Les heuristiques, ou les raccourcis de l’esprit

· 7 février 2018

Pendant longtemps, l’être humain a été considéré comme un animal rationnel qui juge son environnement de manière exhaustive et précise. Or, selon les mots de S. E. Taylor, nous sommes des « indigents cognitifs ». Une métaphore pour représenter l’être humain comme un optimiseur de processus mentaux. La stratégie cognitive pour y parvenir n’est autre que les heuristiques.

Les heuristiques sont des raccourcis mentaux que nous utilisons pour simplifier la solution de problèmes cognitifs complexes. Ce sont des règles inconscientes pour reformuler des problèmes et les transformer en opérations plus simples et presque automatiques. Grâce à eux, nous n’avons pas à effectuer un raisonnement profond chaque fois qu’un problème apparaît. Malgré tout, ces raccourcis ne sont pas du tout précis et nous induisent parfois en erreur.

Nous pouvons trouver plusieurs types d’heuristiques dans les processus cognitifs que nous réalisons au quotidien. Dans cet article, nous allons parler de ceux que nous utilisons le plus souvent. Les voici : l’heuristique de représentativité, l’heuristique de disponibilité, l’heuristique d’ancrage et l’heuristique de simulation.

Les heuristiques de représentativité

Ce raccourci mental consiste à réaliser des inférences à propos de la probabilité qu’un stimulus (personne, fait, objet…) appartienne à une catégorie déterminée. À travers les caractéristiques superficielles et avec l’aide de nos schémas préconçus, nous réalisons cette catégorisation. Cependant, le fait que l’information disponible s’ajuste à ces schémas ne veut pas dire qu’elle soit juste ; comme nous l’avons dit précédemment, nous pouvons tomber dans l’erreur.

Un exemple d’heuristique de représentativité peut être celui de cette situation : imaginez que l’on vous présente trois nouvelles personnes et que l’on vous ait dit un peu plus tôt que l’une d’elle est professeur des écoles. Après une petite conversation, deux de ces personnes ont mentionné le fait qu’elles n’aiment pas les enfants et la troisième a dit qu’elle les appréciait beaucoup. Si vous utilisez l’heuristique de représentativité, vous penserez que celle qui a affirmé qu’elle aimait les enfants est la professeur.

groupe de travail

Les heuristiques de disponibilité

Cet heuristique s’utilise pour estimer la probabilité d’un fait, la fréquence d’une catégorie ou l’association entre deux phénomènes. Cette estimation se fait à travers la disponibilité ou la fréquence des cas qui nous viennent à l’esprit grâce à l’expérience. Il serait équivalent à une inférence statistique intuitive, en utilisant comme échantillon les souvenirs de notre expérience.

Un exemple de ceci peut se produire quand on nous pose des questions du genre « Y a-t-il plus d’hommes psychologues ou de femmes psychologues ? ». Pour répondre à cette question, nous pouvons nous servir de cet heuristique et voir lequel des deux cas est le plus disponible. Ainsi, si plus de femmes que d’hommes nous viennent à l’esprit, nous répondrons qu’il y a plus de femmes psychologues.

Les heuristiques d’ancrage et d’ajustement

Quand nous nous trouvons au milieu d’une situation d’incertitude et n’avons pas de connaissance ou d’expérience à propos du fait, nous pouvons prendre un point de référence. Si nous faisons cela, nous utilisons l’heuristique d’ancrage et d’ajustement; le point de référence sera l’ancre à partir de laquelle nous partirons et, avec quelques ajustements intuitifs, nous pourrons solutionner cette situation d’incertitude.

Nous utilisons cet heuristique quand, par exemple, on nous demande quelle est la moyenne des revenus dans un pays déterminé. Dans ce cas, il serait plus simple de prendre en compte nos revenus annuels et de juger si nous nous trouvons au-dessus ou en-dessous de la moyenne. Après avoir réalisé les ajustements pertinents, nous pouvons dire quelle est la moyenne des revenus, selon nous, dans ce pays.

Une erreur qui dérive de cet heuristique est l’effet de faux consensusUn biais cognitif à cause duquel nous surestimons le degré d’accord entre les autres et nous-même. Nous inférons leurs croyances, leurs opinions et leurs pensées en fonction des nôtres et créons ce faux consensus. Dans ce cas, notre opinion sert d’ancre pour déduire la pensée des autres.

femme qui réfléchit

Heuristiques de simulation

Il s’agit de la tendance à estimer la probabilité d’un fait en se basant sur la facilité avec laquelle nous pouvons l’imaginer. Plus une image mentale de ce dernier sera facile à créer, plus on croira que ce fait est possible.

Cet heuristique est hautement associé à la pensée contrefactuelle. Une façon de penser à partir de laquelle nous recherchons des alternatives à des faits ou des circonstances passées et présentes, dans le but de mitiger notre douleur. Même s’il est vrai que souvent, nous ne réussissons qu’à l’augmenter. Un exemple de pensée contrefactuelle est le typique « et si…? », c’est-à-dire le fait de vouloir savoir ce qu’il se serait passé si nous avions fait les choses différemment.

Un autre exemple est le fait que, parfois, la seconde personne sur un podium est moins contente que la troisième. Cela est dû au fait que, pour la seconde, il est très simple de simuler la situation dans laquelle elle serait arrivée première. Or, désormais, elle se trouve dans une situation pire que celle qu’elle imaginait. En revanche, pour la troisième, il est facile d’imaginer une situation au cours de laquelle quelque chose se serait mal passé et l’aurait éjectée du podium; désormais, elle se trouve dans une bien meilleure situation. C’est pour cela que la satisfaction du troisième est plus grande que celle du second.

Maintenant que nous connaissons les heuristiques, une grande quantité d’exemples au cours desquels vous les utilisez vous vient certainement à l’esprit. Même s’ils ne sont pas précis et se basent sur l’intuition, ils sont nos « armes » évolutives pour faire face à certains problèmes de manière rapide et efficace. En revanche, il faut être prudent et ne pas tomber dans l’erreur consistant à utiliser ces raccourcis mentaux au moment de prendre des décisions importantes dans nos vies.