La métaphore des trois singes et le bien-vivre

· 14 novembre 2018
Qu'est-ce donc que le bien-vivre et en quoi consiste-t-il ?

Presque tout le monde a déjà vu la représentation des trois singes de la sagesse. Elle contient les figures d’un singe qui a les mains devant la bouche, d’un autre qui se bouche les oreilles et du troisième qui se cache les yeux. Il s’agit d’une sculpture en bois qui date du XVIIIème siècle et qui fait référence au bien-vivre, dans le sens large du terme.

La sculpture se trouve dans le sanctuaire de Toshogu, au Japon, et plus exactement dans un village sur une colline au nord de Tokyo. Chacun des singes porte un nom: Mizaru, Kikazaru et Iwazaru. Ces noms signifient, dans l’ordre, ne pas voir, ne pas écouter, ne pas parler. Mais qu’est-ce que cela a à voir avec le bien-vivre ?

Tout semble indiquer que la sculpture s’est inspirée d’une maxime de Confucius. Elle signale la chose suivante: « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal ». Le sens de base est de ne pas se fermer complètement au monde mais de refuser d’entrer en contact avec le mal. Cela fait partie de l’art du bien-vivre.

« Lorsqu’on peut éviter un mal, il est nécessaire de l’accepter. »

-Térence-

L’enseignement de Confucius et des trois singes

La maxime de Confucius invite à refuser d’entrer en contact avec le mal. Mais qu’est-ce que cela veut dire? La première chose qui nous vient à l’esprit est que nous pouvons refuser de voir, d’entendre ou de parler du mal mais ce n’est pas pour cela qu’il va disparaître du monde. Or, nous pourrions nous poser une autre question: qu’est-ce que le fait de savoir ou de parler du mal apporte à notre vie?

Il y a une zone paranoïaque de nous-mêmes qui aime ce contact avec le mal. Dans ce cas, nous pouvons nous dire qu’être au courant de la perversité de ce monde nous protège de la menace du mal. Par exemple, si vous savez qu’il y a beaucoup de vols et d’attaques dans une rue, vous pourrez les éviter et ne pas prendre le risque d’être attaqués.

Cela semble logique mais, dans le fond, ça ne l’est pas. Dans un premier temps, le mal est l’exception et non la norme dans ce monde. Il est vrai que nous avons tous une facette destructrice mais le plus habituel est qu’elle ne soit pas assez forte pour nous cataloguer comme « mauvais ». Il y a beaucoup plus de gens qui vivent de façon honnête et constructive.

Dans un second temps, il a été prouvé que le fait d’être nerveux et tendus est l’un des facteurs que les assaillants prennent en compte avant d’attaquer et de voler quelqu’un. La même chose se produit pour d’autres exemples similaires. En d’autres termes, agresseurs et victimes partagent des codes communs.

Confucius et le bien-vivre

La passion pour le mal et le bien-vivre

Si nous pouvons vivre sans être au courant des dernières avancées de la physique quantique, pourquoi ne pourrions-nous pas vivre sans être au courant des actes pervers de ce monde ? Ici, il y a des raisons de penser qu’être témoins d’actes cruels, personnellement ou à travers la télévision, augmente soit notre destructivité, soit notre victimisation potentielle. 

Ce fait est lié aux neurones miroirs. Le cerveau n’est pas toujours capable de distinguer la réalité de la fiction. C’est pour cela que nous avons peur devant des films d’horreur. Nous savons parfaitement qu’il s’agit de fiction mais ils font quand même surgir des émotions concrètes en nous.

Par conséquent, le fait de voir, d’écouter ou de parler du mal pourrait avoir un effet très toxique sur nous. Il est possible que cela nourrisse le monstre de la peur ou celui de la perversité au plus profond de nous. Tous deux sont présents et peuvent se développer si nous les alimentons. Confucius avait peut-être raison.

L’hygiène mentale

La sculpture des trois singes est un guide pour le bon-vivre et un principe basique d’hygiène mentale. Regarder, écouter ou parler du mal est quelque chose qui pourrait nous conduire à un état d’angoisseNous oublions que statistiquement et mathématiquement, il y a plus de bonnes personnes que de personnes mauvaises dans ce monde. Et nous pensons le contraire. Nous sentons que nous nous trouvons dans une réalité où quelque chose de mal pourrait nous arriver à chaque instant.

Beaucoup doivent se demander: et si nous sommes réellement victimes d’un mal réel? Dans ce cas, la réflexion de Confucius est toujours valide. Il faut travailler cette expérience afin de réussir à la diluer et à l’écarter de nous. L’empêcher de se transformer en un axe central autour duquel notre vie graviterait.

le bien-vivre

 

Le scandale, la perversité et la cruauté sont des sujets qui vendent. Tout cela fait partie d’une espèce de pornographie de la douleur, qui atterre et fascine l’être humain. Cette terreur et cette fascination sont névrotiques. L’art du bien-vivre est lié à un travail sur la façon dont nous abordons le monde. Ainsi, décider de refuser d’être témoins ou diffuseurs des actes malveillants a une énorme importance.