Jekyll et Hyde : le bien et le mal

· 28 octobre 2018
Dr Jekyll et M. Hyde sont une illustration, une allégorie du bien et du mal.

Dans l’esprit de Robert Louis Stevenson vivait l’idée que l’être humain possédait une nature double. Selon lui, nous avons tous une bonne et une mauvaise version. Toutes deux cohabitent en nous et la mauvaise serait réprimée par la société. Le résultat de ces pensées a débouché sur la célèbre oeuvre L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886).

Il s’agit de l’une des premières œuvres à donner vie à un personnage avec un trouble complexe, un trouble de la personnalité et ses pires conséquences. Stevenson a défié la science de l’époque, ainsi que la religion, en inventant une histoire terrifiante et vivante. La popularité de ce roman a donc donné lieu à une infinité d’adaptations au théâtre, au cinéma, à la télévision, etc.

L’oeuvre met en avant une trame extrêmement intrigante; à travers l’avocat Utterson, nous découvrirons des faits étranges. Stevenson laisse des pistes à ses lecteurs pour qu’ils se posent des questions. Finalement, grâce à un manuscrit, nous connaîtrons le surprenant dénouement.

Avez-vous déjà eu des pensées considérées comme « mauvaises » ? Probablement. Et vous vous êtes peut-être déjà posé ce genre de questions ? Que se passerait-il si je pouvais laisser libre cours à cette cruauté ? Possédons-nous vraiment un côté obscur ? L’idée de cette dualité a été traitée selon différents points de vue dans le cadre de disciplines variées (philosophie, psychologie, littérature, etc.).

Et si cette dualité était ce qui nous rendait humains ? La perfection n’existe pas, la bonté absolue non plus. Ce qui est bien pour moi peut ne pas l’être pour vous. L’éthique s’est chargée d’approfondir et d’établir ce qui est considéré comme « bien » mais des divergences sont quand même apparues. Tout au long de notre vie, nous avons en effet tous pu commettre des actes irrationnels et incohérents. Agir d’une façon totalement inattendue.

L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde explore, en plus du trouble de la personnalité, une série de questions sur notre propre nature. Sous forme d’intrigue, il nous captive et mêle la psychologie à la littérature et la philosophie. Il s’agit assurément d’une oeuvre indispensable dans notre bibliothèque.

jekyll et hyde

Le bien et le mal

Si nous regardons un peu notre histoire, notre culture, notre religion, etc., nous retrouvons une infinité de manifestations qui essayent de nous montrer ce que sont le bien et le mal. Des exemples qui cherchent à différencier ces deux faces. A les séparer. Si nous pensons à la religion, nous nous rendons compte qu’elles essayent presque toutes de définir et de donner des arguments sur le bon comportement. De punir le mauvais. Et de nous expliquer les conséquences de l’un ou de l’autre.

Comment définirions-nous le bien? La question peut sembler simple mais cette idée du bien peut, au final, être un peu subjective. Nous finirions par la résumer par « le contraire du mal ». L’éthique est la partie de la philosophie qui a essayé d’offrir des réponses à ce type de questions tout au long de l’histoire. Ainsi, plusieurs philosophes ont tenté d’y répondre en tournant autour d’une même idée: le bien est l’opposé du mal.

Pour Aristote, par exemple, le bien ultime est le bonheur, le bien commun pour tous, celui que l’on atteint à travers la vertu. La politique y jouerait un rôle important; le chemin acquiert une importance particulière car ce n’est pas quelque chose d’immédiat. L’éthique hédoniste, au contraire, fixe le bien dans le plaisir sensoriel et instantané. La religion chrétienne va un peu plus loin. Elle identifie le bien à la figure de Dieu. Et le mal à celle de Satan. Elle leur donne un nom. Et esquisse leur visage.

le bien et le mal, ou jekyll et hyde

Ainsi, avec une infinité d’exemples tout au long de notre histoire, nous revenons toujours à une idée d’opposition. Mais que se passerait-il si le bien et le mal étaient les deux faces d’une même pièce? Indissociables, inséparables, intimement unis tout en étant différents… En d’autres termes, que se passerait-il si l’un ne pouvait pas vivre sans l’autre? Cette idée de cohabitation au plus profond de l’être humain est ce qu’explore Stevenson dans son roman. Cependant, il fait un pas en avant en essayant de les séparer pour, au final, les rassembler à nouveau.

