Venger la haine par un sourire n’est pas hypocrite, c’est élégant

21 février 2017 dans Emotions 0 Partagés

Sage est celui/celle qui est capable de dessiner un sourire pour venger la haine. Faire cela n’est pas hypocrite, et encore moins une affaire de lâcheté, mais d’élégance, et vient des esprits qui savent et comprennent qu’il y a des batailles qui ne valent pas la peine d’être livrées. Car semer la graine de la haine dans le cœur revient à arracher les racines de l’intelligence.

Nous finissons tou-te-s par prendre conscience, à un moment ou à un autre, que dans notre réalité, il y a deux types de personnes. Nous les identifions par leur manière de créer du lien avec celleux qui les entourent. D’un côté, il y a celles qui sentent que l’univers entier leur doit quelque chose : ce sont celles qui stockent de la rancœur, toujours plus. Et de l’autre côté, il y a celles qui acceptent ce qu’il y a et qui réagissent avec la sérénité dont font preuve ces personnes qui suivent leur propre rythme, sans poids, sans hostilités.

« La haine est la mort de la pensée. »

-Tomas Abraham-

Il existe un vieux dicton bouddhiste qui nous rappelle quelque chose : « la haine est comme une pierre ardente ». Celleux qui la portent ne désirent qu’une chose : la lancer sur les autres à la moindre opportunité. Or, iels ne parviennent qu’à se brûler elleux-mêmes. Aujourd’hui, et à cause de la profonde crise que nous sommes en train de traverser dans la plupart des sociétés, nombre de ces pulsions sont exacerbées, et mettent en exergue le pire de l’être humain.

Nous parlons, par exemple, de l’ascension des partis xénophobes dans de nombreux pays de l’Union Européenne qui voient les immigré-e-s comme des ennemi-e-s. L’Allemagne le vit davantage depuis qu’elle a ouvert sa porte aux réfugiés. Le Royaume-Uni cherche aussi à protéger son identité et ses intérêts avec le Brexit.

Mais, nous savons bien que tout cela n’est pas nouveau. Nous vous proposons de réfléchir à ce sujet.

fourchettes-contre-cuillere-768x445

La haine : un mécanisme primitif et passionnel

Peut-être que cette donnée vous surprend mais notre cerveau met la méfiance avant l’empathie. C’est un mécanisme de défense moyennant lequel nos ancêtres plaçaient ce filtre de perception qui leur permettaient d’être prévenu-e-s face aux choses différentes, car tout ce qui était différent du groupe représentait souvent une menace.

Nous savons que les temps ont changé, que nos réalités sont autres. Mais, notre cerveau continue à être dominé par ces instincts subtils qui surgissent parfois dans leur aspect le plus primitif. Henri Tajfel, le psychologique social britannique réputé, connu pour ses travaux sur les préjugés, la haine et les identités, en parle dans ses études : l’être humain, en tant qu’espèce, se verra toujours lui-même comme un adversaire.

La haine séduit beaucoup de gens car elle leur sert de mécanisme pour se ré-affirmer (tu penses différemment de moi, donc tu es mon ennemi-e. Me ré-affirmer comme étant ton opposé-e, en te méprisant, me donne du pouvoir). Cette résolution primitive et incompréhensible pour beaucoup, se forme au niveau neurologique de manière très concrète et surprenante.

enfant-qui-pense-a-la-haine

Nous sommes sûr-e-s que vous avez déjà entendu la phrase suivante : « Entre l’amour et la haine, il y a une ligne très ténue ». C’est vrai. Les chercheur-se-s du Laboratoire de Neurobiologie de l’University College de Londres nous ont révélé, grâce à une étude, que la passion et la haine partagent les mêmes zones neuronales. Concrètement le putamen et le cortex cérébral.

Cela explique sans aucun doute certains comportements irrationnels qui définissent l’être humain.

Éteindre le feu du cœur : un acte de foi

Nous avons tou-te-s ressenti la haine une fois, envers quelqu’un ou quelque chose. Et même, il est même possible que ce sentiment soit complètement justifié : quelqu’un nous a fait du mal intentionnellement, ou à quelqu’un de proche. Mais, sachez quelque chose : aussi justifiée cette émotion soit-elle, il n’est jamais recommandé de l’alimenter, de la laisser s’installer dans notre vie comme quelqu’un qui ouvre la porte à un-e étranger-ère pour qu’iel s’approprie son foyer.

« Une personne aigrie s’intoxique elle-même. »

-Maz Scheler, philosophe-

Nous avons tou-te-s lu et entendu à de multiples reprises que la haine nous rend esclave, nous emprisonne de l’amertume et du ressentiment. Mais, comment faire ? Faut-il pardonner ? Comment franchir cette étape qui va de la haine à l’indifférence ?

fleurs-768x401

Cela vaut la peine de visualiser un moment ce qu’est la haine. Cette émotion se forme au milieu de notre cerveau, dans les structures citées précédemment, le putamen et le cortex insulaire. Son niveau d’activation est intense et dévastateur, comme une étincelle. Cette émotion incendiaire détruit notre capacité à agir avec dignité et maturité.

Elle parvient à cela car elle embrume les zones rationnelles de notre cerveau, là où se trouvent l’empathie et la capacité à réfléchir avec équilibre. Elle augmente aussi la pression sanguine et favorisent de multiples changements physiologiques qui n’ont qu’un objectif : répondre à la menace. Vivre de cette manière ne suppose pas uniquement de perdre la santé : nous laissons aussi échapper notre excellence en tant qu’êtres humains.

Éteindre ce feu implique tout d’abord de sauter un cap vers la foi. Nous devons nous dire à nous-même que nous allons retrouver la confiance. Non pas en ces personnes qui nous ont fait du mal, mais en nous-même. Nous devons être convaincu-e-s que nous méritons d’être heureux-ses à nouveau.

Laissons donc les désirs de vengeance de côté et sourions avec orgueil aux personnes qui savent bien ce qu’elles veulent, ce qu’elles valent et ce qui n’en vaut pas la peine.

Images de Isabelle Arsenault

A découvrir aussi