À toi qui connais mon nom mais pas mon histoire personnelle

22 avril 2017 dans Psychologie 374 Partagés

Beaucoup de gens disent nous connaître. Mais, il y a des gens qui nous parlent sans nous écouter, qui nous regardent sans nous voir, les mêmes qui n’hésitent pas non plus à nous étiqueter. Dans ce monde de jugements rapides, les esprits patients, capables de comprendre que derrière un visage, il y a une bataille et derrière un nom, une histoire ne sont pas légion.

Daniel Goleman nous donne, dans son livre « Social Intelligence », un détail qui n’est pas passé inaperçu. Comme d’autres psychologues et anthropologues nous l’ont expliqué plus d’une fois, le cerveau de l’être humain est un organe social. Les relations avec nos semblables sont essentielles pour survivre. Cependant, Goleman pointe du doigt un aspect supplémentaire : souvent, nous sommes aussi « douloureusement sociaux ».

« Tu connais mon nom, pas mon histoire. Tu as entendu ce que j’ai fait, mais pas ce qui s’est passé. »

Ces interactions n’apportent pas toujours de bienfaits, un renfort positif duquel on peut apprendre et intégrer des choses. Aujourd’hui, notre plus grande menace prédatrice est, aussi incroyable que cela puisse paraître, notre propre espèce. Une menace que nous pourrions comparer à un combustible qui brûle surtout notre monde émotionnel, un lieu qui est souvent altéré, critiqué ou remis en cause via une étiquette qui nous chosifie.

Chacun-e d’entre nous est comme un vaisseau royal qui s’ouvre un chemin sur des océans plus ou moins tranquilles ou plus ou moins houleux. Dans notre intérieur, et suspendus à l’ancre de ce magnifique bateau, pendent et se livrent des batailles personnelles. Celles avec lesquelles nous essayons d’avancer malgré tout, celles qui parfois nous font taire sans que le reste du monde ne sache bien ce qui nous arrive, ce qui nous stoppe et ce qui nous fait du mal.

Nous vous proposons de réfléchir à cela dans cet article.

L’histoire que personne ne voit, le livre que l’on a en soi

Apposer une étiquette et, avant tout, renoncer à notre capacité de perception ou à l’opportunité de découvrir ce qu’il y a au-delà d’une apparence, d’un visage, d’un nom. Pour arriver à cette couche délicate de l’interaction humaine, on a besoin de trois choses : un intérêt sincère, une ouverture émotionnelle et un moment de qualité. Des dimensions qui, aujourd’hui, paraissent manquer à de trop d’âmes.

Nous sommes conscient-e-s que nombre d’approches thérapeutiques avec lesquelles on travaille aujourd’hui se concentrent sur les opportunités du présent, dans ce « ici et maintenant », là où le passé n’a pas à nous déterminer. Pourtant, que nous le voulions ou non, nous sommes faits d’histoires, fragments émotionnels, de chapitres qui donnent lieu à une trame passée de laquelle nous sommes le résultat.

Un passé ne détermine pas un destin, nous le savons, mais il donne forme au héros ou à l’héroïne que nous sommes aujourd’hui. Ainsi, ce processus, cette histoire personnelle à laquelle nous avons survécu avec fierté, est quelque chose que tout le monde ne connaît pas, et que nous ne pouvons partager qu’avec quelques personnes. La seule chose que nous demandons dans notre quotidien, c’est le respect mutuel et le fait de ne pas recourir aux étiquettes où les merveilleuses caractéristiques de l’être humain sont complètement standardisées.

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Changeons de centre d’attention

Imaginons un moment une personne fictive. Elle s’appelle Marie, a 57 ans et cela fait plusieurs mois qu’elle a commencé à travailler dans un magasin. Ses collègues de travail lui apposent l’étiquette de la personne timide, réservée, ennuyeuse, qui esquive le regard dès qu’on début une conversation avec elle. Très peu de gens connaissent son histoire personnelle : Marie a souffert de mauvais traitements pendant plus 20 ans. Aujourd’hui, après s’être séparé-e récemment de son conjoint, elle est revenu après un long moment dans le monde professionnel.

« Mon histoire n’est pas agréable à lire. Elle n’est pas douce et harmonieuse comme les histoires inventées. Elle a un goût de non-sens, de folie, de confusion et de rêve, comme la vie de tout homme qui ne veut plus se mentir.« 

-Herman Hesse-

Tomber dans le jugement rapide et qui étiquette est facile. Marie est très consciente de la manière dont les autres la voient, mais elle sait qu’elle a besoin de temps. Et s’il y a bien quelque chose dont elle ne veut pas, c’est que les autres la plaignent. Elle n’est pas obligée de raconter son histoire, elle n’a pas à le faire si elle ne le veut pas, la seule chose dont elle a besoin, c’est que celleux qui la jugent changent de centre d’attention.

Au lieu de concentrer notre intérêt uniquement sur les carences des autres, de procéder à une analyse rapide qui devient rapidement un stéréotype pour délimiter ce qui est différent de nous, nous devons être capables de déconnecter le jugement pour activer l’empathie. Cette dimension et non pas une autre est celle qui fait de nous des « personnes » et pas de simples êtres humains qui coexistent sur un même décor.

Il ne faut pas oublier que l’empathie a une fin très concrète dans notre cerveau émotionnel : comprendre la réalité de l’autre pour garantir sa survie. Nous devons apprendre à devenir des facilitateurs émotionnels au lieu de simples prédateurs d’énergie, des dévoreurs de courage et des personnes qui annihilent l’estime de soi.

Nous faisons tou-te-s face à des batailles très intimes, parfois désincarnées. Nous sommes beaucoup plus que ce que dit notre carte d’identité, notre CV ou nos diplômes. Nous sommes des poussières d’étoiles, comme l’a dit Carl Sagan un jour. Nous sommes destiné-e-s à briller mais parfois, nous choisissons d’éteindre la lumière des autres. Évitez cela, investissez plutôt dans plus de respect, dans la sensibilité et dans l’altruisme.

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