La boîte de Pandore fermée : le traumatisme

· 8 mars 2018

La vie s’écoule comme s’il s’agissait d’une narration mais beaucoup de trames sont interrompues par des faits qui se transforment en traumatismes. Ils se produisent, la vie continue et rien ni personne ne vous y a préparé. N’est-ce pas ?

Dans de nombreux cas, les remords ou les sentiments de culpabilité produisent plus de souffrance chez des personnes affectées par un trauma que le propre souvenir du fait en soi. Beaucoup de personnes qui le revivent au quotidien se méprisent, sont terrorisées, se mettent en colère, sentent qu’elles perdent le contrôle… Elles sont persuadées qu’elles auraient pu faire plus de choses, qu’elles auraient pu être plus attentives, qu’elles auraient pu attendre un peu ou choisir un autre chemin pour rentrer à la maison. Elles se méprisent parce qu’elles n’ont pas su prédire le futur, elles se jugent cruellement une fois que tout est fini, que le reste de possibilités s’est évaporé et qu’il n’en reste plus qu’une. Ce qu’il s’est réellement passé.

La réalité du trauma

Le trauma appartient au passé mais les traces qu’il laisse sont profondes, parfois permanentes et conditionnent la personne au niveau de ses émotions, de ses pensées et de ses comportements. Par exemple, à travers la technique de Rorschach, on a découvert que les personnes traumatisées ont tendance à superposer le trauma à tout ce qui les entoure.

En d’autres termes, et comme complément à ce que nous avons déjà signalé, cela affecte aussi l’imagination qui est nécessaire pour envisager de nouvelles possibilités. Paradoxalement, et en guise d’exemple, on a pu voir à quel point beaucoup de soldats ne se sentaient réellement vivants que lorsqu’ils se remémoraient leur passé traumatique.

« La principale source de souffrance n’est autre que les mensonges que nous nous contons à nous-mêmes. »

-Semrad-

femme avec des feuilles

Esprit, cerveau et corps

Aider les victimes de traumatismes à raconter leur histoire est important, mais le fait de les aider à construire un récit ou de les motiver à le faire ne signifie pas que les souvenirs traumatiques vont disparaître. Pour qu’un changement se produise, le corps doit apprendre à vivre dans la réalité présente, sans avoir peur de ce danger qui s’est déjà produit.

La recherche a démontré que les personnes maltraitées pendant leur enfance ont des sensations qui ne sont pas dues à une cause physique. Par exemple, elles entendent des voix alarmantes ou ont des comportements autodestructeurs ou violents. Les fragments non traités du trauma se notent en marge de l’histoire.

Quand on montre aux personnes traumatisées des stimuli liés à leur expérience traumatique, l’amygdale (centre de la peur) réagit, activant le signal d’alarme. Cette activation déchaîne une cascade d’impulsions nerveuses qui préparent le corps pour s’échapper, lutter ou fuir.

« Nous pouvons seulement être complètement en charge de notre vie si nous sommes capables de reconnaître la réalité de notre corps dans toutes ses dimensions viscérales. »

-Bessel van der Kolk, M.D. et al-

La négation du trauma

Certaines personnes nient ce qui leur est arrivé mais leur corps enregistre tout ce qu’il a vécu, même les menaces. Ainsi, nous pouvons apprendre à ignorer les messages du cerveau émotionnel mais le système d’alarme de notre corps, lui, ne s’arrête pas.

La négation fait que les effets physiques du trauma sur l’organisme finissent par s’exprimer comme une maladie qui réclame de l’attention : fibromyalgie, fatigue chronique, maladies auto-immunes… Les médicaments ou les drogues peuvent éteindre ou annuler les sensations et les sentiments insupportables. Il est donc essentiel que le traitement des traumas se fasse au niveau mental, cérébral et corporel.

trouble psychotique

Une adaptation tragique

Différentes recherches ont été menées pour répondre à une question : que se passe-t-il dans le cerveau des survivants à un trauma ? Le docteur Lanius s’est posé la question suivante : « Que fait notre cerveau quand nous ne pensons à rien de concret ? ». Il se trouve que nous prêtons attention à nous-mêmes, et cela est connu comme « le sommet de l’auto-conscience ».

Ainsi, aucune activation n’a été notée dans les aires liées à l’auto-perception chez les patients atteints de stress post-traumatique qui ont vécu des traumas pendant leur enfance. On n’a enregistré qu’une activité très faible dans la zone responsable de l’orientation spatiale basique.

Frewen et Ruth Lanius ont découvert que plus les gens sont déconnectés de leurs sentiments, moins ils ont d’activation d’auto-perception. Ces résultats s’expliquent par le fait que, en réponse au trauma, ils ont appris à déconnecter les aires cérébrales qui transmettent des sentiments et des émotions accompagnant et définissant la terreur.

« Vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez si vous ne savez pas ce que vous faites. »

-Moshe Feldenkrais-

La menace du moi

Le système élémentaire du « moi » se retrouve divisé entre le tronc cérébral et le système limbique qui s’active quand les personnes voient leur vie menacée. La sensation de peur et de terreur est accompagnée d’une activation physiologique intense. Quand les personnes revivent le trauma, elles retrouvent à nouveau cette sensation menaçante qui les paralyse ou les fait enrager. Après le trauma, l’esprit et le corps s’activent constamment, comme s’ils se trouvaient de nouveau face à ce danger imminent.

Les personnes traumatisées sentent que le passé est encore bien vivant dans leur corps car les signaux d’alarme viscéraux les bombardent continuellement. Beaucoup ressentent une insécurité chronique et se déconnectent face à n’importe quel changement sensoriel, à travers des attaques de paniques, une régulation extérieure (drogues, médicaments, compulsions…). Ainsi, l’incapacité de se connecter à son propre corps de façon soutenue dans le temps explique l’absence d’auto-protection, les difficultés à ressentir du plaisir et les taux élevés de re-victimisation.

« Le trauma a endommagé leur boussole interne et a arraché l’imagination dont ils ont tant besoin pour créer de meilleures choses. »

-Bessel van der Kolk-