Hannah Arendt, biographie d’une penseuse pluraliste

3 août 2019
Hanna Arendt a été persécutée parce qu'elle était juive et aussi parce qu'elle était allemande. Pendant de nombreuses années, elle a été apatride. C'est peut-être pour cela qu'elle a développé une pensée pluraliste, loin du totalitarisme et attachée à la démocratie directe.

Hannah Arendt était l’une des plus grandes penseuses du XXe siècle. Bien qu’elle soit considérée comme une philosophe, elle a rejeté cette catégorisation. Peut-être était-elle trop concluante et trop limitée pour une intellectuelle qui avait de vastes intérêts et explorait des domaines différents.

On pourrait dire que Hannah Arendt était l’une des plus grandes expertes de l’histoire sur la question juive. Contrairement à d’autres penseurs, elle a abordé le sujet avec beaucoup d’ampleur et un sens critique, même si elle était d’origine juive et se définissait comme juive. Pour autant, elle n’était pas pratiquante.

« Le révolutionnaire le plus radical deviendra un conservateur au lendemain de la révolution. »

-Hannah Arendt-

Son œuvre Les Origines du totalitarisme est un véritable classique de la théorie politique. Il s’agit d’un texte de près d’un millier de pages, dans lequel elle expose l’évolution historique de l’antisémitisme, du racisme et de l’impérialisme. Finalement, elle décrit ce qu’elle appelle la « domination totale », incarnée par le nazisme et le stalinisme.

Une photo d'Hannah Arendt

Une jeune femme brillante

Le véritable prénom de Hannah Arendt était en fait Johanna Arendt. Elle est née le 14 octobre 1906 à Linder-Limmen (Allemagne). Sa famille était juive et venait d’une région de Prusse, qui fait aujourd’hui partie de la Fédération de Russie.

Son père était un ingénieur qui est mort de la syphilis quand Hannah n’avait que 7 ans. Sa mère, Martha Cohn, était une femme aux idées libérales qui voulait donner à sa fille la même éducation que les garçons de l’époque.

Dès son plus jeune âge, Hannah Arendt a fait preuve de grandes capacités intellectuelles et d’un caractère rebelle. Elle aurait lu Emmanuel Kant et Karl Jaspers à l’âge de 14 ans. Cependant, elle fut renvoyée de l’école pour des problèmes disciplinaires à l’âge de 17 ans.

Hannah se rendit seule à Berlin, où elle suivit des cours de théologie et de philosophie. Elle a commença à étudier seule et à l’âge de 18 ans, elle passa l’examen d’entrée à l’Université de Marbourg, qu’elle obtint sans aucun problème.

Hannah Arendt, une intellectuelle juive

Un de ses professeurs fut le célèbre Martin Heidegger. Les deux tombèrent amoureux et eurent une liaison qu’ils ont dû garder secrète, car il était marié et avait déjà des enfants. La situation devint intenable pour Hannah, qui dut déménager pour un semestre à l’Université Albert Ludwig.

Enfin, elle obtint son doctorat en philosophie en 1928, après avoir suivi les cours d’Edmund Husserl. Le tuteur de sa thèse était Karl Jaspers, qui allait devenir l’un de ses meilleurs amis jusqu’à sa mort. A cette époque, elle se lia également d’amitié avec plusieurs des philosophes les plus importants de l’époque.

La montée progressive du nazisme commença, avec une augmentation progressive de l’antisémitisme. Hannah Arendt prêta sa propre maison pour aider de nombreux enfants et jeunes à fuir. En 1933, elle fut arrêtée par la Gestapo et détenue pendant huit jours. Puis elle partit pour la France, où elle rencontra son premier mari, Günther Stern, qui avait déjà fui l’Allemagne.

Apatride et penseuse

Hannah Arendt fut l’une des rares intellectuelles européennes à s’élever radicalement contre le nazisme dès le début. Contrairement à d’autres philosophes qui cherchaient à concilier leur pensée avec celle du nouveau régime, elle y voyait un grave danger dès le début.

En 1937, Hannah divorça de Günther et, la même année, sa nationalité allemande lui fut retirée. Elle réussit tout de même à faire sortir sa mère d’Allemagne en 1939. En 1940, elle épousa Heinrich Blücher. Peu de temps après, elle fut envoyée dans un camp de détention en France, parce qu’elle était allemande, sans l’être officiellement. De là, elle réussit à s’échapper et, avec son mari et sa mère, elle émigra aux États-Unis.

Aux États-Unis, elle travailla comme journaliste, métier qu’elle avait déjà exercé en Europe. En 1951, elle devint citoyenne américaine, bien qu’elle ait toujours dit que la langue, l’art et la poésie la liaient à l’Allemagne.

Un discours d'Hannah Arendt

Une trajectoire brillante

L’acquisition de la citoyenneté américaine l’a « libérée » de son apatridie. Elle a dit que le fait d’avoir la citoyenneté équivalait au « droit d’avoir des droits« . Aux États-Unis, elle poursuivit une brillante carrière et produit ses plus grandes œuvres.

En 1961, en tant que correspondante du magazine The New Yorker, elle couvre le procès d’Adolf Eichmann, un criminel de guerre nazi. L’article qu’elle a rapporté était sous-titré La banalité du mal. Il a donné lieu à une forte controverse.

Malgré tout, sa brillante carrière se poursuivit sans problème. En 1959, elle fut la première femme à enseigner à l’Université de Princeton. En 1963, elle devint professeure à l’Université de Chicago, puis dans d’autres centres universitaires.

Son mari bien-aimé, avec qui elle partageait toujours une complicité intellectuelle intéressante, mourut en 1970. Quatre ans plus tard, elle fut victime d’une crise cardiaque dont elle s’est remise. Elle continua à travailler jusqu’en 1975, date à laquelle une autre crise cardiaque lui coûta la vie lors d’une réunion universitaire.

 

  • Arendt, H. (2005). Arendt sobre Arendt. H. Arendt, De la historia a la acción. Buenos Aires: Paidós.