I Origins, le reflet de l’âme

6 mars 2019
Le film I Origins tente d'unir la science et la spiritualité. On part de la métaphore "les yeux sont le reflet de l'âme" pour proposer un modèle nous permettant de nous interroger sur notre propre réalité sensible.

I Origins est un film sorti aux Etats-Unis en 2014. Il s’agit d’une production indépendante qui a été présentée au Festival du Cinéma de Sundance cette même année. I Origins a reçu le prix de Meilleur Film du Festival de Sitges en 2014. Dirigé par Mike Cahill et interprété par Michael Pitt, Brit Marling et Astrid Bergès-Frisbey, le film traite d’un drame avec une composante fictive intéressante résultant étonnamment vraisemblable.

Science et spiritualité se mélangent tout au long de ce film. C’est quelque chose qui semble difficile à consolider mais qui fonctionne assez bien. La trame est configurée à la manière d’une sorte de Matriochka mais avec un fil conducteur : les yeux.

Nous découvrons dans un premier temps le scientifique Ian Gray qui tente de mener à terme une recherche qu’il mène : la démystification de la spiritualité. A partir de là, une intrigue nous mènera vers une autre afin de finalement expliquer pourquoi « les yeux sont le reflet de l’âme ».

Les yeux comme point de départ

Obsédé par les yeux, Ian Gray prétend trouver une origine, un point de départ à l’évolution de l’œil. A la fin, il démontre preuves à l’appui que la foi n’a pas sa place dans notre société. Ian est obsédé par la science, par les preuves et les démonstrations. Mais par surprise, il tombe amoureux d’une jeune plutôt atypique : Sofi, une étrangère possédant une forte spiritualité qui contraste profondément avec le scepticisme de Ian.

I Origins traite de l’une des questions ayant le plus fait débat au cours de l’histoire : Science VS Religion. Le film s’immerge dans diverses croyances et donne des réponses au sujet de la réincarnation. Les yeux seront le point de départ, et également la découverte qui poussera Ian à s’interroger sur tout ce qu’il sait, tout ce qu’il a étudié.

Cependant, le film est parfois composé de dialogues trop surréalistes, peu crédibles dans une conversation normale de couple. Mais, en tenant compte de la nature de Sofi, on peut considérer que les conversations ne sont pas si invraisemblables.

Nous sommes peut être face à un film trop prévisible qui souhaite aborder beaucoup de choses et qui reste finalement uniquement en surface. Ce film peut ne pas gagner le cœur des plus sceptiques. Pour autant, il possède sans aucun doute un bon scénario, un bon développement, et la trame parvient à capter notre attention, à nous captiver. La réincarnation est-elle possible ? Et si nos yeux n’étaient rien de plus que l’empreinte d’autres vies passées, d’autres âmes ayant abrité le même regard ?

Hasard, coïncidence et I Origins

Pour Ian, il n’existe rien que la science ne puisse pas expliquer. Le monde spirituel n’existe pas. Tout passe par la science, par les observations et les démonstrations que nous pouvons extraire du monde qui nous entoure. Le hasard et la chance n’entrent pas dans sa conception du monde. Or, tout cela change lorsqu’il fait la connaissance de Sofi, une jeune qu’il rencontre par chance, de laquelle il ne connaît quasiment rien, pas même l’apparence de son visage.

Ian et Sofi se sont rencontrés lors d’une fête d’Halloween, une nuit très liée au monde spirituel et aux âmes. Elle est déguisée et on ne peut apercevoir que ses yeux. Des yeux uniques et fascinants que Ian ne pourra pas oublier. Après avoir perdu sa trace, Ian cherchera Sofi et une série de coïncidences le pousseront à elle. Subitement, Ian commencera à remarquer souvent le chiffre 11 et il se rendra compte qu’en suivant ce numéro, il retrouvera Sofi. 

Pourquoi le 11 ? Bien que dans le film, le numéro apparaisse totalement au hasard et de manière inexplicable dans la vie de Ian, nous pouvons penser qu’il n’a pas été choisi au hasard. Le numéro 11 est traditionnellement associé à la vie spirituelle.

Le 11 correspond à deux 1, la somme des deux chiffres est égale à 2, ce qui nous fait penser à sa dualité. Il se trouve sur deux plans, deux mondes. Ce nombre dépasse le 10, associé à la perfection mais également au monde matériel. Le 11 nous emmènerait donc vers le plan suivant : la spiritualité.