Chaque individu grandit dans une société et y apprend les comportements les plus acceptés ou appropriés. Cependant, il semblerait qu’une nature existe en nous. Une nature qui nous pousse parfois à agir. Ou à penser contre ces normes héritées. Le docteur Jekyll pensait qu’il pouvait séparer cette dualité, qu’il pouvait briser cette pièce. Or, chacune de ces parties s’est mise à agir à sa guise.

« Ce fut par le côté moral, et sur mon propre individu, que j’appris à discerner l’essentielle et primitive dualité de l’homme; je vis que, des deux personnalités qui se disputaient le champ de ma conscience, si je pouvais à aussi juste titre passer pour l’une ou l’autre, cela venait de ce que j’étais foncièrement toutes les deux. »

-Robert Louis Stevenson-

Jekyll et Hyde, la dualité

La littérature a exploré l’idée du double à de très nombreuses reprises et avec des points de vue variés. Dostoïevski avait déjà ouvert une porte vers une littérature qui explorerait la psychologie humaine, le plus profond de notre esprit, dans des œuvres comme Le double (1846) où nous assistons au dédoublement d’une même personne. D’autres œuvres plus récentes comme Le loup des steppes ont aussi essayé de dessiner cette complexité en s’appuyant sur la dualité. Mais aussi sur une multiplicité de personnalités au sein d’un même être.

L’histoire de Jekyll et Hyde explore les conséquences de la tentative de séparation de ces deux faces, qui donne lieu à un dédoublement de la personnalitéTous deux sont la même personne. Leurs désirs et pulsions résident chez le même être. En les séparant, les conséquences sont atroces.

Jekyll était un « homme de bien », un homme exemplaire, distingué; un homme qui, comme tous les autres, réprimait ses pulsions les plus obscures. Sa passion pour la médecine et son obsession pour la séparation du bien et du mal l’ont poussé à essayer une potion étrange qui a donné vie à M. Hyde. M. Hyde est l’opposé de Jekyll, quelqu’un qui se laisse diriger par ses pulsions et le plaisir.

Jekyll et Hyde sont la même personne. En les séparant, les conséquences sont atroces.

 

Les transformations supposent une division mais aussi une recherche de la part de Jekyll pour avoir recours à ces plaisirs et désirs interdits par la société. La description physique des deux personnages est également significative; tandis que Jekyll est décrit avec une apparence agréable, Hyde a un aspect « d’homme des cavernes », sauvage et désagréable.

L’intrigue et la magie de l’oeuvre augmentent jusqu’à déboucher sur un dénouement spectaculaire. À travers une note de Hyde, nous découvrons toute la vérité. Et pas uniquement la vérité sur les potions. On nous révèle aussi celle sur la nature humaine, l’acceptation de l’impossibilité de séparer le bien et le mal qui vivent en nous.

Jekyll et Hyde étaient égaux mais opposés. Au final, il s’agit d’une exploration de la nature humaine pour nous dire que nous ne devons pas essayer de séparer le bien du mal. Tous deux font en effet partie de nous et composent notre identité.

« Ce fut donc le caractère tyrannique de mes aspirations, bien plutôt que des vices particulièrement dépravés, qui me fit ce que je devins, et, par une coupure plus tranchée que chez la majorité des hommes, sépara en moi ces domaines du bien et du mal où se répartit et dont se compose la double nature de l’homme. […] Malgré toute ma duplicité, je ne méritais nullement le nom d’hypocrite : les deux faces de mon moi étaient également d’une sincérité parfaite. »

-L’étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde-