Effet de désinhibition en ligne : sommes-nous plus courageux sur Internet ?

Les écrans nous rendent-ils plus intrépides ? Selon des études sur l'effet de désinhibition en ligne, ce serait effectivement le cas.
Effet de désinhibition en ligne : sommes-nous plus courageux sur Internet ?

Dernière mise à jour : 31 octobre, 2021

Oseriez-vous vous exprimer dans votre travail de la même manière que vous le faites sur les réseaux sociaux ? Probablement pas. Peut-être que vous ne voulez pas que votre patron puisse accéder à certains contenus que vous partagez sur votre profil Facebook. Alors pourquoi osons-nous les dire en ligne, mais pas dans ce que nous pourrions appeler la vraie vie ? L’effet de désinhibition en ligne est la réponse à ce curieux phénomène.

Depuis l’apparition d’Internet et des réseaux sociaux, notre façon de communiquer a changé. D’un côté, il s’agit d’un point positif car cela élimine les barrières de distance et de temps, simplifiant et rendant le processus plus économique. Néanmoins, cela peut aussi avoir un côté sombre.

Qu’est-ce que l’effet de désinhibition en ligne ?

Souvent, sur Internet, nous nous comportons d’une manière différente de ce que nous ferions en parlant en face-à-face. Sur les réseaux sociaux, il est courant que les gens mettent de côté certaines peurs et communiquent plus ouvertement. C’est ce qu’on appelle l’effet de désinhibition en ligne et cela n’a rien de nouveau.

En fait, le terme a été utilisé pour la première fois dans un article de 2004 écrit par le psychologue John Suler. L’auteur y a défini cet effet comme un phénomène de communication associé à Internet. Lorsque nous sommes derrière un écran, nous avons tendance à devenir plus expressifs et impulsifs.

En d’autres termes, nous nous sentons plus courageux ou décomplexés et cela affecte ce que nous disons et comment nous le disons. Maintenant, si l’expressivité est souvent considérée comme une qualité, elle peut aussi avoir un inconvénient.

désinhibition en ligne

Causes de l’effet de désinhibition en ligne

Selon Suler, il y a au moins six facteurs qui participent à ce phénomène de communication. Chez certaines personnes, deux de ces variables suffisent à produire une désinhibition. Cependant, dans la plupart des cas, ces facteurs sont tous présents et interagissent les uns avec les autres. En conséquence, l’effet se retrouve maximisé.

Anonymat dissociatif

L’une des principales caractéristiques d’Internet est la possibilité d’interagir de manière anonyme dans différents espaces. Il suffit simplement de créer un nom d’utilisateur ou un e-mail. De cette façon, il est peu probable que les actions d’une personne soient liées à sa « vraie personne ».

En ce sens, l’anonymat d’Internet produit une dissociation de soi chez les personnes. D’une part, il y a l’identité qui interagit avec le monde réel, et puis il y a l’identité anonyme d’Internet. Ainsi, les gens ont tendance à faire ou à dire des choses avec leur « moi anonyme » qu’ils ne feraient jamais sous leur « vrai moi ».

Invisibilité

Lorsque nous surfons sur le net, nous avons l’impression que personne ne nous regarde, même lorsque nous parlons à d’autres utilisateurs. Il n’y a pas de contact visuel ou de langage corporel dans ces communications et cela crée un sentiment d’« invisibilité ». Par conséquent, les gens se sentent plus disposés à s’exprimer ou à agir d’une manière qu’ils n’utiliseraient pas dans un autre contexte.

Asynchronie

Lors de l’envoi d’un message à une autre personne, nous ne nous sentons pas obligés de recevoir sa réponse immédiatement. En fait, nous pouvons décider de l’ignorer pendant des heures, des jours, des semaines, voire des mois. En retour, cela signifie que nous n’avons pas à gérer ses réactions en temps réel et cela amplifie l’effet de désinhibition en ligne.

Par exemple, si nous faisons un commentaire négatif sur l’apparence d’une personne dans la vie réelle, l’autre personne peut réagir tout de suite. Peut-être qu’elle se mettra en colère contre ce que nous avons dit ou qu’elle se sentira blessée et nous devrons lui répondre à ce moment-là. Or, dans les réseaux sociaux, il est possible d’ignorer le message jusqu’à ce que nous nous sentions prêts à le lire.

