dans la mesure du possible, pour que la motivation se transforme en peur.

Si nous sommes capables d’apprécier et de remercier chaque jour ce qu’il y a dans notre vie aujourd’hui, le sentiment de « manque » cessera de nous enfermer dans une illusion permanente. Nous vivrons alors dans le présent, nous nous réjouirons de ce qui nous arrive, nous accepterons les adversités et nous en extrairons toujours un apprentissage ou une pensée positive.

Abandonnons les voyages mentaux au futur, ainsi que la plainte répétée et constante qui fatigue jusqu’au le plus stoïque d’entre nous. Restez là où vous êtes, prenez des risques et changez ce qui ne vous plaît pas dans votre vie, mais n’aspirez ni à la perfection ni à l’impossible, qui n’arriveront pas. Ce que vous avez est déjà parfait, c’est ce qui doit être, pourquoi ne pas commencer à en profiter ?

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