Quand la nostalgie oublie le présent

11, janvier 2017 dans Films 85 Partagés

Si on en croit la vision que nous en donne Woody Allen dans son film Minuit à Paris au travers du personnage principal, la nostalgie consiste en un refus de vivre le présent. Il s’agit du syndrome du complexe de l’âge d’or, consistant en l’idée, erronée, que le passé était mieux que le présent. Généralement, cette erreur de l’imagination romantique se retrouve chez les personnes qui ont du mal à faire face au présent.

Minuit à Paris est une comédie cinématographique qui nous présente la vie comme quelque chose qui n’est pas aussi magique que nos rêves, mais où on peut bel et bien être maître de nos propres décisions.

La réalité du personnage principal dans son présent n’est pas agréable, puisque sa famille ainsi que la famille de cette dernière l’ignorent et le méprisent. Il se sent seul, alors que dans le passé, l’image qu’il renvoyait était très différente : celle d’un homme joyeux, respecté, entouré d’amis et fraîchement épris d’une femme qui le mène à avoir envie de tout abandonner dans son présent pour rester dans le passé.

Son désir de rester ancré dans une époque passée est une façon pour lui de rejeter son présent, un présent empli d’engagements qui, loin de lui permettre de s’épanouir, l’ennuient. Du fait de sa lâcheté et de son manque de détermination, plutôt que de faire face à ce présent, il fuit et se réfugie dans un passé fictif où il trouve tout ce qu’il n’a pas dans son présent. Finalement, la réalité s’impose et il devra prendre une décision compliquée.


«Etre nostalgique, c’est est une façon romantique d’être triste»

-Mario Quintana-


Le syndrome du complexe de l’âge d’or

Le syndrome du complexe de l’âge d’or est un syndrome cinématographique qu’a dépeint Woody Allden. Une version atténuée de ce complexe teintée de réalité se retrouve dans la pensée mélancolique, lorsque l’on considère qu’une période du passé était mieux que le présent. Passions, obsessions, comportements, tout tourne autour de cette période, le but ultime consistant à retrouver cette période passée.

Quand nous viennent à l’esprit des souvenirs de notre enfance ou des moments passés que l’on considère comme meilleurs que le moment présent et que l’on a l’impression que le changement implique toujours un recul, d’une certaine façon, on frôle le syndrome du complexe de l’âge d’or. Ce complexe nous mènera aussi irrémédiablement à vivre accroché au passé, et par conséquent, on ne sera jamais satisfait de ce que l’on a.

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Bien souvent, ces schémas se retrouvent aussi dans les relations amoureuses. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on pense qu’une relation que l’on a vécue dans le passé est parfaite, et que toutes celles que l’on vivra par la suite dans le futur seront forcément en dessous de celle-là. Une telle vision des choses nous mènera irrémédiablement à chercher ce que l’on a déjà avec une toute autre personne. De fait, on aura alors tendance à tomber dans la comparaison, et à ne pas juger à leur juste valeur toutes les choses que l’on pourra vivre au moment présent.


«Même le passé peut changer ; les historiens n’ont de cesse de le démontrer.»

-Jean-Paul Sartre-


La nostalgie comme refus du présent

Etre nostalgique c’est penser, dans la souffrance, à une chose que l’on a eue ou vécue et que l’on n’a plus aujourd’hui, ou bien qui a changé. Les études menées à ce sujet montrent que la nostalgie nous rend plus empathique ; en effet, lorsque l’on est nostalgique, on se souvient d’un passé qui se reflète dans une combinaison de toute une série de souvenirs intégrés dans un processus au sein duquel les émotions négatives se sont infiltrées.

Le neurologue et psychiatre Alan R. Hirsch note que la nostalgie favorise la tendance à oublier plus facilement le négatif et à se raccrocher aux aspects positifs des souvenirs. C’est pourquoi nous gardons à l’esprit les bonnes expériences de l’enfance, les amis, la récréation, les jouets, et que nous oublions les moments moins agréables, les punitions, ou encore les heures d’ennui passées en classe.

Des expériences certainement gratifiantes, des preuves que notre vie a un sens qui, la plupart du temps, nous a marqué. Ainsi, la mémoire est chargée de nous dire qui nous sommes, sans que cela ne s’éloigne ou ne soit en désaccord avec ce que nous avons été par le passé. Comprendre cette évolution, c’est précisément ce qui doit faire que l’on revient au passé, mais sans y rester ancré.

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Il n’y a pas pire nostalgie que celle consistant à regretter ce qui n’a jamais existé.