Imre Kertész, biographie d’un brillant survivant

5 juin 2019
Une grande partie du travail d'Imre Kertész est basée sur sa propre expérience d'adolescent prisonnier dans le camp de concentration d'Auschwitz et sur ses expériences pendant l'empire du totalitarisme dans sa Hongrie natale. Imre Kertész était un survivant, un homme qui n'a jamais manqué de trouver des pierres sur son chemin et qui a pourtant réussi à vivre de ce qu'il aimait le plus et à gagner une reconnaissance internationale.

Imre Kertész était le citoyen hongrois le plus célèbre du siècle dernier. Ceci est lié au fait qu’il a été le seul ressortissant hongrois à recevoir un prix Nobel. Pourtant, ce n’est pas son propre pays qui a reconnu et soutenu son talent, bien au contraire. La Hongrie a été un lourd fardeau pour cet écrivain impressionnant qui, cependant, a fait de son malheur un chef-d’œuvre de la littérature.

La renommée universelle d’Imre Kertész est due à son roman Fatelessness. Ce roman est considéré comme l’œuvre littéraire la plus importante sur l’Holocauste nazi. Il a été traduit en plus de 20 langues et porté à l’écran en 2005 par le réalisateur hongrois Lajos Koltai, avec un scénario écrit par Kertész lui-même. Kertész a refusé de qualifier ce génocide d’holocauste. Il considère ce terme comme une manière de le sacraliser, plutôt que de dénoncer son essence.

Le travail d’Imre Kertész va bien au-delà de la dénonciation des atrocités qui ont marqué un avant et un après dans le monde. Son travail vise plutôt à montrer que la Seconde Guerre mondiale a été une rupture prévisible avec les valeurs les plus élevées de l’Europe d’hier. Et il le fait à travers une prose amusante, ironique et émouvante. Sa vraie vie, cependant, est tout aussi choquante, ou plus choquante encore que son propre roman. Comme on le dit souvent, la réalité dépasse parfois la fiction.

Imre Kertész, les premières années

Des expériences douloureuses ont marqué la vie d’Imre Kertész.  Celles-ci ont commencé très tôt. Il est né le 9 novembre 1929 à Budapest (Hongrie). Il venait d’une famille de Juifs non pratiquants et aisés. Quand il avait 5 ans, ses parents se sont séparés. Par la suite, on l’a envoyé dans un pensionnat et il y a terminé son enseignement primaire.

En 1940, Imre Kertész a commencé l’école secondaire, ce qui coïncide avec les premières phases de la Seconde Guerre mondiale. L’antisémitisme s’emparait déjà de secteurs importants de l’Europe. En conséquence, le jeune Kertész a été affecté à des classes séparées dans un espace réservé uniquement aux juifs. Ainsi, il a dès lors ressenti le poids de la discrimination.

En 1944, on l’a déporté au camp de concentration d’Auschwitz. A cette époque, il n’avait que 14 ans. On dit qu’il ignorait lui-même l’importance de ce transfert. Les nazis ont forcé les jeunes Juifs à faire la queue avant de les diviser en différents groupes. Imre Kertész parlait un peu allemand et comprenait que les soldats faisaient référence à lui en disant qu’il pouvait avoir 16 ans. Lorsqu’on lui a demandé, sans savoir pourquoi, il a répondu que c’était son âge. Ce petit mensonge, cette impulsion qui l’a conduit à tromper les soldats, lui a sauvé la vie, car on envoyait les mineurs dans la chambre à gaz.

camp de concentration d'Imre Kertész

Une empreinte indélébile

Entre 1944 et 1945, Imre Kertész était à Auschwitz et Buchenland, d’où il a été libéré après le triomphe des Alliés. La chose la plus déconcertante de son expérience, c’est qu’on l’a réduit à la condition misérable de prisonnier d’un camp de concentration, sans que sa famille, ni lui-même, ne soient réellement des pratiquants du judaïsme. Une fois cette expérience terminée, il est retourné dans son pays natal, mais aucun membre de sa famille n’avait survécu.

Plus tard, il a commencé à travailler en tant que journaliste et a terminé ses études secondaires. Cependant, il a perdu son emploi et a dû travailler pendant plusieurs années dans une usine. Le régime stalinien a commencé en Hongrie et, encore une fois, il a été victime de discrimination. On l’a qualifié de « bourgeois » en raison de l’origine riche de sa famille. Par conséquent, le régime le considérait avec suspicion et méfiance. Finalement, il a pu commencer à travailler comme traducteur, ce qui lui a permis d’avoir les moyens de survivre sans embarras.

Kertész a également composé des comédies, des publicités et d’autres textes mineurs, mais il a toujours été un écrivain passionné. En 1975, il publie son grand roman Fatelessness, bien qu’il n’ait pas eu le moindre impact sur son pays natal. Pendant 20 ans, Kertész a vécu dans un appartement de 25 mètres carrés et a écrit dans un petit coin de la cuisine. Parfois, il le faisait dans le café Luxor qu’il fréquentait. Dans ces années-là, il est même allé jusqu’à dire : « Je serai toujours un écrivain hongrois de deuxième ordre, ignoré et mal interprété ».

Dans les années 1990, les éditeurs allemands l’ont redécouvert et apprécient désormais la grande valeur de son travail. Par la suite, sa reconnaissance s’est accrue avec l’obtention de plusieurs prix internationaux. Après la chute du régime communiste en Hongrie, Imre Kertész est devenu plus prolifique. En 2002, il a reçu le prix Nobel de littérature, qui a compensé en partie toutes ses souffrances. Il est finalement décédé le 31 mars 2016, à Budapest.

Imre Kertész en conférence

 

Un petit mensonge a sauvé et changé la vie d’Imre Kertész. En un instant, notre vie peut basculer à l’improviste. Lorsque nous entendons les histoires des survivants de l’Holocauste, cela nous étonne de voir comment certaines personnes ont réussi à survivre à tant d’atrocités. Imre Kertész n’a pas seulement survécu à l’Holocauste, mais il a de nouveau connu des difficultés sous un régime différent. On a toujours jugée son origine, peu importe qui était au pouvoir. Il n’a pas eu la vie facile non plus dans ses premières errances d’écrivain, mais Kertész n’a pas abandonné et a utilisé l’arme la plus puissante qu’il connaissait : la parole.

 

  • Larrosa, J. (2009). Veinte minutos en la fila. Sobre experiencia, relato y subjetividad en Imre Kertész. Actualidades pedagógicas, (54), 55-68.