Ian et Sofi dans I Origins

Le surnaturel et la science

Les Pythagoriciens voyaient dans la nature une certaine correspondance numérique. La raison donnait accès à la nature, à la connaissance véritable qui était elle-même liée aux mathématiques, aux nombres. Pour eux, tout provenait du chiffre 1. C’était le principe fondamental duquel découlait tout le reste : l’apeiron. Le 1 est associé à une certaine nature divine à partir de laquelle les autres surgissent. La totalité est exprimée par le 10. Le 11 correspond à un plan plus terrestre.

De plus, les pythagoriciens possédaient une certaine vision mystique du monde. Il ne faut pas oublier le fait qu’au-delà d’une école, ils étaient une association à caractère secret et religieux. Pour les Pythagoriciens, il existait un transmigration des âmes. Cela signifie que l’âme se trouvait sur un plan divin. Elle n’appartenait pas au plan terrestre. L’âme habitait le corps et après la mort, elle occupait un autre corps. Elle faisait cela autant de fois que nécessaire jusqu’à atteindre la libération.

I Origins et la rationalité

Afin d’atteindre cette purification ou libération de l’âme, il fallait respecter certaines règles de comportement. Le végétarisme en est un bon exemple. Il est très associé à la réincarnation et il est pratiqué dans d’autres religions telles que le bouddhisme. Dans I Origins, Sofi ne semble appartenir à aucun courant religieux concret. Elle croit en la réincarnation et elle se sent profondément associée à certaines croyances provenant d’Inde. 

Correspondance avec les Pythagoriciens

Nous pouvons donc voir que le film ne coïncide pas uniquement avec les Pythagoriciens grâce au numéro mystique 11. Il coïncide également avec les affirmations sur la réincarnation. De plus, Sofi coïncide avec les Pythagoriciens par le végétarisme. Cela lui permettra d’interroger les expériences scientifiques, de se demander jusqu’à quel point les expériences sur les animaux sont considérées comme éthiques. Le fait de torturer des vers, comme dans le cas de Ian afin de savoir si une théorie est véridique, est-il le résultat de l’égoïsme humain ?

A ce jour, il n’existe aucun doute quant au lien de Pythagore et ses disciples avec les mathématiques, la géométrie, une connaissance rationnelle et scientifique. Cependant, en approfondissant sa philosophie, nous nous rendons compte de l’importance de la composante religieuse. Dans I Origins, la spiritualité et la science se fondent, se mélangent et elles nous invitent à avoir des réflexions sur le monde qui nous entoure. 

La dualité

Platon nous expliquait qu’il y avait deux mondes. Il existait un monde qui échappait à nos sens mais qui était là. Ce monde était celui qui nous donnait accès à la vérité, celui qui libérait nos âmes. Dans le film, Sofi pose une question intéressante à Ian, celui qui fait des expériences sur les vers qui ont uniquement deux sens. Que se passerait-il si, comme ces vers qui ne voient pas, nous manquions en fait d’un autre sens, un sens qui nous empêche de voir plus loin ?

Les vers sur lesquels Ian mène ses expériences ne peuvent pas voir. Ils ne savent donc pas ce qu’est la lumière, ce que sont les couleurs. Comment pouvons-nous être sûrs qu’il ne nous manque pas un sens ? Un sens qui nous permettrait de percevoir quelque chose qui se trouve devant nous et qui nous est simplement inconnu car nous n’avons pas la capacité d’y accéder…

Les hommes que Platon décrivait dans son allégorie de la caverne s’accrochaient comme Ian a leur réalité sensible, aux ombres qu’ils considéraient comme réelles car ils pouvaient les observer. Cependant, ils laissaient de côté un monde réel qu’ils rejetaient car ils n’y avaient pas accès. Il semblerait que tout ce qui nous est inconnu ou inexplicable fasse peur. Nous préférons nous accrocher à ce que nous voyons, à ce que nos sens peuvent identifier. 

Pour conclure

I Origins joue avec la rationalité, avec les limites de notre propre connaissance et tente de nous proposer une réalité qui pourrait se trouver sous nos yeux et que nous ne pouvons simplement pas percevoir. La pellicule développe un fil argumentaire afin de nous répéter et d’appliquer une métaphore que nous avons très souvent entendue au cours de l’histoire : « Les yeux sont le reflet de l’âme ».

« Avez-vous déjà rencontré quelqu’un qui, à première vue, remplit un vide que vous aviez et qui, lorsqu’il s’en va, rend ce vide encore plus douloureux ? »

-I Origins-