Attention aux gens qui ont été blessés, ils savent comment survivre

· 24 avril 2017

Attention aux gens qui ont été blessés, ils savent très bien comment survivre. Ils ont la peau endurcie de mille batailles et le cœur protégé derrière une armure rouillée mais résistante. Ils n’admettent plus les mensonges ni les égoïsmes, ils savent comment se défendre des mots qui font du mal et qui sont gratuits, même dans les situations les plus compliquées.

Ces croisades qu’ils ont vécues peuvent provenir de différents facteurs. On pourrait parler de faits traumatiques, mais aujourd’hui, il existe une dimension qui se propage comme un virus implacable. Il s’agit de la douleur émotionnelle. La vie fait mal et de nombreuses manières. De fait, parfois, nul besoin de recevoir un impact ponctuel et dévastateur pour vivre le début d’une blessure profonde, que personne ne voit. 

« Plus la blessure est grande, plus la douleur est privée »

-Isabel Allende-

Il existe un livre très illustratif sur ce sujet, intitulé Microaggressions in everyday life, où on parle précisément de ces petites agressions du quotidien, que l’on reçoit via le langage et les traitements qui, sans être des coups directs contre notre corps, entraînent une érosion émotionnelle désolante.

La vie fait mal et étend ses griffes agressives de différentes manières et via différents mécanismes. À tel point que les personnes qui marchent dans la rue toutes leurs blessures ouvertes, incapables de les reconnaître mais souffrant de leurs effets via le manque de défense, la mauvaise humeur, l’amertume et la fatigue extrême sont très nombreuses.

Cependant, quiconque a été capable de les identifier, de les guérir et d’apprendre d’elles est maintenant fait d’une matière différente. Au plus profond de son cœur, il dispose d’un composant quasiment magique : la résilience.

La résilience nous rend uniques : elle nous transforme en héros/héroïnes

Les faits traumatiques, qu’ils proviennent d’un accident, d’une perte, d’un abus ou de la destruction d’une relation affective, ont la capacité de nous transformer. Ce changement peut être mené à bien via deux manières : soit on refuse notre capacité à pouvoir profiter de la vie à nouveau, soit on se réinvente pour être beaucoup plus fort-e après ce qui s’est passé, nous permettant ainsi de nouvelles et merveilleuses opportunités.

C’est un paradoxe étrange. La douleur émotionnelle consiste à regarder chaque jour une Gorgone, cet être mythologique avec des serpents dans la tête, capable de nous transformer en pierre. Mais, si nous y allons pourvu d’un bouclier, nous pourrons voir le monstre via son reflet pour pouvoir le vaincre, pour pouvoir le détruire.

Nous avons besoin d’outils, de protections psychologiques adaptées avec lesquelles favoriser une transformation qui fassent de nous des héros/héroïnes de nos propres batailles.

Les héros/héroïnes et la chimie du cerveau

Les psychologues et neurobiologistes savent que tout le monde ne parvient pas à passer ce cap. Tout le monde ne réussit pas à activer ce mécanisme de survie installé dans notre cerveau, que l’on appelle résilience. Hans Selye, biochimiste canadien du début du XXe siècle, a démontré que la résilience est avant tout une adaptation à une situation de stress. Notre système nerveux sympathique a besoin de « se calibrer », de récupérer le calme et l’équilibre. Pour cela, il permet à des hormones en particulier de se charger de récupérer cette homéostasie.

Si la peur nous dépasse, nous restons bloqué-e-s. Nous nous transformons en pierre. Des facteurs telles que l’hérédité génétique font que nous avons une plus ou forte disposition à être résilient-e-s. De plus, le fait d’avoir eu une enfance plus ou moins traumatique provoque aussi un impact déterminé sur notre chimie cérébrale.

Le stress toxique interrompt le développement normal du cerveau de l’enfant, augmentant ainsi sa vulnérabilité émotionnelle lorsqu’il arrive à l’âge adulte. Mais la bonne nouvelle, c’est que malgré le fait que la résilience ait des bases neurologiques qui déterminent, ses mécanismes peuvent s’entraîner.

Car les héros/héroïnes ne naissent pas héros/héroïnes. Les véritables héros/héroïnes émergent lors des moments d’adversité.

Cette blessure qui vous a appris à survivre

Le mot « traumatisme » signifie littéralement « blessure ». Il y a un dommage qui ne se voit pas mais dont l’impact touche tous les secteurs de notre vie. Richard Tedeschi, psychologue de l’Université de Caroline du Nord et spécialiste renommé de ce sujet, explique que lorsqu’une personne est blessée à l’intérieur, la première chose qu’elle perd, c’est sa confiance dans le monde.

« Quand la raison comprend ce qui s’est passé, les blessures du cœur sont déjà trop profondes. »

-Carlos Ruiz Zafón-

Tout son système de croyances s’écroule et sa confiance dans le futur disparaît complètement. Il n’y a pas de présent et encore moins de demain. Le travail de « reconstruction » est minutieux et complexe, ce n’est pas comme un os cassé qu’il faut unir à nouveau. En réalité, c’est comme une âme brisée qu’il faut reprendre morceau par morceau pour tout remettre petit à petit à sa place.

Ainsi, le docteur Richard Tedeschi insiste sur l’erreur que la société fait très souvent. Quand une personne a souffert d’abus dans son enfance, quand un homme doit faire face à la perte de sa compagne après un accident de voiture ou quand une femme maltraitée quitte le maltraitant, il est très fréquent de ressentir énormément de peine et tristesse pour elleux. Pire encore, certain-e-s disent même à vois haute : « Cela ne se surmonte pas, iel sera brisé-e à vie. Sa vie se termine ici. »

Mais c’est une erreur de penser ainsi. Nous ne devrions jamais sous-estimer quiconque a été blessé. La neuroplasticité cérébrale est infinie, le cerveau se reprogramme et la résilience nous réinvente, nous rend plus fort-e et nous offre de nouveaux boucliers, pas uniquement pour faire face à n’importe quelle Gorgone. Nous nous ouvrons le chemin nous-même pour trouver de nouveaux bonheurs.

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Images de Anne Julie Aubry, Benjamin Lacombe