Jacques Lacan : aimer c'est donner ce qu'on n'a pas

Aimer, c'est aimer l'autre sans idéalisme. C'est mettre de côté la douleur que les autres nous ont laissée, pour reconnaître que nous sommes face à une nouvelle personne qui mérite le meilleur de nous. Les manques d'hier ne doivent pas être projetés dans le présent.
Jacques Lacan : aimer c'est donner ce qu'on n'a pas

Dernière mise à jour : 25 février, 2021

Aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas. C’est voir l’autre comme quelqu’un d’unique, de nouveau et d’exceptionnel qui mérite le meilleur de nous et ne pas projeter d’anciens modèles erronés du passé.

C’est aimer de manière libre et mûre sans prétendre que cette affection nous conduise à une forme d’amour déjà vécue et qui nous a fait souffrir. Donner ce qu’on n’a pas, c’est embrasser le moment présent pour reconnaître l’autre.

Peu de personnalités comme le psychanalyste français Jaques Lacan avaient autant de capacité à construire une jonglerie dialectique authentique lors de la transmission de leurs théories, déclarations et connaissances. Malgré cela, nous reconnaissons leur importance et leur expertise inégalée pour nous faire réfléchir sur des questions déterminantes comme l’amour.

Avec l’aphorisme “aimer c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”, Lacan joue une fois de plus avec l’argot psychanalytique. Il a cherché à nous faire comprendre que nous construisons des relations à partir du manque.

Cet amour que nous n’avons pas eu dans l’enfance et que nous recherchons à l’âge adulte. Ou encore l’affection que notre dernier partenaire ne nous a pas donnée et que nous cherchons chez le nouveau. Nous avons un idéal de l’amour. Renoncer à cet idéal nous permettra de nous libérer du passé pour donner à l’autre ce que nous n’avions pas : une affection authentique.

Un couple dans une ambiance romantique.

Pourquoi aimer c’est donner ce qu’on n’a pas ?

L’aphorisme “aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas” met en évidence la complexité des liens que nous construisons. Jacques Lacan en a parlé dans son VIII séminaire “Le transfert” en se référant au Banquet de Platon.

Il a souligné que l’amour implique très souvent un amant blessé par le manque. Cet amant pense alors que ce qui lui manque, il peut le trouver chez l’autre, et que cet autre doit le lui donner.

Sigmund Freud a également abordé cette question. Pendant la thérapie psychanalytique, le patient transfère beaucoup de ces déficiences et de ces vides que l’amour a laissés dans sa vie, surtout pendant l’enfance. Le patient projette alors ce transfert, ce quelque chose qui manque,  dans toutes ses relations.

Nous répétons inconsciemment les relations du passé

Selon Jaques Lacan et Freud, notre inconscient nous influence plus que nous ne le pensons. Il le fait au point de boycotter la façon dont nous interagissons avec le monde et établissons des relations.

Ce que nous recherchons par-dessus tout, c’est l’amour, la reconnaissance. Selon Lacan, cela renvoie à un fait très concret ancré dans notre inconscient : le paradis perdu de notre enfance. Une partie de nous a traîné l’ombre d’un passé où nos besoins n’ont pas été couverts et où nos peurs n’ont pas été embrassées.

En grandissant, nous aspirons, selon Lacan, à soigner ce paradis perdu (l’enfance). Ce besoin fait échouer nombre de nos relations affectives et, à mesure que nous échouons dans l’amour, plus de vides sont créés, plus de désirs insatisfaits. Nous répétons le même schéma jusqu’à faire de l’amour une répétition frustrante avec un goût de malheur et d’incompréhension.

Aimer c’est donner ce qu’on n’a pas à qui n’est pas

Selon la psychanalyse, il existe un moyen incontournable d’établir des relations satisfaites et mûres : la résignation et l’acceptation. Il faut renoncer à recevoir l’amour que l’on n’a pas reçu dans l’enfance, car ce temps est révolu, car l’affection des parents n’est pas la même que celle d’une relation de couple.

Il faut repartir de zéro. A partir de cette acceptation, nous nous sentirons plus libres de donner et de recevoir, de reconnaître l’autre sans exiger, de mettre le passé de côté et d’embrasser le présent. Aimer, c’est donner ce qu’on pas à qui n’est pas, car cette personne est quelqu’un d’autre.

Un couple enlacé face à la mer.

Aimer ici et maintenant, laisser derrière ce qui n’est plus

Il est vrai que la souffrance d’une enfance traumatisante persiste pendant des décennies. Tout comme il est vrai que les effets d’un amour sans respect ni engagement durent dans le temps. Cependant, rien n’est aussi nécessaire que de s’ouvrir à de nouvelles relations à partir du moment présent, en laissant derrière soi ce qui n’est pas, ce qui n’existe plus.

Cela prend du temps. Pour franchir ce seuil et nous permettre de construire des liens plus heureux, il est nécessaire de réparer l’estime de soi, d’accepter le passé, de le soigner et de renforcer notre estime de soi. Ce n’est qu’ainsi que nous construirons un avenir plus enrichissant à deux.

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  • Lacan, Jacques (1975). El seminario VIII “La transferencia” Buenos Aires: Paidós
  • Masotta, Oscar (2008). Introducción a la lectura de Jacques Lacan. Buenos Aires: Eterna Cadencia. 
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