Un clou n’en chasse pas un autre : c’est le marteau qui l’a enfoncé qui le retire

6 avril 2017 dans Psychologie 205 Partagés

Même si c’est ce que nous croyons, un clou ne chassera jamais un autre clou. Commencer une nouvelle relation affective comme quelqu’un qui chercherait un calmant contre la douleur face à une rupture récente n’est pas une bonne chose. Ce clou enfoncé dans notre cœur ne pourra être retiré qu’avec le marteau qui l’a placé à cet endroit : en enfoncer un autre supposerait élargir le trou.

Survivre à une rupture sentimentale est une chose à laquelle personne ne nous a préparé. Comme nous l’explique le docteur Vicente Garrido, nous avons l’habitude de désespérer en essayant de trouver une cause. Nous avons du mal à comprendre que, parfois, les relations font naufrage parce que les personnes ont leur propre libre-arbitre, parce que l’amour se termine ou parce que, tout simplement, l’autre personne n’est pas assez mature pour se livrer à une telle responsabilité.


« L’amour est si court, et l’oubli si long… »

-Pablo Neruda-


Assumer un au revoir définitif, la distance et le devoir de commencer une nouvelle vie avec un vide dans notre lit et un autre dans notre cœur nous désespère. Notre cerveau entre dans un état d’alarme, il interprète cette douleur comme étant réelle, comme un impact extrêmement similaire à celui d’une brûlure. Nous avons besoin de soulager ce feu avec une bonne dose de dopamines, avec une chose simple et rapide qui anesthésie la douleur de l’âme.

Il y a celleux qui parviennent à éviter ces processus en réussissant à mener un autre processus d’acceptation, lent et délicat, par lequel on répare une à une les pièces brisées. D’autres, en revanche, refusent d’accepter la fin et cherchent désespérément une réconciliation avec la personne. Enfin, il y a celleux qui empruntent un chemin qui ne fonctionne pas toujours : celui des relations éphémères.

Le clou qui vit dans votre coeur

La célèbre expression « un clou chasse l’autre » apparaît pour la première fois dans le livre de CicéronTusculanes, autour de l’an 44 avant J.C. Ce texte s’adressait à Marcus Brutus et, à un moment donné, quand il parle du mal d’amour, il écrit la chose suivante : « Novo amore, veteram amorem, tamquam clavo clavum, eficiendum putant” (« le nouvel amour chasse l’autre, comme un clou en chasse un autre »).

Il est certain qu’il n’y a rien de tel que recommencer une relation stable, heureuse et mature pour nous donner une nouvelle opportunité, dès que nous sommes réellement prêt-e-s pour cela. Car s’il est vrai que personne n’est remplaçable, nous ne sommes pas interchangeables. Personne ne doit servir de pansement à l’angoisse de l’autre ou d’analgésique momentané pour la mélancolie du désamour que l’on n’a pas surmonté.

La rupture, un naufrage chimique

Lucy Brown, neuroscientifique de l’Université de Médecine Einstein et experte en réponses du cerveau face à l’amour, nous explique qu’en moyenne, surmonter une rupture émotionnelle peut nous prendre entre 6 mois et deux ans. Il existe beaucoup de différences individuelles ; cependant, selon diverses études, ce sont les hommes qui mettent le plus de temps à se remettre. Les femmes, de leur côté, souffrent d’un impact émotionnel plus fort mais s’en remettent plus rapidement.

La fin d’une relation est vue comme un acte traumatisant parce que notre cerveau est programmé pour se connecter à d’autres personnes ; quand nous construisons ce tendon psychique basé sur l’affection et l’amour, peu de choses peuvent être aussi gratifiantes. Rompre ce lien est un authentique naufrage chimique.

Si, pendant la première phase de la relation, la passion se lie à la partie la plus primitive de notre cerveau, cet état dans lequel nous nous plongeons, dans l’amertume du deuil, émerge de cette aire plus ancienne. Pendant un moment, l’émotion domine la raison. Même si, petit à petit, nous émergeons de ces brumes aux parfums de larmes et de solitude.

Le moment de pleurer, le moment d’aimer

Commencer une nouvelle relation, peu de temps après en avoir terminé une autre de façon complexe et douloureuse, ne signifie pas que celle-ci ne puisse pas nous soulager, nous distraire, nous faire rire et profiter. Bien, mais ne pas faire son deuil de façon adéquate peut nous mener à nous « lancer » dans le vide avec tous nos sens exacerbés : nous avons faim d’amour, nous voulons être consolé-e-s, nous recherchons de l’intensité et non ce calme qui, assurément, nous ferait penser à celui/celle qui ne veut plus de nous.


« Quelqu’un a dit que l’oubli est plein de mémoire. »

-Mario Benedetti-


Nous ne voulons pas nous engager, et une telle chose peut provoquer de sérieux dommages collatéraux : que l’autre personne, par exemple, tombe amoureuse de nous alors que nous-mêmes ne cherchons qu’un pansement, un anesthésiant émotionnel. Cependant, il reste clair que chaque personne est un monde et que, peut-être, cet acte risqué va bien se passer. Cela dit, le destin de chaque clou est de recevoir des coups d’un marteau. Alors, avant d’élargir ce trou qui se trouve en vous, il convient de réfléchir.

Commencer une relation uniquement pour combler vos carences, vos besoins et vos frustrations suppose de « sélectionner » de l’autre les choses dont on a besoin, comme un-e voleur-se qui va cambrioler une maison en pleine nuit. Ce n’est pas juste.

  • Nous vivons dans un monde où l’on va toujours vers l’avant. Quand on nous demande « comment tu vas ? », on répond habituellement « très bien, j’avance ». C’est comme si nous étions toujours obligé-e-s de rester debout dans cette course frénétique où celui/celle qui aurait le malheur de s’arrêter perdrait.
  • Cependant, faire une pause de temps en temps est un besoin vital. Nous ne vivons pas dans le pays d’Alice au Pays des Merveilles, là où la Reine Rouge disait à ses valets de courir plus vite pour survivre. Notre cerveau aussi a besoin de calme et de ces moments d’introspection où nous pouvons récupérer des morceaux de nous-mêmes, fermer des blessures et nous reconstruire.

Il y a un temps pour tout. Un temps pour pleurer et un temps pour recommencer à aimer, mais pas pour aimer d’autres personnes, pour recommencer à nous aimer nous-mêmes. L’esprit qui renferme du ressentiment et des rêves brisés nourrit une faible estime de soi dans notre cœur et personne, absolument personne, ne peut être heureux à nouveau avec ce poids sur les épaules.

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