Les blessures qui se cicatrisent avec de la glace

15 avril 2017 dans Psychologie 63 Partagés

Cette scène se répète et est imitée chez beaucoup d’entre nous : un canapé, une couverture et une grande barquette de glace. Dans la tête, une tempête de gros nuages et la sensation que dans ce petit récipient moelleux, on trouve le seul endroit en marge des tremblements de terre, des bombes, des attentats et autres catastrophes émotionnelles.

C’est le goût froid et sucré de la glace, contrastant avec la chaleur de la couverture, qui sert d’encre pour écrire la première tentative de réconciliation avec le monde. Un radeau sur lequel identifier et re-calibrer tous les schémas qui se sont vus menacés. Des schémas, qu’ils soient beaucoup ou peu, qui sont essentiels à notre équilibre.

Le pouvoir du froid

La glace est l’un des anti-inflammatoires et anesthésiants parmi les plus puissants que nous connaissons. Quand nous avons les pieds froids, c’est comme si nous ne les sentions pas. Quand nous avons une lésion musculaire, la première chose qu’on nous recommande, c’est de la glace pour faire baisser l’inflammation, empêchant le sang de trop se concentrer dans cette zone.

Prendre de la distance, sortir de cet état « chaud » nous permet aussi de couper un flot de pensées incessantes qui ne font qu’augmenter la taille et le côté spectaculaire de notre blessure émotionnelle. De plus, sortir de situations conflictuelles, dans lesquelles nous sentons que la mauvaise dynamique nous entraîne, empêche aussi que nous disions ce que nous ne voulons pas dire, ou que nous disons avec colère ou manque de soin.

Si vous pensez à tous ces mots que vous avez dits et que vous avez regrettés, la majorité ont sûrement été lancés lors de ces moments « chauds », au milieu de cette inertie dont nous parlions précédemment. Une colère ou une tristesse qui, parfois, nous aveugle et oublie le soin et la tendresse que nous devrions utiliser pour nous exprimer.

Le froid permet de retrouver le calme, mais empêche les blessures de cicatriser

Si sur une rotule fibrillaire, nous mettons de la glace de manière continue, le sang ne viendra pas et ce tissu ne recevra pas les nutriments nécessaires à la cicatrisation. Avec les blessures émotionnelles, c’est la même chose. Le froid de la glace est bon pour la première après-midi, les premières heures, mais ensuite le contact humain chaud et enrichissant est la meilleure chose qui peut nous aider à cicatriser.

Même le contact avec nous-même, un regard à l’intérieur de notre âme, celle que nous n’osons pas regarder car elle nous fait peur. De fait, si nous maintenons ce froid, l’inquiétude et la tristesse s’enkystent : elles s’installent en nous. Et ensuite, elles sont bien plus compliquées à faire partir. D’où l’importance d’avoir un cercle social qui soit présent et qui fait partie de notre système immunitaire émotionnel.

Notre esprit, merveilleux et magique, fonctionne de cette manière. Il contient des mécanismes d’adaptation quand on les utilise dans un espace de temps limité, comme la négation face à la perte d’un être cher, mais qui se retournent contre nous quand ils menacent de s’installer à perpétuité. Ainsi, comme la glace, n’importe quelle déconnexion de la réalité doit avoir une date d’expiration pour que le rendement qu’elle nous offre à court terme ne soit pas écrasé par le préjudice causé par son entretien dans le temps.

Nous avons utilisé l’analogie de l’après-midi en pyjama sur le canapé et avec de la glace, mais il existe des échappatoires plus subtiles comme les longues promenades face à soi-même ou l’irascibilité avec laquelle nous essayons de mettre de côté tout ce qui tente de s’approcher. En réalité, nous ne sommes pas énervé-e-s, mais nous ne voulons pas que quelqu’un nous ramène ce à quoi nous avons déclaré la guerre.

Nous ne voulons pas le faire payer non plus, et c’est là que la culpabilité s’ajoute. Car nous ne savons pas comment faire, personne ne nous a appris à demander de l’espace et si quelqu’un nous l’a appris, certaines personnes croient comprendre que cette demande signifie l’inverse que ce qui est formulé. C’est pour cela que l’intelligence émotionnelle se trouve dans les personnes subtiles, car c’est une question de nuances et de normes qui tournent jusqu’à ce que l’on atteigne un point de rupture. Utilisez-les en votre faveur et pensez, quand la glace se termine, qu’il est temps de revenir au monde, et non pas d’en acheter une autre.

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