Une vie secrète : comment la vie continue lorsqu'on se cache pendant 30 ans

15 juin, 2020
Dans cette période d'enfermement, Une vie secrète peut produire des sensations très différentes de celles qu'elle aurait pu générer dans notre vie quotidienne. Il est certainement plus difficile pour nous d'imaginer comment certains hommes ont pu supporter d'être enfermés dans des conditions aussi déplorables.
 

Une vie secrète est un voyage bouleversant à travers la guerre civile espagnole et les soi-disant taupes. Après une amnistie gouvernementale en 1969, une poignée d’hommes dans toute l’Espagne sont sortis au grand jour. Ils étaient restés cachés, souvent dans leur propre maison, pendant plus de 30 ans. Et ce pour éviter les représailles après l’occupation du pays par Franco en 1936.

Une vie secrète rassemble les détails de certains des récits étonnants de ces cauchemars. Il reformule l’histoire cachée d’une soi-disant « taupe » et de sa femme, qui souffre de leur terrible situation d’une manière profonde et désintéressée. Une très jolie histoire sur l’amour comme protection contre la peur.

Le film doit une bonne partie de son impact à deux personnages et à un lieu. Il a été dirigé par l’équipe de réalisateurs et producteurs basques responsables de films comme Loreak et Handia. C’est un voyage émotionnel intense, presque parfait, sur la peur de la répression politique et sur la vulnérabilité. Sur le désespoir et la résistance des hommes.

Une vie secrète : de la fuite à l’attente éternelle

Pratiquement toute l’action physique est montrée dans les 20 premières minutes du film. La caméra suit l’astucieux politicien de gauche Higinio (Antonio de la Torre). Il est placé, avec d’autres prisonniers, dans un camion appartenant à la Garde civile franquiste.

Alors qu’un de ses camarades supplie un des gardes pour sa vie, Higinio en profite pour sauter du camion et s’échapper. Il est poursuivi par les gardes civils, alors qu’il court à travers la zone rurale d’Andalousie.

 

Enfin, il se cache dans un puits sombre et profond dans la nuit avec deux autres personnes persécutées. Ces deux hommes sont abattus d’en haut. Pendant ce temps, Higinio parvient à se cacher dans l’un des trous laissés par le puits. Il retire les corps ensanglantés, quitte le puits le lendemain matin et rentre chez lui.

Sa femme, la couturière Rosa (Belén Cuesta), l’y attend. À partir de là, un profond drame psychologique se déroulera dans le calme et l’éternité des heures. Higinio ne verra pas d’autre issue que de se cacher sous le plancher et de regarder tout ce qui se passe chez lui comme une taupe. Comme un spectateur du pire siège possible, celui de sa maison.

Une vie secrète : tension pour le spectateur

La vie d’une taupe est vraisemblablement ennuyeuse. Cependant, l’ennui ne devient jamais un problème pour le spectateur dans ce film.

La principale menace et tension dans le film vient de Gonzalo (Vicente Vergara), qui a dénoncé Higinio aux autorités. Il continue à le menacer sans cesse, à commencer par l’enlèvement sadique des rideaux de la maison de Rosa alors qu’il observe tout depuis sa cachette.

Higinio s’installe dans la maison de son beau-père habillé en femme âgée. Il profite d’un laisser-passer pour la Semaine Sainte dans le village. Il y aura un espace beaucoup plus grand pour s’établir totalement comme une taupe échappant à la justice. Ainsi, il pourra disposer d’un petit lit, de quelques petites étagères et d’une table où il pourra tisser quelques œuvres pour Rosa.

 

Dans une séquence tragicomique qui offre un répit au drame, un couple homosexuel décide d’utiliser la maison du beau-père d’Higinio pour leurs rendez-vous, profitant de l’absence de Rosa pendant quelques mois. Lorsqu’ils sont découverts par Higinio, un pacte est établi, dans lequel ils pourront se voir dans la maison en échange de l’apport de la presse et de quelques aliments.

L’accompagnement de Rosa

Rosa déclare qu’elle veut un enfant, une demande difficile à croire dans ces circonstances. Rosa est une femme ferme, dévouée et désintéressée ; son rôle est complexe car elle a plusieurs couches, étant bien plus que la femme qui aide Higinio dans sa cachette.

Soudain, devant améliorer tout ce à quoi son éducation l’a préparée, Rosa doit se réinventer en tant que soutien de famille. Belén Cuesta apporte fragilité, force et engagement au personnage de Rosa.

S’il y a un tournant dans la vie de Rosa, c’est le harcèlement et le viol dont elle est victime de la part d’un garde civil qui vient faire recoudre ses vêtements dans son atelier. Un jour, il y a une lutte dans laquelle Rosa refuse d’établir le moindre contact avec lui. Higinio, qui voit tout à travers sa cachette, doit se retenir afin de ne pas être découvert.

Higinio est très frustré par les humiliations qui s’accumulent. Mais il réagit de manière primitive quand il voit ce qui s’est passé. Il sort de sa cachette pour faire l’amour avec sa femme dans une scène inconfortable frisant l’abus sexuel.

 

Lorsque quelques jours plus tard, la Garde civile revient, il attaque Rosa et Higinio ne peut pas éviter son viol, car sa cachette pourrait être dévoilée. Quand il sort enfin pour aider, c’est pour tuer ce garde civil dont il aura toujours des doutes sur le fait d’être ou non le père de son enfant.

Une scène dans Une vie secrète

 

Une vie secrète : la puissance de l’amour

Les performances des deux protagonistes donnent vie à l’histoire. Le fait qu’Higinio soit un homme de valeurs traditionnelles et de peu de mots, donne un sens très marqué à son rôle.

Inévitablement, la plupart des actions se déroulent au crépuscule, parfois utilisé en contraste avec l’éblouissant soleil andalou. Une grande partie de ces événements se déroulent dans le cadre de visions incertaines, du point de vue craintif d’Higinio qui, avec le spectateur, tente de découvrir ce qui se passe. Une stratégie qui génère de la tension, mais aussi de l’émotion.

Malgré toute la souffrance, l’obscurité et le mal humain qui se reflètent dans le film, Une vie secrète est un film positif. Il nous dit, sans sentimentalité, sans excès ni cliché, que l’amour peut être un refuge qui peut durer toute une vie.

 

Le processus global du film commence avec tout ce qui est à peine visible pour dévoiler ce qu’il faut avant tout voir. A savoir toutes ces petites choses invisibles de nos vies.