Aveuglement au changement : la surestimation de notre capacité visuelle

· 7 juin 2018

Autour de nous, des changements ont cours en permanence. Ces modifications sont significatives, mais nous sont pourtant imperceptibles et, par conséquent, nous ne nous en rendons pas compte. C’est pour cela que l’on dit que les gens souffrent d’aveuglement au changement, parce que nous avons une confiance exagérée dans notre capacité à détecter les changements visuels.

Pour démontrer cet extrême optimisme concernant nos capacités d’observation, nous vous suggérons de visionner la vidéo suivante. Serez-vous capable d’identifier tous les changements qui ont lieu dans la scène ?

Incroyable, non ? Avez-vous trouvé le 21 ? L’aveuglement au changement est un domaine qui a fait l’objet de recherches au cours des dernières années, compte tenu de son implication dans différents domaines et disciplines professionnelles.

Vitesse et perspective

Ce manque de détection des changements qui se produisent dans notre champ visuel a d’abord été défini par Ronald Rensink en 1997. Ce psychologue a remarqué des différences dans ce phénomène selon que les modifications soient introduites progressivement ou brusquement. Considérez en outre que cet effet est d’autant plus important que les changements sont introduits lors d’une coupure ou d’une image panoramique, comme dans le cas de cette autre vidéo.

Imaginons que nous soyons en train de regarder un film. Plus précisément, une scène dans laquelle un vendeur et un client discutent au comptoir. Si le vendeur s’accroupit (supposément pour prendre quelque chose) et se trouve remplacé par une autre personne, dans la plupart des cas, le spectateur ne remarquerait pas cette modification. Comment est-ce possible ? Pourquoi ne voyons-nous pas ce changement si flagrant ?

La raison de l’aveuglement au changement

Notre cerveau est « approximatif » par nature. Nous sommes programmés phylogénétiquement pour économiser autant de ressources cognitives et énergétiques que possible. C’est l’une des explications attribuées à l’aveuglement au changement.

Cet organe n’est pas un enregistreur qui capte et traite constamment tous les détails et données qu’il perçoit. Il tend au contraire à se concentrer uniquement sur ceux qui sont plus susceptibles d’être modifiés au niveau conscient. Une sélection qui à son tour est le fruit de l’expérience et de la cohérence personnelle (Simons et Levin, 1998).

Par exemple, dans le cas précédent, il est plus possible que ce qui change dans la scène soit l’objet qui est sur le comptoir (celui que sort le vendeur), et non un des interlocuteurs. Notre cerveau suppose que c’est la même personne, car cela nous permet d’économiser de l’énergie.

Attention sélective

Le phénomène est accentué si les personnes reçoivent des stimuli qui captent leur attention et la maintiennent fixe. Cela expliquerait pourquoi, si nous assistions à un vol et voyons le voleur avec une arme, nous soyons à peine capables de détourner notre vue de l’arme. En général, cette image épuiserait toutes les ressources attentionnelles que nous avons et ne laisserait pas de place pour plus de détails. Voyez cette autre vidéo très curieuse qui mesure cette capacité.

Les illusionnistes ou les magiciens utilisent fréquemment cette technique et «profitent» de notre aveuglement au changement. Ils savent parfaitement où générer la tension attentionnelle adéquate et comment effectuer leurs tours au moment précis. Se déplacer avec ce genre de cape d’invisibilité est out un art !

Cécité à l’aveuglement au changement

Comme nous l’avons dit, notre quotidien est gouverné par le changement. Mais, au lieu de croire modestement que beaucoup d’entre eux nous passent complètement inaperçus, nous sommes convaincus que nous sommes capables d’apprécier des changements fussent-ils très petits et graduels. C’est pourquoi on peut souvent dire que nous sommes aveugles à l’aveuglement au changement.

Ne pas reconnaître ses limites est déjà une limitation en soi.

Par exemple, détaillons un cas aussi illustratif que fréquent. Les gens peuvent prendre pendant des années le même chemin pour se rendre au travail et ne pas remarquer de petits changements qui se produisent d’un jour à l’autre. Si une clôture a été repeinte d’une autre couleur, si un feu de circulation a été retiré, si un établissement a fermé… Et arrive un jour où vous repassez par là-bas et vous vous surprenez à pensez, « mais depuis quand est-ce comme ça » ? Cela vous est-il arrivé ?

De la même manière que cela se produit dans notre environnement, cela se passe en nous-mêmes. Nous nous regardons tous les jours dans le miroir et n’apprécions pas l’évolution et les changements qui, avec l’âge, se produisent sur notre visage et dans notre corps. Mais, si on cessait de se voir durant deux mois ? De même, lorsque nous rencontrons un ami que nous n’avons pas vu depuis un certain temps, nous réalisons les petits changements qui ont eu lieu : maigreur, rides, marques… Cependant, si on le voyait tous les jours, ces signes du passage du temps ne se démarqueraient pas autant à nos yeux.

Notre cerveau est un univers encore très inconnu. Les phénomènes perceptifs étudiés dans le domaine des neurosciences et de la psychologie cognitive, tels que l’aveuglement au changement, commencent à peine à montrer la complexité de cet organe.