La corruption commence avec des personnes anonymes

· 8 juillet 2018

Nous nous plaignons tous de la corruption. Nous ne cessons jamais de nous étonner face au manque de décence qu’exhibent des personnes de pouvoir. Et plus particulièrement les politiciens. Les journaux nous révèlent des nouveaux cas jour après jour. Nous avons tous l’impression qu’il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg.

La corruption est extrêmement nocive pour une société. Elle marque une rupture avec le pacte constituant l’essence de toute société : la loi. Elle implique aussi un acte pervers car elle fait des autres des victimes passives d’un mal. Et elle est encore plus perverse si l’on considère que beaucoup des corrompus volent de l’argent dont ils n’ont pas besoin. Pourquoi? Parce qu’ils sont motivés, en grande partie, par le plaisir antisocial d’exploiter les autres.

Tout ceci constitue une profonde source d’indignation. Cependant, il existe une autre corruption dont on ne parle pas beaucoup. Il s’agit de celle des citoyens lambda qui participent aussi à cette logique. Même s’ils le font à un niveau plus faible.

La loi et la corruption

La loi énonce un discours qui impose des limites et des obligations à tout ce qui est inscrit dans une sociétéOn peut être en désaccord avec elle. Celle-ci représente, en fait, l’une des grandes forces qui construit l’histoire : le débat vis-à-vis de ce que la loi propose. De nouvelles lois surgissent de ces contradictions et les anciennes disparaissent. Ou se mélangent.

représentation de la loi

Lorsque l’on est en désaccord avec la loi, des mécanismes existent pour la remettre en question. On retrouve par exemple la désobéissance civile, les révolutions et le débat politique. Personne ne doit obéir aveuglément à la loi. Sauf si les conséquences sont graves sur le plan personnel, quand la loi est en vigueur, nous n’avons pas d’autre choix que de la respecter. Jusqu’à ce que nous parvenions à la changer.

La corruption naît quand un discours de devoirs et d’obligations apparaît en parallèle à celui de la loi. Un tel discours, à la différence d’un discours légal, vise à atteindre un bien individuel. Il ignore complètement le bien social. Tout ce qui implique un profit personnel devient légitime. Les autres deviennent des moyens ou des obstacles. Par conséquent, ils ne comptent pas. La logique de la corruption est, fondamentalement, l’intérêt individuel.

Le citoyen et la corruption

Il faudrait se demander si seuls les politiciens ou les gens de pouvoir agissent avec cette logique (celle consistant à tirer le maximum de profit personnel aux dépens des droits des autres). Si l’on examine certaines situations quotidiennes, on peut voir que beaucoup opèrent selon cette logique de corruption. Respecter la loi et renoncer à ses propres satisfactions pour favoriser le bien commun n’est pas l’attitude la plus populaire.

argent sous la table : la corruption

La tendance actuelle est la montée en force de l’individualisme. Dans certaines sociétés, celui-ci atteint des extrêmes. Les lois sont complètement oubliées et des normes sans scrupules sont appliquées. On ne respecte la légalité que quand on sait que quelqu’un nous surveille. La corruption envahit les vies avec de petites actions. Par exemple, passer devant les autres dans une file d’attente. Ou profiter de l’amitié de quelqu’un pour accéder à un privilège.

C’est peut-être pour cela que de grands actes de corruption continuent à avoir lieu. Ils sont, au fond, tolérés par toute une société qui, au lieu de les proscrire fermement, les prend comme exemple. Une autre explication est possible: la société devient le témoin passif de toute cette corruption. Elle ne se complique pas la vie en essayant d’intervenir pour fixer des limites.

Au-delà des dommages économiques ou politiques occasionnés par la corruption, le plus grave est la façon dont ce phénomène atteint la culture. Les liens sociaux se détériorent à cause de la corruption. La confiance se brise et le sens de l’autorité commence à s’effacer.

Les comportements civilisés commencent à être remis en question. Dans la pratique, la loi du plus fort est celle qui est en vigueur. Ce qui autrefois était une société s’est transformé en une horde de gens qui avancent sans but.