Franz Boas, père de l’anthropologie moderne

· 16 mars 2019
Franz Boas était un anthropologue allemand qui a instauré l'anthropologie scientifique en Amérique du Nord. Réagissant contre l'évolutionnisme et établissant un relativisme culturel, son travail s'étend dans tous les domaines de l'anthropologie. Du biologique au social, en passant par le linguistique.

Franz Boas (1858-1942) était un anthropologue originaire d’Allemagne. Il fonda le premier département universitaire d’anthropologie en Amérique du Nord. Plus précisément à l’Université Clark, en 1888. De plus, il introduisit une façon plus scientifique d’étudier l’anthropologie, compte tenu de l’obligation d’effectuer un travail de champ élargi.

Pour en savoir plus sur les circonstances qui ont conduit Franz Boas à créer cette discipline scientifique nouvelle et soignée, poursuivez votre lecture de cet article. Nous nous pencherons, entre autres, sur les circonstances sociales et personnelles qui ont amené ce scientifique à étudier ce domaine des sciences humaines.

Sa découverte de l’anthropologie

Comme beaucoup d’anthropologues de l’époque, Boas naquit et fit ses études en Allemagne. Il commença sa formation à l’âge de 20 ans. Puis, il étudia la physique et les mathématiques et obtint un doctorat en géographie en 1881. Sa thèse consistait en des réflexions et des explications relatives à la couleur de l’eau de mer.

En 1883, il entreprit une expédition dans la mer Arctique pour étudier la coloration de ses eaux. Il y resta toute une année, vivant avec les Esquimaux et les baleiniers. C’est ainsi qu’il découvrit l’ethnographie, à savoir une méthode d’observation directe pour étudier les phénomènes sociaux et l’importance de comprendre le contexte qui les entoure.

Sa relation étroite avec les Esquimaux de l’Arctique développa chez Boas un grand intérêt pour l’anthropologie. Cependant, il s’intéressa principalement à la recherche sur un champ particulier dans tous ses domaines : linguistique, social et culturel. Cela l’amena à comprendre dès son jeune âge que la langue et la culture jouent un rôle plus important dans les sociétés que les conditions naturelles.

À la fin de son expédition, il retourna à Berlin. Mais des années plus tard, il retournera en Amérique du Nord pour commencer à enseigner à l’Université Clark. En 1889, il était professeur à l’Université de Columbia. Un poste qu’il occupera pour le reste de sa vie. En outre, il était conservateur de l’American Museum of Natural History dans la section Ethnologie.

Franz Boas

 

Les contributions les plus importantes de Franz Boas à l’anthropologie

Les contributions de Franz Boas à l’anthropologie sont nombreuses et difficiles à synthétiser. Cependant, on peut dire qu’il contribua à tous les aspects de l’établissement de l’anthropologie comme science, en tant que professeur, chercheur, administrateur et fondateur d’institutions.

Il écrivit un grand nombre de livres et d’articles scientifiques, couvrant tous les domaines de l’anthropologie. Parmi ses publications, il y en avait qui portaient entre autres sur la linguistique, la théorie ethnologique, l’anthropométrie, le folklore, les problèmes raciaux et les droits civils.

Boas fut au centre des grands événements qui marquèrent un avant et un après en anthropologie américaine. Il participa à la modernisation de la revue American Anthropologist (1889), à la fondation de l’American Anthropologist Association (1900) et de l’American Folk-Lore Society (1888). Tout comme à l’actualisation de l’American Ethnological Society (1900).

En outre, en 1910, il contribua activement à la création de l’École internationale d’archéologie et d’ethnologie américaines au Mexique. Institution dont il fut le directeur entre 1911 et 1912.

L’une des contributions théoriques les plus importantes de Franz Boas à l’anthropologie fut un nouveau regard sur l’étude de la culture. Regard qui, par ailleurs, renonça à la pensée dominante de l’époque sur l’évolution sociale linéaire. En effet, Boas proposa plutôt une vision relativiste des différences culturelles. Cela conduisit les anthropologues à se concentrer davantage sur les particularités de chaque société plutôt que de comparer les cultures pour faire des généralisations conjecturales.

La génération d’anthropologues disciples de Boas

Un autre des grands apports de Franz Boas à l’anthropologie fut ses disciples. Il faut souligner que Boas et ses disciples jetèrent les bases d’une anthropologie professionnelle et universitaire, caractérisée par l’expulsion d’amateurs. En fait, il fut alors possible d’établir que la recherche ethnographique du domaine était la plus importante dans la professionnalisation anthropologique.

Parmi ses disciples les plus célèbres figurent Ruth Benedict, Margaret Mead, Alfred Kroeber, Robert Lewie, Edward Sapir, etc. Tous se consacrèrent à la diffusion de l’anthropologie dans toute l’Amérique du Nord. Kroeber et Lewie allèrent à l’université de Berkeley. Sapir à Chicago, pendant que Mead et Benedict, eux, restèrent à Columbia.

Ses réflexions sur la race

Franz Boas

 

En 1911, Boas publia le livre The Mind of a Primitive Man. On peut considérer ce texte comme l’un des plus importants de sa production scientifique prolifique. Boas s’efforce d’y clarifier les relations entre la culture et la race et conclut qu’il n’existe aucune relation directe et efficace entre elles. Ainsi, il nie l’existence des races inférieures et supérieures. On ne peut donc pas parler de « primitif » ou de « civilisé » selon le phénotype qui caractérise une société.

Boas maintint et défendit cette position théorique tout au long de sa vie. En 1931, il publia un article en allemand réaffirmant que la culture n’avait rien à voir avec la race, comme le proposaient certains ultranationalistes. Cet article parut un an avant le règne d’Hitler en Allemagne. Ses publications furent publiquement brûlées à Kiel.