Solipsisme et introjection

L’absence de contact visuel nous oblige à recréer une image mentale de l’autre personne avec qui nous communiquons. C’est-à-dire que nous donnons un visage à ce nom d’utilisateur et lui attribuons une voix. De cette façon, nous avons des conversations mentales avec cette « personne imaginaire » et nous l’introjectons.

L’effet qui se produit est que les gens se sentent plus décomplexés parce qu’ils ont l’illusion que ces échanges ne se produisent que dans leur esprit. N’oubliez pas que les gens fantasment souvent sur des situations et des conversations dans leur tête, qui ne se produisent pas réellement. Ainsi, ils sentent que leurs pensées sont un espace sûr pour exprimer des désirs qu’ils ne révéleraient pas.

Minimisation de l’autorité

Sur le web, mais surtout sur les réseaux sociaux, le statut social des personnes dans la vraie vie perd un peu de sa pertinence. Il est courant de voir des gens qui écrivent des messages à des célébrités ou à des personnalités politiques comme s’il s’agissait de leur voisin. Ce qui motive ce comportement, c’est l’effet de désinhibition en ligne grâce à la minimisation de l’autorité.

Dans les espaces virtuels, un président peut être vu comme un simple nom parmi des milliers. Par conséquent, il y a l’illusion qu’il n’y a pas d’autorités ou de hiérarchies, et il est donc possible d’agir en toute impunité.

Homme riant avec un mobile

Imagination dissociative

Nous avons déjà parlé de la façon dont l’anonymat numérique pouvait produire une sorte de dissociation dans l’identité d’une personne. Dans cet ordre d’idées, il est possible que cet effet se produise aussi sur le monde. Ainsi, il est courant de lire les termes « espace virtuel » ou « monde numérique » pour parler des plateformes que l’on trouve sur le web.

Un individu pourrait en venir à penser qu’Internet est un autre monde ou lieu où il a la possibilité de s’exprimer comme il l’entend. Les jeux de simulation sociale comme Les Sims ou Second Life peuvent être pris comme exemples de ce phénomène. Là, les utilisateurs créent des personnages qui se déplacent dans de faux mondes et leur permettent d’avoir une « seconde vie ».

L’effet de désinhibition en ligne est-il positif ou négatif ?

Est-ce une bonne ou une mauvaise chose que les gens aient tendance à être plus ouverts avec leurs émotions en ligne ? En fait, il n’y a pas de moyen simple de répondre à cette question. Tout d’abord, nous devons nous rappeler que les concepts de « bon » ou « mauvais » sont différents pour chaque individu. En dehors de cela, les êtres humains sont complexes : il est donc compliqué de classer notre comportement comme positif ou négatif.

Par ailleurs, l’effet de désinhibition en ligne peut avoir une influence positive ou négative sur les personnes. Lapidot-Lefler et Barak (2012) ont publié un travail sur les comportements négatifs liés à ce phénomène. Leurs recherches suggèrent que le manque de contact visuel, l’invisibilité et l’anonymat entraînent des comportements négatifs tels que l’envoi d’insultes et de menaces.

Au contraire, d’autres recherches ont révélé que ces mêmes facteurs pouvaient favoriser des actions positives telles que le partage des émotions et l’honnêteté (Lapidot-Lefler & Barak, 2015). Par conséquent, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un phénomène totalement négatif ou positif.

Compte tenu de ce qui précède, on peut conclure que la manière dont ce phénomène influence dépendra de chaque personne. Au final, nous avons tous des traits positifs et négatifs : ce qui nous définit est la façon dont nous décidons d’agir dans des situations précises.

Des facteurs tels que l’effet de désinhibition en ligne ne révèlent que des aspects de nous-mêmes que nous ne partagerions peut-être jamais autrement.

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  • Lapidot-Lefler, N., & Barak, A. (2012). Effects of anonymity, invisibility, and lack of eye-contact on toxic online disinhibition. Computers in human behavior, 28(2), 434-443.
  • Lapidot-Lefler, N., & Barak, A. (2015). The benign online disinhibition effect: Could situational factors induce self-disclosure and prosocial behaviors?. Cyberpsychology: Journal of Psychosocial Research on Cyberspace, 9(2).
  • Suler, J. (2004). The online disinhibition effect. Cyberpsychology & behavior, 7(3), 321-326.