Les émotions du trouble de la personnalité limite

· 29 août 2017

L’un des traits qui caractérisent les personnes qui souffrent du trouble de la personnalité limite est leur difficulté à gérer leurs émotions. En général, les émotions les envahissent et elles ont du mal à trouver une stabilité. Elles peuvent ressentir de nombreux hauts et bas émotionnels qui rendent difficiles leurs relations avec le monde extérieur. C’est justement pour cela qu’elles ont besoin d’une aide spécifique qui leur apporte les outils utiles pour guérir leur comportement social.

Pour mieux comprendre, il faut savoir qu’un trouble de la personnalité limite est caractérisé par une manière de fonctionner rigide et inflexible. Nous parlons de personnes qui ont des difficultés à créer du lien, avec un fonctionnement social en décalage, une instabilité émotionnelle marquée et une image d’elles-mêmes très négative. Mais, pourquoi ont-elles tant de mal à gérer leurs émotions ?

La théorie du trouble de la personnalité limite

La théorie bio-sociale affirme que la principale problématique du TPL est le manque de régulation émotionnelle. De plus, cette carence pourrait avoir différentes origines : une certaine prédisposition biologique, un contexte environnemental d’invalidation et l’interaction de ces deux facteurs. Selon cette théorie, les désajustements émotionnels seraient la conséquence de la vulnérabilité émotionnelle et de la carence en stratégies efficaces pour réguler les émotions.

La vulnérabilité émotionnelle se définit comme une hypersensibilité face à n’importe quelle émotion, indépendamment de sa valeur (positive, négative ou neutre). Cette hypersensibilité a souvent pour conséquence une réponse très intense et variable de la personne. Une telle intensité produit un déséquilibre, très difficile à stabiliser.

D’autre part, l’instabilité et le manque de régulation émotionnelle, selon la théorie bio-sociale, ont une base biologique qui n’est pas forcément héréditaire. Cette prédisposition biologique peut être différente pour chaque personne. Ainsi, on n’a pas encore trouvé de facteur commun, au niveau biologique, qui soit présent dans tous les cas de trouble de la personnalité limite.

Un environnement invalidant au niveau familial affecte la régulation émotionnelle

L’un des facteurs qui affectent la difficulté de régulation des émotions des personnes atteintes de ce trouble, mais également certaines qui n’en souffrent pas, est l’environnement familial dans lequel elles ont grandi. En général, on retrouve en consultation des familles qui n’ont pas validé les besoins émotionnels de leurs enfants. Les émotions sont perçues comme des expressions peu importantes.

Une famille invalidante peut faire beaucoup de mal à l’estime d’elle-même d’une personne car celle-ci est modelée dès l’enfance. Si les parents ignorent ou répondent de manière extrême aux besoins de l’enfant, celui-ci va sentir qu’il n’est pas important, et vivre le rejet et l’incompréhension comme normaux. L’environnement critique favorise aussi le fait que les émotions de frustration, de colère, de tristesse et de peur soient attribués aux traits de personnalité de l’enfant.

Par exemple, si l’enfant pleure, au lieu de l’écouter et d’essayer de comprendre ce qui lui arrive, on lui dit que c’est un pleurnichard et on lui demande d’arrêter. Il apprend ainsi que ce n’est pas bien de montrer ses émotions et que quand il les exprime, il est puni. L’enfant apprend à exprimer ses émotions de manière extrême, les inhibe ou les désinhibe complètement, et au fur et à mesure qu’il grandit, cette expression dysfonctionnelle s’accentue.

Comment les personnes atteintes de TPL répondent-elles aux émotions ?

L’intensité et la sensibilité émotionnelles extrêmes

Les personnes atteintes du trouble de la personnalité limite sont très sensibles aux expériences extérieures car elles ont peur de l’abandon. C’est pour cela qu’elles répondent très intensément à n’importe quelle émotion, que ce soit de la colère ou de la joie. Elles souffrent d’instabilité émotionnelle très accentuée qu’elles ont du mal à contrôler. Par exemple, il est fréquent qu’elles traversent des épisodes d’anxiété et de frustration intenses qu’elles projettent sur d’autres personnes, via des comportements peu respectueux.

La difficulté à recouvrir une neutralité émotionnelle

Revenir au calme, après l’intensité avec laquelle ces personnes vivent les émotions, n’est pas facile. Elles peuvent être très impulsives et avoir des difficultés à moduler leurs émotions face à quelque chose qui les perturbe. À tel point qu’elles délèguent involontairement le contrôle de leurs actes sur leurs propres émotions.

De plus, ces personnes ont souvent des opinions peu prudentes, radicales et très versatiles. Leur instabilité pénalise également le cercle social de soutien dans lequel elles se trouvent. Il est souvent moins dense que celui d’une personne « normale » et les gens qui y restent le font car ils ont compris que les comportements impulsifs de la personne sont des causes de sa maladie.

« L’automutilation est une manière avec laquelle les personnes atteintes de TPL expriment leur colère contenue. Il est important qu’elles apprennent une autre façon de gérer cette colère pour ne pas qu’elle les blesse. »

Le vide et la profonde tristesse inhibée

Le sentiment de vide est une sensation très courante chez les personnes qui souffrent du trouble de la personnalité limite. Rien ne les comble suffisamment et cela génère un grand vide non identifié qui entraîne chez elles une tristesse qu’elles ne savent ni expliquer ni exprimer. Ainsi, dans leur sac à dos émotionnel, elles finissent par porter une mélancolie de laquelle elles ne savent pas se défaire.

La colère contenue et l’automutilation

Elles ont beaucoup de mal à réguler leurs énervements. C’est pour cela qu’elles explosent sans contrôle, ou inhibent leur colère au point de se faire du mal. L’automutilation est une manière d’exprimer ce sentiment qu’elles ne savent pas « sortir » différemment.

Il est donc important d’apprendre à gérer ces émotions, en choisissant de manière consciente la manière dont on dépense l’énergie qui accompagne la colère, afin de maîtriser les impulsions démesurées et toutes les conséquences qui peuvent en découler.

Comment réguler les émotions dans le trouble de la personnalité limite ?

Pour ces personnes, la première étape est d’apprendre à accepter et à valider leurs émotions telles qu’elles les ressentent. Identifier les émotions qui existent en elles avant qu’elles ne les inondent et les accepter telles qu’elles arrivent, sans vouloir refuser la réalité. Ainsi, il est primordial qu’elles apprennent à tolérer leur mal être émotionnel avec des stratégies de régulation émotionnelle.

L’une des thérapies qui a montré les meilleurs résultats est la TCD (thérapie comportementale dialectique) de Marsha Linehan. Cette thérapie se base sur l’apprentissage des capacités sociales et motivationnelles pour réduire les comportements impulsifs et d’idéations suicidaires, et pour pouvoir voir le monde comme un lieu où il y a de l’espace pour tout le monde.

Enrichir les capacités émotionnelles de ces personnes est très important pour améliorer leur adaptation sociale et personnelle. La thérapie individuelle, les groupes thérapeutiques et les tâches qu’elles peuvent faire chez elles sont fondamentales, dès lors qu’elles sont réglées et supervisées par un-e spécialiste.

Bibliographie :

Linehan Marsha. (2000), Traitement cognitivo-comportemental du trouble de la personnalité

American Psychiatric Association (2015). DSM-V. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux

Lisez aussi : Savez-vous ce qu’est et comment se traite le trouble de la personnalité limite ?