Quand je veux pleurer, je ne pleure pas et parfois je pleure sans le vouloir

26 mai 2017 dans Emotions 309 Partagés

Pleurer est un acte infiniment complexe et, en même temps, extrêmement émouvant. En fait, la science ne nous offre toujours pas une réponse complète quand elle essaye d’expliquer la raison de nos pleurs. En outre, chez l’être humain, il se produit une réaction associée aux états émotionnels forts, qu’il s’agisse de bonheur ou de tristesse ; chez certains animaux, qui laissent aussi tomber des larmes de leurs yeux, les mêmes motivations sont valables.

Les pleurs sont pratiquement notre première façon de manifester nos émotions face au monde. C’est la base de notre communication au cours des premiers mois de notre vie. Une manière de dire « je suis là » et « j’ai besoin de vous ». Ils précèdent le langage et le transcendent en même temps.


« Les larmes qui coulent sont amères, mais les plus amères sont celles qui ne coulent pas. »

-Proverbe irlandais-


Tout être humain (sain) sait ce que représente le fait de pleurer. Parfois, on pleure en raison d’une souffrance que l’on ne peut pas exprimer par des mots et, d’autres fois, nos larmes sont causées par un rire immense. Nous pleurons parfois juste d’émotion. Enfin, il arrive que nous pleurions sans trop savoir pourquoi, quand diverses émotions se mélangent en nous.

Quand je veux pleurer, je ne pleure pas

Les larmes sont un symbole d’affectation et c’est pour cette raison qu’elles ne sont pas acceptées dans les environnements machistes ou trop autoritaires. Elles sont associées au sexe féminin et peuvent même devenir une source de mépris. Or, même le plus machiste des guerriers a commencé sa vie en pleurant. Si l’on refuse de pleurer au cours de sa vie, c’est en raison d’un acte de répression et non pas par un manque d’envie.

Il y a des moments où nous nous sentons chargé-e-s de larmes et où, en même temps, une force que nous ne pouvons identifier s’oppose à ces larmes qui font briller nos yeux et qui tracent des sentiers humides sur nos joues. Parfois, lors de ces moments où nous nous sentons submergés, comme lorsque le ciel se remplit de nuages gris, nous ne savons même pas pourquoi nous ressentons cela. D’autres fois, la force qui freine nos pleurs a un lien avec la peur que nous provoquent nos propres émotions. La peur de commencer à pleurer et de ne pas pouvoir s’arrêter.

La phrase du titre paraphrasait un poème de Rubén Darío : « Jeunesse, divin trésor,/ tu t’en vas déjà pour ne plus revenir!/ Quand je veux pleurer, je ne pleure pas…/ et parfois je pleure sans le vouloir… » (en version originale espagnole : “Juventud, divino tesoro,/ ¡ya te vas para no volver!/ Cuando quiero llorar, no lloro…/y a veces lloro sin querer…”). Nous nous sentons ainsi au cours de ces moments de la vie où nous avons besoin de force pour continuer mais où une larme nous arrête pour que nous fassions une pause.

Et parfois je pleure sans savoir pourquoi…

Vous pleurez parce que vous ne laissez pas suffisamment de temps de guérison et d’espace à votre souffrance. Nous parlons d’une souffrance qui se trouve bien au-delà de toutes les tâches que vous notez dans votre agenda et qui se manifeste chez ces dernières parce que vous ne lui permettez pas de guérir.

Vous ne pleurez pas pour ce qui vous fait souffrir mais vous le faites quand vous entendez l’hymne national ou quand vous regardez un film qui, dans un autre état émotionnel, vous aurait semblé totalement mièvre.

Vous pouvez être ému-e par une mélodie, un livre ou même une promenade avec votre chien et cela vous fait pleurer. Quand certaines souffrances ne sont pas soignées, n’importe quelle chose peut déclencher ces larmes impertinentes qui se présentent quand vous ne le voulez pas.

Par ailleurs, quand vous vivez de grandes transformations internes, les larmes peuvent couler à n’importe quel moment. Tout grand changement implique de dire adieu à d’autres parties de votre vie qui ne reviendront pas et qui, même si elles ont été pleines de mauvais moments, ont eu une grande importance pour nous. Au cours de ces moments de changement, nous devenons sensibles à tout et les larmes ont l’habitude d’apparaître sans qu’un fait concret ne les déclenche.

Vive les larmes !

Pleurer sera toujours un acte sain. D’abord parce que les larmes transforment une pression en un ex-pression de notre monde intérieur. Pleurer est une bonne chose car cela permet de libérer une force interne, de la laisser sortir et cela produit également une sensation de libération, voire même de consolation. Les larmes permettent de se décharger émotionnellement et, grâce à elles, nous ressentons une sensation de bien-être.

Il y a cependant un fait curieux. Les larmes émotionnelles ont une composition différente de celles que l’on appelle « larmes basales ». Ces dernières sont celles qui arrivent quand les yeux ont besoin de se lubrifier ou quand ils sont irrités (par exemple quand on coupe des oignons). La science a découvert que les larmes émotionnelles ont plus de protéines et plus d’hormones associées au stress. C’est pour cela que l’idée que les pleurs libèrent est une affirmation qui se base sur des preuves scientifiques.

Pleurer est également un langage, une forme de communication. Les pleurs apparaissent quand les mots ne peuvent pas définir une émotion. Comme quand vous réussissez quelque chose qui est déterminant pour votre vie ou quand vous êtes le témoin d’un acte qui vous touche au plus profond de votre être. C’est pour cela que l’on dit que pleurer est un acte extrêmement complexe puisqu’on associe les pleurs à des émotions très profondes ; cependant, il n’existe aucune théorie qui explique complètement cela.

Celleux qui se vantent de ne pas pleurer souffrent de quelque chose que l’on pourrait définir comme un analphabétisme émotionnel. Le psychanalyste Jean Allouch parle d’un moment de « deuil sec ». Il affirme qu’à notre époque, les gens ne veulent pas pleurer même s’il existe suffisamment de raisons évidentes pour le faire. Il suggère aussi que cette limitation pourrait être la base de beaucoup de formes de dépression. Pleurer n’est pas un signe de faiblesse mais de spontanéité. Nous pouvons alors affirmer sans crainte : vive les larmes !

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