Les éloges et les compliments sont des tempêtes qui menacent de nous emporter

· 21 mars 2017

Au fur et à mesure que nous grandissons, nous gagnons en indépendance. Au bout de quelques mois, nous pouvons nous déplacer à quatre pattes. Quand nous passons les 10 ans, on nous laisse déjà aller à des endroits tout-e-s seul-e-s et, plus tard, quand nous trouvons un travail qui nous le permet, nous quittons la maison. Il s’agit d’un processus graduel au cours duquel nous collectionnerons des compliments et des injures au fur et à mesure que nous apprendrons et que nous gagnerons en responsabilité.

Cependant, même si nous avançons énormément sur le chemin de l’indépendance, il y a une chose dont nous ne nous émanciperons jamais : l’influence qu’ont les autres sur nous. Cette influence peut être délibérée, comme quand notre chef-fe nous assigne un travail à faire ; ou, plus subtilement, comme quand notre chef-fe nous délivre une bonne dose de compliments pour essayer de renforcer notre motivation et notre style de comportement.

L’histoire de Louis

La mouche qui se trouvait dans la cuisine au moment où Louis rentra à la maison raconte qu’il paraissait préoccupé. Sa mère, en voyant son humeur, lui demanda ce qu’il lui arrivait. Louis lui avoua tristement que ses camarades lui avaient dit que ce n’était qu’un incapable, qu’il n’avait pas été capable de résoudre le problème lorsqu’il avait été envoyé au tableau par son professeur.

Sa mère lui dit que le week-end prochain, lorsqu’ils iraient se promener dans la forêt de pins qui se trouvait près de chez eux, il devrait ramasser une pomme de pin et lui raconter toutes les mauvaises choses qui lui passeraient par la tête. Louis la regarda d’un air étonné et partit, curieux à propos de ce qu’elle lui avait dit. Ce même samedi, au milieu d’une série de coups de pied dans son ballon, il ramassa une pomme de pin et lui dit un tas de mots horribles que nous ne répéterons pas. Il se laissa aller complètement.

Au cours du dîner, sa mère lui demanda s’il avait parlé à la pomme de pin. Louis lui dit que oui. Elle lui dit alors que, le prochain samedi, il devrait ramasser une autre pomme de pin mais cette fois en lui disant toutes les bonnes choses qui lui passeraient par la tête. C’est ce que fit Louis et sa mère revint lui poser des questions.

Plus concrètement, elle lui demanda si, lors de l’un de ces deux samedi, il avait noté une différence dans la pomme de pin, avant et après l’avoir ramassée. Louis lui répondit que non.


La mère lui dit qu’il se passait la même chose avec les personnes, que les injures ou les compliments ne changeaient pas qui nous sommes. En outre, elle lui dit que nous avons un avantage fondamental par rapport à la pomme de pin, qui est que nous pouvons apprendre.


Nous ressemblons à Louis

Nous avons très souvent été comme Louis et nous continuerons certainement à l’être, car les mots des autres entrent en nous et laissent traîner leur influence. Nous ne pouvons probablement pas éviter cela ; en revanche, ce que nous pouvons faire est regarder les messages qui nous parviennent avec la perspective qu’ils méritent.

Car le fait qu’une personne essaye, depuis son point de vue, de dresser un portrait de nous, indépendamment du fait qu’elle veuille nous insulter ou non, ne signifie pas que ce portrait peut être plus véridique qu’un autre qui serait aléatoire. En fait, avant que ses camarades lui disent cela, Louis ne se considérait pas comme un incapable, même s’il ne savait pas résoudre le problème.

Face à des messages de ce type, il est toujours bon d’introduire une question dans notre dialogue intérieur : pourquoi les autres devraient décider des critères et pas nous ? Vous devez vous rendre compte que ces personnes ne passent qu’une partie de la journée avec vous et qu’elles ne sont conscientes que d’une petite partie de ce que vous êtes ou ce que vous pensez. Une chose qui, que vous le vouliez ou non, ne vous arrive pas.


Songez que la personne qui aujourd’hui vous délivre tout un tas de compliments peut vous insulter demain. Le contraire peut également se produire. Ne soyez pas comme un bateau qui serait à la merci des vagues de compliments, ni comme une feuille qui volerait selon les désirs du vent qui souffle sous la forme d’éloges.


Tirez toute l’information que vous voulez de ce qu’on vous dit mais, quand il s’agit d’être, du verbe être, vous avez le dernier mot au moment d’introduire différents adjectifs dans votre portrait. Il s’agit d’un grand pouvoir, ne le mettez pas dans les mains d’autres personnes : s’il vous arrive de le faire, que ce soit dans les mains de personnes qui vous aiment réellement.