Désapprendre pour aller de l’avant

13 décembre 2018
Apprendre et désapprendre, nous passons notre vie à faire cela. Nous acquérons des connaissances, des expériences et également des habitudes et coutumes. Nous avons également acquis des manières de gérer nos pensées et nos croyances. Nos géniteurs, notre environnement familial et social sont responsable de notre apprentissage.

Toute notre expérience de vie a une influence très forte sur ce que nous sommes ou sur ce que nous croyons être. La différence est très importante puisque nous travaillons généralement sur cette dernière approche, mais pas sur la première. Dans tous les cas, le changement et l’apprentissage forment un cercle qu’il serait impossible d’expliquer sans désapprendre. En fait très souvent, les personnes « s’actualisent » tout comme les programmes d’exploitation : nous jetons à la poubelle ce qui ne sert plus pour laisser la place au nouveau.

Dans nos vies, il y a des moments où nous sentons que quelque chose ne va pas ou que nous ne nous voyons pas comme nous l’aimerions. Quelque chose ne fonctionne pas, sans comprendre pour quelle raison. Nous « tournons en rond » sur la base d’une erreur : nous répétons les mêmes stratégies en espérant que des résultats différents se produisent. 

Nous ignorons le fait que nous ne prenons pas des décisions en fonction de ce que nous voyons ou de ce que nous considérons comme étant bien ou mal. Nous prenons des décisions en passant par nos convictions et les codes acquis que nous portons en nous. C’est dans ces moments que nous sentons que nous devons réaliser des changements… sans pour autant savoir par où commencer.

Désapprendre : réétudier notre réalité

Parfois, nous travaillons avec des modèles rigides que l’on structure sur la base du « je devrais » ou « il faudrait que » : des obligations imposées personnellement, dérivées de notre manière de voir la réalité. Bien que ces obligations ne soit que des mirages, elles nous font souffrir bien plus que les circonstances et situation objectifs ou tangibles.

Une bonne partie de ces modèles rigides sont construits de manière inconsciente, dans l’absence de raisonnement critique, par simple assimilation. En fait, nous possédons tous une série de croyances irrationnelles qui nous paraissent absolument normales mais ne le sont pas. 

désapprendre les croyances irrationnelles

Les croyances irrationnelles d’Ellis

Albert Ellis, le créateur de la thérapie rationnelle émotive, identifia onze croyances irrationnelles auxquelles nous pouvons nous attacher sans le savoir. Ellis défend l’idée selon laquelle ce ne sont pas les événements qui génèrent les états émotionnelles, mais la manière que nous avons de les interpréter. 

  • « Etre aimé et approuvé par pratiquement chaque personne significative de la société est un besoin extrême pour l’être humain adulte ».
  • « Pour se considérer personnellement précieux et important, il faut être très compétent, suffisant et être capable de tout réussir dans tous les aspects possibles ».
  • « Une certaine classe de personnes est méprisable, mauvaise et infâme et ces individus devraient se sentir coupables et être punis pour leur méchanceté ».
  • « Lorsque les choses ne se passent pas comme prévu, c’est terrible et catastrophique ».
  • « Le malheur humain trouve son origine dans les causes externes et les gens ont peu voire aucune capacité à contrôler leurs peines et leurs perturbations ».
  • « Si quelque chose est ou peut être dangereux ou terrible, il faudra se sentir terriblement inquiet et penser constamment à la possibilité que cela se produise ».
  • « Il est plus facile d’éviter que d’affronter certaines responsabilités et difficultés de la vie ».
  • « Il faut dépendre des autres et il est nécessaire de pouvoir compter sur quelqu’un de plus fort en qui compter ».
  • « L’histoire vécue de quelqu’un est déterminante pour son comportement actuel. Si quelque chose s’est produit et a affecté une personne, cela doit continuer à l’affecter indéfiniment ».
  • « On devrait se sentir très préoccupé par les problèmes et les perturbations des autres ».
  • « Il existe invariablement une solution précise, correcte et parfaite pour les problèmes humains. Si cette solution parfaite n’existe pas, la catastrophe se produit ».

