Le chercheur et la véritable existence

· 31 octobre 2015

Aujourd’hui, j’aimerai partager avec vous le magnifique conte écrit par Jorge Bucay intitulé « le chercheur », qui nous invite à réfléchir sur la façon de vivre une vie plus épanouie.

 


Apprendre à vivre et à sentir à chaque instant de notre temps de vie, c’est ce qui constitue la véritable existence.


 

Ceci est l’histoire d’une personne qui pourrait être définie comme un chercheur. Étant donné qu’un chercheur est une personne qui effectue une recherche et que son intention est de trouver « quelque chose », il ne doit pas être le seul à « trouver ».

Il ne s’agit pas non plus d’une personne qui sait ou qui est consciente de ce qu’elle cherche. Nous parlons simplement de ceux pour qui la vie est une belle recherche.

L’histoire commence quand un jour, le chercheur estima qu’il devait aller à la ville de Kammir. Il avait appris à prendre en compte rigoureusement ces sensations qui venaient d’un lieu inconnu. Il laissa donc tout tomber et partit.

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Après deux jours de marche sur les routes poussiéreuses, il aperçut Kammir à distance. Un peu avant d’atteindre le village, une colline à la droite du sentier attira son attention. Elle était recouverte d’un tapis verdoyant magnifique et il y avait beaucoup d’arbres, d’oiseaux et de belles fleurs.

Soudain, le chercheur sentit qu’il oubliait le village et il succombait à la tentation de se reposer pendant un moment dans ce lieu.

Il passa le portail et commença à marcher lentement parmi les pierres blanches qui étaient distribuées de manière aléatoire, à travers les arbres.

Sur l’une des pierres, il découvrit cette inscription: « Abedul Tare, a vécu 8 ans, 6 mois, 2 semaines et 3 jours. »


Doux est l’homme dans son deuil douloureux,
lorsque le tourment persistant, le terrifie,
dire en ce moquant à la terre mesquine:
« Ici est ma patrie », et signaler le ciel.

Hector Gaitan


Il fut un peu surpris quand il se rendit compte que cette pierre n’était pas une simple pierre, car il s’agissait d’une pierre tombale. Il sentit de la peine en pensant qu’un enfant si jeune était enterré à cet endroit

En regardant autour de lui, l’homme réalisa que la pierre d’à côté, avait aussi une inscription.

Il s’approcha de la pierre sur laquelle on pouvait lire: « Appelé Kalib, il a vécu cinq ans huit mois et trois semaines. »

Le chercheur se sentit terriblement choqué. Ce bel endroit était un cimetière et chaque pierre était une pierre tombale. Toutes avaient des inscriptions similaires: un nom et le temps de vie exacte de la personne.

Ce qui le mit en contact avec la frayeur, ce fut de réaliser que, celui qui avait vécu le plus longtemps, dépassait à peine 11 ans. Saisi par une douleur terrible, il s’assit et commença à pleurer.

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Le gardien du cimetière passait par là et s’approcha du jeune homme. Il le regarda pleurer en silence pendant un moment et ensuite, il lui demanda s’il pleurait pour un membre de sa famille.

– Non aucun membre de la famille – déclara le chercheur – Quelle chose si terrible, y a t-il dans ce village? Pourquoi tant d’enfants morts enterrés dans ce lieu? Quelle est l’horrible malédiction qui pèse sur ces personnes, et qui les a forcé à construire un cimetière d’enfants?

Le vieil homme sourit et dit:

-Vous pouvez être serein, il n’y a pas de telle malédiction. Nous avons ici une vieille habitude. Quand un enfant atteint l’âge de 15 ans, ses parents lui offrent un cahier, comme celui que je porte là, pendu à mon cou.

A partir de là, chaque fois que quelqu’un profite intensément de quelque chose, il ouvre le cahier et écrit dedans: sur la gauche ce qu’il a aimé, et à droite, combien de temps a duré ce plaisir.

Vous avez rencontré  votre petite amie et vous êtes tombé amoureux d’elle? Combien de temps a durée cette énorme passion et le plaisir de la connaître? Et le premier baiser, combien de temps a t-il duré? Et la grossesse ou la naissance du premier enfant? Et le voyage le plus désiré? Et la rencontre avec le frère qui revient d’un pays lointain? Combien de temps ont duré ces situations? Combien d’heures? Combien de jours?

Nous allons ainsi marquer dans ce cahier chaque moment. Lorsque quelqu’un meurt, il est de notre coutume d’ouvrir son cahier et d’additionner le temps de tous les moments dont il a profité, pour l’écrire sur sa tombe.

Pour nous, l’unique et le véritable temps vécu, est celui dont une personne profite pleinement.