Je te libère de moi

4 août 2016 dans Emotions 4607 Partagés

Je ne vais pas si mal, je te le jure. J’ai découvert des gens qui me font rire. J’ai su me retrouver, quand tu n’es pas là le matin au moment du café, ou le soir quand je reviens du travail et qu’il n’y a plus personne dans l’appartement.

Je ne vais pas si mal, crois-moi. Je suis bien, même si je crois te voir un dixième de seconde dans chaque café, et que j’ai besoin d’un moment pour retrouver mes esprits. Je te le dis : si tu n’es plus là, je te porte quand même au fond de mon cœur.

Je suis bien, j’ai ouvert mes bras pour les remplir de souvenirs nouveaux, dans lesquels tu n’apparais pas. Et pourtant je te le confesse : je n’en ai pas encore assez pour ne plus avoir froid au fond de moi.

Tu n’es plus là, même si je te vois toujours

Écrire est la manière la plus difficile et la plus courageuse que j’ai pu trouver pour te dire que tu me manques terriblement, mais que j’ai besoin de vivre avec moi-même, de la même manière que tu le fais sans moi.

Si nous ne pouvons plus être tous les deux, je dois apprendre à être moi-même. La seule personne qui doit m’accompagner, c’est moi.

Cela fait déjà longtemps que tu n’es plus là, même si je peux continuer à te voir dans tous les lieux où je me rends.

Tu le sais, ils gardent cette tendresse que j’avais pour eux lorsque nous y allions ensemble, lorsque nous y étions heureux tous les deux.

Car malgré tout ce qui a pu nous faire mal, ces lieux nous ont entendu rire sincèrement.

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Il est difficile de ne plus te voir, mais le meilleur conseil que nous puissions suivre est d’être aussi forts que lorsque nous avons décidé de commencer à nous voir.

Ce n’est pas la même chose, car nous étions ensemble, mais nous pouvons le faire, je peux le faire.

Je te libère de moi

On m’a aussi dit que, et c’est le véritable sens de ce que je t’écris, que la meilleure manière d’en finir avec la douleur est de la libérer.

Sans rancœur et sans haine, je t’offre toute la liberté dont tu as besoin : je ne fais pas référence à ce qui est déjà établi, au fait que tu ne sois plus là. Mais au fait de te libérer véritablement, sans culpabilité ni remords, sans larmes.

Pour le moment, le mieux est que nous oublions tout : les dimanches chez toi, les films que nous avons vu ensemble et durant lesquels je m’endormais, les repas que nous ne partagerons plus.

Laissons partir nos rêves non-accomplis, tes sourires qui calmaient mes mauvaises humeurs, nos tristesses, notre bonheur. Tournons la page.

disons-nous-adieu

Disons adieu aux villes que nous avons vu ensemble, aux premières fois qui le sont pour toujours, à ce que je t’ai appris et à ce que tu m’as transmis. Repartons à zéro.

Je te libère de moi, de la même manière que j’arrive à me libérer de tous les lieux que nous avons pu voir ensemble un jour, et que je ne verrai plus.

Je pars sans savoir tout ce qui s’est passé, car je sais qu’il est obligatoire que je le fasse si je ne veux pas me défaire de moi-même. Je suis sûr que tu es d’accord avec moi.

Si nous ne pouvons pas être comme nous le désirons, la meilleure chose à faire est d’être autrement. Et si nous ne pouvons pas y parvenir, nous devons partir chacun de notre côté.

Aujourd’hui je te libère

Je te libère de moi,

De mes douleurs,

De ces soirées du dimanche interminables,

De ma crainte des anniversaires,

De ne pas savoir comment t’offrir quelque chose

Sans que tu ne le perdes ou que tu ne l’aies déjà.

Je te libère de ma déception,

De ton karma,

De mes nouvelles,

De cette contradiction qui m’envahit

Et que je représente.

Je te libère de mes appels,

De mes nœuds,

De mes cheveux,

Lisses, longs et ébouriffés

Qui s’emmêlaient dans tes doigts et qui me faisaient mal.

Je te libère de ma conscience,

De mes chutes, de mes succès,

De cette fuite.

Je te libère de ces points de suspension,

Des points finaux,

Des questions et des exclamations,

De toutes les règles orthographiques qui existent et qui existeront.

Je te libère de cette porte que tu as fini par fermer,

Parce que tu t’en vas,

Parce que tu me laisses,

Parce que tu me vois de loin et que tu m’aimes moins de jour en jour,

Même si cela me blesse tout au fond de mon cœur. »

Mario Benedetti

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