Observation à avoir en tête

Nous pouvons voir que nous travaillons très souvent avec des idées préconçues sur nous-même ou sur les autres. Acquérir la conscience du pouvoir de cette technique de gestion de l’information est le premier pas pour désapprendre. Cependant, désapprendre n’est pas un processus simple ou facile, nous pensons qu’il s’agit de filtres que nous avons en nous et que nous utilisons de manière automatique.

Comment le cerveau apprend-il ?

Plasticité cérébrale

Il est aussi facile d’apprendre quelque chose de positif que quelque chose de négatif : la répétition est une stratégie qui fonctionne pour les deux natures. D’autre part, la plasticité cérébrale est le moulage du système nerveux qui prend la forme du substrat neurologique le modifiant. C’est une arme à double tranchant. Un système nerveux ayant déjà changé à cause de la pratique d’habitudes et la répétition d’idées se sera d’une certaine manière « adapté » à elles. En fait, le changement se produit et devient permanent lorsque nous retirons ce qui est erroné (désapprendre), et que cela se produit aussi vite que ce que nous essayons de superposer.

Le psychiatre et psychanalyste Norman Doidge nous parle du « paradoxe plastique » pour faire référence à la neuroplasticité négative. Une fois que le cerveau a entrepris le chemin du changement et qu’il est bien établi, l’inertie peut empêcher la réalisation d’autres changements.

D’autre part, sans avoir expérimenter d’autres environnements et idées, il est très difficile de prendre conscience de la nature arbitraire de nos croyances. Nous pouvons changer d’opinion et d’habitudes, mais notre cerveau déteste changer d’habitudes. Les apprentissages laissent une trace dans les groupes neuronaux qui interagissent entre eux ce qui laisse une trace dans le substrat neuronal. 

Apparition de la dissonance

En nous confrontant à une série d’idées nouvelles, nous pouvons finir par nous demander quelles idées acceptions nous jusqu’alors comme certaines. Cela peut nous confronter à une forte dissonance : selon ces nouvelles idées nous avons peut être commis des erreurs dans le passé que nous n’avions jusqu’alors pas considérées comme telles. En fait, les nouvelles idées peuvent finir par compromettre notre conception et notre estime personnelles.

Dans ce cas, le cerveau peut inhiber une série de circuits dans des zones actives du néo-cortex cérébral afin que la nouvelle information soit écartée. C’est comme si notre cerveau nous disait : mieux vaut continuer avec l’ignorance et avec notre propre conception des choses que d’assumer le défi de redéfinir ce que nous avons déjà fait (et ce que nous pensions faire) sur la base de ces idées.

« La plasticité qui nous permet de changer notre cerveau et de produire des comportements plus flexibles constitue également la source de nos comportements les plus rigides ».

-Norman Doidge-

le fait de désapprendre et la plasticité cérébrale

Perception, imagination et mémoire

Une information : nous nous rappelons généralement mieux du sens ou de la signification d’une expérience que de ses détails. Nos souvenirs sont déformés (adaptés à notre moi). La mémoire est nécessaire pour se rappeler du passé, mais elle l’est également pour s’imaginer le futur. En fait, notre capacité à imaginer le futur est très liée à la richesse de notre passé.

De plus, beaucoup des décisions que nous prenons sont inconscientes. La conscience nous permet de distinguer le passé du présent et du futur afin de nous situer dans le temps. Mais l’inconscient et l’intuition sont basés sur l’heuristique : les principes simples qui ignorent l’information pour gagner en rapidité.  Nous acquérons ces heuristiques au travers de nos interactions sociales, notre culture et nos expériences de vie. Elles restent « programmées » dans notre inconscient et nous agissons de manière automatique en nous basant sur elles.

Prise de conscience

Comme nous pouvons le voir, le processus de dés-apprentissage n’est pas simple. Nous ne pouvons pas éliminé ce que nous avons appris de la même manière que nous effaçons un chiffre écrit au crayon à papier. En revanche, nous pouvons être conscients de nos apprentissages et disposer d’eux de manière intelligente. Nous pouvons cesser de nous identifier à eux et nous demander à quel point ces croyances ou attitudes nous correspondent. Après les avoir identifiés, cela sera le second pas à suivre.

Désapprendre est un processus qui requière du temps, de la patience et une bonne capacité d’analyse. Nous parlons d’un investissement qui porte toujours ses fruits : c’est une résultat dont nous pourrons profiter mais dont les personnes qui nous aiment pourront également profiter.