Henri Ey, un pont entre psychiatrie et psychanalyse

Henri Ey a apporté de grandes contributions à la psychiatrie en proposant une vision qui inclut à la fois la neuropsychologie et la psychanalyse. Il a ainsi promu une psychiatrie humaniste. Au fil du temps, son héritage a perdu en visibilité en raison de la psychiatrie nord-américaine.
Henri Ey, un pont entre psychiatrie et psychanalyse

Dernière mise à jour : 25 mai, 2021

Henri Ey est le créateur d’une approche en psychiatrie dite « organo-dynamique ». Il s’agit d’une synthèse de la perspective organiciste et de la dynamique psychanalytique. En d’autres termes, une façon de voir, d’assumer et de traiter la maladie mentale comme un produit à la fois de facteurs biologiques et psychiques.

Ceux qui le connaissaient le définissaient comme un homme très chaleureux, avec d’excellentes manières. Un amoureux de la bonne cuisine, des cigares de qualité supérieure et de corrida. Son prestige en psychiatrie française équivaut à celui de Jacques Lacan en psychanalyse.

« L’utilisation des neuroleptiques ne permet donc jamais de mettre de côté la relation psychothérapeutique qui doit accompagner toute thérapie biologique en psychiatrie. »

-Henri E –

Une grande partie de la théorie d’Henri Ey cherche à établir un lien direct entre la psychiatrie et la psychanalyse. Il n’était pas un révisionniste des concepts de Sigmund Freud. Il les voyait plutôt comme étant incomplets. Son travail cherche à élargir la perspective à la fois de la psychanalyse et de la psychiatrie.

Les contributions d'Henri Ey.

Les premières années d’Henri Ey

Henri Ey est né dans une petite ville du sud de la France, Banyuls-dels-Aspres, le 10 août 1900. Il y passe son enfance et son adolescence. Issu d’une famille de vignerons, il a toujours eu une profonde affection pour la terre où il est né et où il a reçu les influences des cultures française et espagnole.

Son intérêt pour l’esprit humain se manifeste dès son plus jeune âge. L’un des souvenirs les plus marquants de son enfance est la figure d’un homme que tout le monde appelait « le fou ». Une figure qui génère en lui à la fois de la peur et de la fascination. Il voit en lui une énigme qu’il a tenté de déchiffrer tout au long de sa vie.

Henri Ey décide d’étudier la médecine et s’installe à Toulouse. Il obtient son diplôme de médecine en 1923. Il est attiré par les cours dispensés à la Sorbonne et par la vie bohème du QuartierlLatin. Entre les allées et venues, il obtient également un diplôme en philosophie.

Sa pratique médicale et psychiatrique

Pendant les 10 années qui suivent l’obtention de son diplôme, Henri Ey est stagiaire au sein des hôpitaux psychiatriques de La Seine, à Paris. Il travaille également dans les services de Guiraud, Marie et Capgras.

En 1931, il commence à travailler au célèbre hôpital psychiatrique de Sainte-Anne. Il est l’un des disciples du célèbre Henri Claude. Il s’agissait du professeur de la chaire des maladies mentales et cérébrales. Henri Claude est le premier à ouvrir les portes de l’hôpital aux pionniers de la psychanalyse en France. Il nomme Ey à la tête de la clinique.

Ey fait ensuite la connaissance de quelqu’un qu’il définit comme un ami proche et, en même temps, comme un farouche contradicteur : Jacques Lacan. À cette époque, l’hôpital Sainte-Anne fait l’objet de grands débats et constitue le berceau de nouvelles pratiques cliniques et de recherche.

Bonneval, une nouvelle étape

En 1933, Henri Ey est nommé directeur psychiatrique de l’hôpital de Bonneval, dans la belle région des châteaux de la Loire. Il y travaillera pendant les 38 années suivantes, dans une institution pouvant accueillir 380 patientes. C’est là qu’il produira la plupart de ses écrits.

Dès ses début à Bonneval, il met en œuvre une nouvelle approche de la psychiatrie, basée principalement sur les travaux de Sigmund Freud et Eugène Bleuler. Il défend vivement dans cet hôpital, et tout au long de sa vie, une emphase humaniste sur la psychiatrie.

Il crée en 1945 la revue The Psychiatric Evolution, un instrument qui lui permet de diffuser ses thèses sur la pratique de la psychiatrie. En 1950, il fonde la World Psychiatric Association et commence à organiser de fabuleux colloques réunissant des experts et des chercheurs de différentes disciplines en lien avec la santé mentale.

Illustration d'un crâne en forme de puzzle.

Ey est convaincu qu’il faut unir la psychiatrie et la neurologie. Il croit aussi qu’il faut intégrer la psychanalyse, afin d’obtenir une approche globale. Sur la base de ses découvertes, il s’oppose à l’antipsychiatrie et aux thèses de Michel Foucault.

L’association psychiatrique qu’il a fondée finit par être absorbée par son homologue américaine, la World Psychiatric Association (WPA). Ainsi son patrimoine intellectuel a été remplacé par une approche exclusivement pharmacologique. Henri Ey est décédé le 8 novembre 1977, dans la même ville où il est né.

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  • Wyrsch, J., Stanghellini, G., Ey, H., Lafora, G. R., & Llopis, B. (2001). La persona del esquizofrénico: estudios sobre clínica, psicología y modalidad existencial. Triagastela.