La culpabilité traumatique : un phénomène paradoxal

Il y a en chacun de nous un enfant qui, face à des situations extrêmement douloureuses, sent qu'il a fait quelque chose de mal et a été puni pour cela. C'est ainsi que fonctionne la culpabilité traumatique : vous finissez par assumer la responsabilité des abus des autres.

Dernière mise à jour : 11 juin, 2021

La culpabilité traumatique est un type de remords qui surgit après avoir été victime d’un abus ou d’un fait violent ou extrêmement dangereux. Il est aussi très habituel qu’elle surgisse après avoir vécu des faits très douloureux, comme la mort d’un proche ou un divorce.

Le paradoxe de la culpabilité traumatique réside dans le fait que la personne qui a subi un dommage se sent responsable de ce dernier. Mais pourquoi une victime se sentirait-elle coupable ? N’est-ce pas l’agresseur qui devrait regretter ses actions ?

“Dur travail que celui de l’inquisiteur ; il doit frapper les plus faibles, alors que leur faiblesse est plus grande.”

– Umberto Eco –

Il arrive fréquemment que les agresseurs ne ressentent pas la moindre culpabilité, du moins consciemment. Ils justifient leurs actions par des formules comme “il/elle le méritait” et autres phrases du style. La victime, en revanche, ressent une culpabilité traumatique et cela peut même déterminer une bonne partie de sa vie.

Le trauma, un phénomène complexe

Le trauma apparaît suite à une expérience qui menace l’intégrité physique ou psychologique d’une personne. Il inclut, par conséquent, un danger réel et une situation au cours de laquelle la victime est dans un état d’invulnérabilité. Cela se produit par exemple au cours d’un vol à main armée, d’une agression physique ou d’un accident.

Face à une telle situation, la personne ressent de la confusion ainsi qu’une sensation de chaos et d’horreur. Elle a aussi le sentiment que tout est absurde et est profondément déboussolée. En général, une situation traumatique génère des souvenirs fragmentés.

La victime sent qu’il est impossible de raconter ce qu’il s’est passé d’une façon qui retranscrive bien l’horreur qu’elle a ressenti. En même temps, elle sent que son récit est simplement incompréhensible pour les autres.

Personne ne peut réussir à capter la magnitude de ce qu’elle a ressenti et ressent à ce sujet. Par conséquent, elle se sent séparée du reste du monde.

Le trauma brise la confiance que l’on porte aux autres et celle que l’on se porte à soi-même. Le fait traumatique casse une logique que l’on pensait solide et consistante. Nous, les êtres humains, avons tendance à croire que nous avons un contrôle sur la réalité et un trauma fait disparaître cette conviction. Par conséquent, le Moi finit brisé.

La culpabilité traumatique

Tout trauma laisse une trace indélébile, aussi bien sur un plan conscient qu’un plan inconscient. Après cette expérience, les personnes ont tendance à se replier émotionnellement et affectivement. Elles se “cachent” à l’intérieur d’elles-mêmes, pour ainsi dire. Cela conduit à un isolement plus ou moins important.

On voit aussi apparaître le besoin de recréer mentalement ce qu’il s’est passé, en essayant d’y trouver un sens. Dans le cadre de cette rumination, deux sentiments très forts prennent forme : l’un est la honte et l’autre, la culpabilité traumatique.

En général, cette culpabilité traumatique prend la forme de pensées et de conjectures associées à des fausses idées sur ce que l’on aurait pu faire ou ne pas faire pour éviter ou limiter les dommages qu’on a subis. Sans presque s’en rendre compte, la personne affectée commence à nourrir des réflexions du genre “J’aurais dû mieux me défendre”.

L’un des aspects les plus problématiques est que la personne commence à percevoir le monde d’une façon menaçante. Elle ne sait pas ce qu’elle peut espérer de la réalité.

En outre, elle se sent vulnérable, car elle a vécu quelque chose où sa capacité de contrôle s’est retrouvée sérieusement amoindrie ou annulée. La personne peut donc devenir complètement inhibée ou téméraire.

Les chemins de la culpabilité traumatique

Une bonne partie de tous ces processus associés à la culpabilité traumatique ont lieu de manière inconsciente. Bien souvent, les souvenirs fragmentés de ce qu’il s’est passé viennent alimenter l’idée de responsabilités imaginaires : “J’aurais dû prévoir ce qui allait m’arriver.” 

Sans le remarquer, les personnes veulent trouver une raison à cette situation de violence ou d’abus totalement irrationnelle et répréhensible. Elles souhaitent aussi retrouver leur capacité de contrôle sur le monde. Culpabiliser est une manière (erronée) de se visualiser à nouveau comme des sujets et non comme des objets des autres ou du monde.

Un trauma non traité peut avoir des effets à vie. Ceux-ci peuvent se manifester sous forme d’angoisse, de renfermement et de chosification de soi. La personne finit par sentir qu’elle doit “se laisser porter” ou par craindre les actions qui supposent de prendre le contrôle sur son destin.

Le trauma et la culpabilité traumatique doivent être abordés en psychothérapie. Il est fondamental de vaincre le silence, de réinterpréter ce qui a eu lieu avec un critère plus réaliste et flexible et de donner un sens à la souffrance.

Il faut aussi, bien évidemment, avancer sur le chemin de la réconciliation avec soi-même. Face aux atrocités, nous pouvons être fiers de nous si, d’une façon ou d’une autre, nous réussissons à survivre.

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  • Gaborit, M. (2010). Desatres y trauma psicologico. Pensamiento psicológico, 2(7).