Vouloir n'est pas pouvoir, mais c'est se sentir vivant

20 novembre, 2020
Vouloir n'est pas pouvoir. Entre le désir et l'assouvissement, il y a une distance qui est parfois insurmontable. Dans le même temps, le désir qui, parfois, nous torture tant est aussi ce qui nous permet d'être.

Vouloir n’est pas pouvoir. Il y a une distance parfois infinie entre un désir et son assouvissement. Pour le meilleur ou pour le pire, notre esprit ne régit pas la réalité. Notre pouvoir est en effet limité et nos attentes sont fragiles.

L’erreur est par ailleurs commune, quotidienne, coûteuse. Elle peut aussi être bénéfique lorsqu’elle nous fait vraiment grandir. lorsqu’elle constitue un soutien et non un terrain glissant. Non, vouloir n’est pas pouvoir.

J’écoutais il y a peu une animatrice radio qui célébrait une chanson d’amour face à toutes les chansons qui évoquent le manque d’amour. Des cœurs pleins d’espoir face à des cœurs brisés. Nous ne sommes pas non plus ce que nous voulons être, car nous tendons à passer rapidement au désir suivant.

Il existe par ailleurs des relations qui se terminent alors même que l’amour perdure. Cet amour survit au temps et ne s’éteint pas.

Entre vouloir et pouvoir, il y a une certaine distance.

Désir et contrôle

Le manque de contrôle n’est pas pathologique. Le sont en revanche l’obsession et certaines stratégies qui prétendent être des adaptations : la répétition nous apporte un sentiment de sécurité. La compulsion, elle, est le meilleur carburant de l’anxiété.

Les manuels de diagnostic entre les mains d’un néophyte conduisent à la surpathologisation de la population. Nous avons tous un profil qui pourrait correspondre à celui d’un tableau clinique, tout comme notre avenir incertain peut correspondre aux présages de l’horoscope. Même une horloge qui ne fonctionne pas donne la bonne heure deux fois par jour.

La différence entre un cœur brisé et un cœur entier est l’espoir. Celui qui a de l’espoir vit ; celui qui n’en a pas, meurt. C’est pourquoi il s’agit de la dernière chose dont nous nous séparons avant de devenir des fantômes, la dernière couche de notre peau. Sans espoir, nous sommes vulnérables.

Nous sommes tous dépendants. Tous, nous sommes capables de tout donner quand on nous touche au bon endroit. Nous sommes aussi capables de devenir égoïstes lorsque nous nous sentons menacés ou lorsque nous avons le sentiment d’être les seuls à protéger nos intérêts.

Nous nous séparons de la victime ou du bourreau en essayant de trouver des éléments qui nous distinguent. La psychologie sociale nous dit néanmoins que nous serions presque tous capables, dans des conditions spécifiques, de commettre des actes que nous censurerions immédiatement. La peur est une émotion si puissante qu’elle peut nous faire nier notre essence.

Nous parlons généralement de l’importance des pairs, de la valeur que nous accordons au sentiment d’appartenir à un groupe à l’adolescence. De la valeur de la validation de l’autre. Nous oublions toutefois souvent que cette motivation est toujours présente, tout au long de la vie.

D’ailleurs, cette motivation fonctionne également dans le sens inverse. Nous critiquons parfois une idée – quel que soit son contenu – car  un groupe auquel nous n’appartenons pas la soutient. C’est un phénomène qui se produit fréquemment en politique.

La culpabilité, la peur, les blessures non refermées, les mots que nous gardons pour nous pèsent lourd. Il y la récréation des vies parallèles lorsque la nôtre ne va pas bien, le piège de se juger en connaissant les conséquences. Personne ne veut souffrir, et la plupart souffrent lorsqu’ils sentent qu’ils ont blessé l’autre.

L’oubli n’est pas une preuve irréfutable d’un manque d’intérêt. Notre mémoire est en effet capricieuse et nous laisse parfois sans mots. Notre attention se fatigue rapidement.

Les valeurs face à la vraie valeur

L’honnêteté est peut-être la valeur la plus rare. Nous avons tous été trompés mille fois, nous avons tous vécu des trahisons qui nous ont profondément blessés.

Il y a un ensemble de variables qui échappe à notre contrôle et qui est étroitement lié à notre destin. Dès lors, vouloir n’est pas totalement pouvoir. Il n’existe pas de déterminisme dans le résultat final.

Vouloir correspond au désir ou au souhait, mais il y a d’autres éléments à prendre en compte pour pouvoir. De quelles ressources disposons-nous ? Quelle marge avons-nous ? Le réalisme se sépare du pessimisme au moment où des options s’offrent à nous.

Vouloir, c'est se sentir vivant.

Au-delà de “vouloir n’est pas pouvoir”

Vouloir n’est pas forcément pouvoir, mais cela n’enlève rien au fait que nous puissions parfois, grâce à notre désir, obtenir un effet pygmalion ou accomplir une prophétie auto-réalisatrice. Si nous pensons que nous allons guérir, nous sommes alors davantage fidèles au traitement prescrit.

Cela n’enlève rien au fait que nous puissions faire face à la concurrence ou essayer de trouver des solutions aux problèmes qui se posent. L’impossibilité met en valeur l’intelligence dans la prise de décision, notre côté humain pour vaincre la méfiance et sur l’honnêteté ou la générosité face à l’égoïsme, une réponse facile lorsque la peur surgit.

Vouloir n’est pas pouvoir. En revanche, vouloir est un signe de vie. Si l’espoir est la dernière couche de notre peau, le désir est ce qui nous fait être.