Ma chérie, tu n’as pas besoin d’être une « bonne petite fille »

· 20 juillet 2017

Ma chérie, tu n’as pas besoin d’être une bonne petite fille, une enfant docile, obéissante et douce. Fais ce que tu veux faire, apprends à faire entendre ta voix, à ne pas te taire, à rire aux éclats, à courir, à montrer chaque étoile du doigt et à imaginer que tu les atteins toutes… Ma fille adorée, que personne ne te dise que tu es laide quand tu te mets en colèreque personne ne fixe des barrières à tes rêves ou des moules à ton identité.

Il s’agit d’une chose qui, en apparence, semble logique et nécessaire, mais qui en réalité grince dans beaucoup de nos contextes, comme la charnière de cette porte que certains continuent de négliger, volontairement ou non. Un simple exemple qui s’est produit il y a deux jours suffira à illustrer cette situation.

Un cinéma de Lovaina a organisé une séance nocturne réservée aux femmes, en profitant de la sortie de « Wonder Woman ». Un grand nombre de petites filles s’y sont rendues, portées par le phénomène social que ce personnage crée chez les enfants.


« On ne peut pas trouver la paix en évitant la vie. »

-Virginia Woolf-


Cette chaîne de cinéma a donc décidé d’offrir des sacs portant l’inscription “Cool things inside”. C’était une bonne stratégie publicitaire et la salle, comme on pouvait s’y attendre, s’est rapidement remplie. Bien, mais le contenu de ce mystérieux sac – qui renfermait sûrement des choses géniales – était absolument inoubliable. Quand les petites filles l’ont ouvert, qu’ont-elles trouvé ? Des éponges, du produit pour les vitres, des pilules pour mincir et une brosse. Cette nouvelle continue à stupéfier les gens et à attirer une infinité de commentaires et de critiques perspicaces de quasiment tous les secteurs de la population.

Ce sont des réalités que nous savons tou-te-s identifier. Ce sont des failles du passé, des os de dinosaures qui affleurent de temps en temps dans notre société et qui font réagir la majorité de la population. Il faut cependant dire qu’il existe un autre type de réalité, une réalité enterrée, discrète et inappréciable que nous ne voyons pas facilement parce qu’elle nourrit notre langageparce qu’elle entame une danse invisible qui nous invite à nous adresser d’une façon particulière aux petites filles et aux petits garçons, en les modelant presque par la force, sans nous en rendre compte…

La bonne petite fille, la petite fille silencieuse

La bonne petite fille reste tranquillement dans un coin, sans bouger, et regarde tout ce qui l’entoure mais toujours enveloppée dans un silence discret. Pendant ce temps, dans son imagination, la petite fille docile s’échappe de son monde privé, vaste et sauvage dans lequel elle vit des milliers d’aventures en cachette et enfermée dans son mutisme. Les autres, ces adultes qui passent devant elle, la complimentent sur sa jolie coiffure, sa robe et son regard attentif. « Qu’elle est sage ! », disent-ils à ses parents, sans s’adresser à elle, sans lui demander ce qu’elle aime faire, ce qu’elle déteste dans sa vie, ce qu’elle lit, quels sont ses rêves…

Nous ne nous en rendons pas compte mais à partir du moment où nous naissons, nous sommes évalué-e-s et étiqueté-e-s. Cet univers gratuit d’adjectifs, de substantifs de jugement et d’hyperboles absurdes s’intègre petit à petit dans notre cerveau après 9 mois de vie.

Cela peut sembler précoce mais d’après la « théorie de l’esprit », il s’agit du moment où l’enfant commence à intégrer les comportements sociaux qu’il imite et où il commence aussi à interpréter le comportement de l’adulte.

Si nous renforçons à partir d’un très jeune âge la passivité, l’obéissance, le silence et la valeur de l’apparence physique chez les petites filles, nous prohibons ou transformons alors, selon nos envies, beaucoup de capacités naturelles. C’est pour cela que beaucoup de psychologues, pédagogues ou éducateur-trice-s si polyfacétiques comme Alfonso Montuori, demandent à ce que nous mettions en pratique un type d’éducation libre de jugements et d’étiquettes de genre afin de renforcer l’humanité et la noblesse innée de l’enfant, tout comme la valeur de la curiosité par rapport à l’apprentissage et l’auto-connaissance.

Mon cher fils, tu n’as pas besoin d’être « fort »

Nous avons parlé de la « bonne petite fille », de cette petite qui observe le monde à travers son silence. Il est maintenant temps de penser à ces nombreux petits garçons devenus adultes qui ont été éduqués, dans leur enfance, avec cet instrument orthopédique que l’on appelle encadrement émotionnel et auto-contrôle et à partir duquel les émotions et la sensibilité devaient être corrigées comme ces dents tordues qu’il faut redresser le plus vite possible.

Les larmes sont réservées aux filles et, par conséquent, il vaut mieux les ravaler rapidement si vous êtes un garçon : vous devez être fort, comme un Superman sans cape qui peut s’occuper de tout et ne jamais échouer.


« Le futur appartient à ceux qui croient en la beauté de leurs rêves »

-Eleanor Roosevelt-


Dans le monde des garçons, il y a aussi de profondes blessures que nous devons être capables de deviner et de gérer. En fait, pour justifier cette même ligne qui essaye de développer une éducation toujours plus égalitaire, une étude est sortie il y a peu de temps pour démontrer une chose que nous devrions tou-te-s (parents et éducateur-trice-s) avoir à l’esprit : le cerveau d’un garçon est beaucoup plus sensible, il résiste moins au stress que celui des filles et, par conséquent, il a besoin d’une éducation qui assure un renforcement émotionnel, une sécurité et une protection tout au long de son enfance.

Tout cela doit nous inviter à réfléchir un peu plus sur ces gestes parfois implicites que nous laissons entrer dans notre relation quotidienne avec les petits, là où les « tu dois être une bonne petite fille parfaite » ou les « les garçons ne pleurent pas » peuvent déterminer de futurs comportements qui poussent les gens à plonger dans le trou noir de la frustration et de l’insatisfaction.

Par ailleurs, et il s’agit d’un fait curieux, il convient d’ajouter que l’on voit apparaître beaucoup de professionnel-le-s de la croissance personnelle qui entraînent les femmes pour qu’elles puissent, si elles le souhaitent, devenir des leaders dans différents domaines du monde social, politique et économique.

Beaucoup ont noté, comme la célèbre coach Bonnie Marcus, que les femmes qui aspirent à un poste important dans la politique ou dans une entreprise se perçoivent au début comme des personnes « égoïstes« . Briser ce schéma de pensée pour leur démontrer que lutter pour ce qu’elles veulent n’est pas égoïste mais est au contraire tout à fait légitime est sans aucun doute la chose la plus difficile à atteindre. Car être « une bonne personne » ne signifie pas être docile ou conformiste, cela veut dire être courageux-se et chercher à obtenir ce que nous désirons, ce que nous voulons, que nous soyons un homme ou une femme.