La fascinante histoire du Kingsley Hall, le temple de l’antipsychiatrie

25 février 2019
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Kingsley Hall est le nom d’un bâtiment dans lequel l’une des plus grandes expériences de psychiatrie a été réalisée au XXème siècle. Au début, il s’agissait d’un centre communautaire dédié à différentes activités éducatives et sociales. Gandhi y a même séjourné, tout comme plusieurs « manifestants de la faim » en 1935.

Ronald Laing était médecin et interne dans plusieurs unités psychiatriques pendant quelques années. Il a été l’un des pionniers du mouvement appelé antipsychiatrie. Il a lui-même demandé une autorisation en 1965 pour pouvoir utiliser le Kingsley Hall en tant que siège afin d’offrir un traitement alternatif aux « malades mentaux ». Et, en particulier, à ceux qui avaient été diagnostiqués en tant que schizophrènes.

La fascinante histoire du Kingsley Hall, le temple de l’antipsychiatrie

À partir des années 50, l’antipsychiatrie a commencé à avoir beaucoup de notoriété. C’était aussi l’époque des thérapies convulsives, de l’électrochoc et des premiers médicaments contre la « folie ». Laing s’est montré très critique face à ces méthodes.

Il avait une vision de la folie qui entrait en contradiction avec le point de vue de la psychiatrie biologique classique. C’est pour cela qu’il voulait tester une nouvelle façon d’aborder et de traiter les personnes atteintes de schizophrénie. Et c’est ce qu’il a fait au Kingsley Hall pendant cinq ans. À la fin, les conclusions des expériences ont été affectées par quelques excès et erreurs.

Kingsley Hall

 

Laing a décrit une contradiction fondamentale dans la psychiatrie. Il a signalé que le diagnostic se basait sur l’observation du comportement d’une personne. Cependant, il n’y avait pas (et il n’y a pas) de preuve qu’il s’agisse d’une maladie du cerveau. Or, on attribuait quand même un traitement biologique à la personne. Par conséquent, Laing a indiqué que la schizophrénie n’était pas un fait mais une théorie.

Il a aussi affirmé que la folie était une sorte de transe que traversaient certaines personnes. Comme un voyage vers des régions obscures de leur être. Il est cependant possible d’en revenir, et même avec une plus grande sagesse qu’avant. Le médecin devait donc permettre ce processus et l’accompagner depuis l’extérieur au lieu de le réprimer.

L’expérience du Kingsley Hall

Au Kingsley Hall, les patients vivaient avec les psychiatres. Les normes étaient fixées par les habitants du bâtiment mais on n’en exigeait pas un respect rigoureux. On invitait plutôt chaque personne à vivre sa folie comme elle en avait envie. Ceux qui se sentaient bien aidaient ceux qui se sentaient mal. C’était une communauté solidaire.

Au cours de ces cinq années d’expériences, des progrès notables ont été relevés. Le cas de Mary Barnes est devenu particulièrement célèbre. Cette femme souffrait de schizophrénie et avait été internée dans plusieurs hôpitaux psychiatriques, mais sans succès. Au Kingsley Hall, on l’a encouragée à peindre les murs avec ses propres déjections. C’est en effet ce qu’elle avait envie de faire. Avec le temps, elle est devenue une peintre de renom. Et également une grande écrivaine. Elle a été l’auteure d’un célèbre livre intitulé Voyage à travers la folie.

 

Plus de cent patients ont vécu entre les murs du Kingsley Hall. L’un des aspects polémiques de l’expérience était l’utilisation de LSD, une drogue psychédélique, pour (apparemment) faciliter certaines expériences mentales. Il est vrai que tout cela a fini par attirer des personnes avec des problèmes d’addiction et des vagabonds. Les voisins du Kingsley Hall ont commencé à manifester leur profond rejet pour tout ce qui s’y passait.

Des conclusions qui ne sont jamais arrivées

On encourageait les patients du Kingsley Hall à devenir aussi fous qu’ils le pouvaient, c’est-à-dire à vivre leur « voyage » sans la moindre restriction. Les personnes étaient libres d’entrer et de sortir comme elles le voulaient. Ceci était bien sûr complètement « fou ». Le mot « ordre » était contraire à une communauté et une expérience de ce genre.

Quoi qu’il en soit, plusieurs patients ont été guéris. Il n’y a pas eu de registre méthodique en tant que tel mais plusieurs patients s’y trouvaient et ont aujourd’hui donné leur témoignage en étant parfaitement lucides. D’autres, en revanche, ont sauté du toit du bâtiment. Et on n’a plus eu de nouvelles de certains après leur séjour au Kingsley Hall.

Kingsley Hall

 

En 1969, le Kingsley Hall a été déclaré « lieu inhabitable ». L’expérience très intéressante qui a dérangé de nombreux voisins et professionnels de la psychiatrie y a été menée jusqu’à cette date. Et nous pouvons comprendre leur rejet. Les espaces fétides, avec des patients qui hurlaient toute la nuit ou qui pleuraient en réclamant un biberon, ne sont pas simples à assimiler. Il est malgré tout dommage que les conclusions de cette expériences n’aient jamais pris forme.

 

  • Desviat, Manuel. “La antipsiquiatría: crítica a la razón psiquiátrica.” Norte de salud mental 6.25 (2006): 1.
  • Laing, Ronald. “Metanoia: algunas experiencias en el Kingsley Hall de Londres.” Revista Argentina de Psicología.
  • Laing, D., J. Kornfield, and R. Assagioli. “El poder curativo de la crisis.” España: Kairós (2001).
  • Soto, Carlos Pérez. Una nueva antipsiquiatría: crítica y conocimiento de las técnicas de control psiquiátrico. Lom Ediciones, 2012.