Umberto Eco : biographie d’un romancier et philosophe

2 avril 2019
Découvrez la vie d'Umberto Eco !

Umberto Eco était un romancier, critique littéraire, philosophe et professeur italien. Il est mondialement connu pour son roman de 1980, Il nome della rosa (Le nom de la rose). Il s’agit d’un roman policier médiéval qui combine la sémiotique dans la fiction à l’analyse biblique, aux études médiévales et à la théorie littéraire.

Umberto Eco est né le 5 janvier 1932 dans la région du Piémont, dans le nord de l’Italie. Son père, Giulio, était comptable et a servi dans trois guerres au long de sa vie. Lorsqu’il était enfant, Umberto passait des heures dans la cave de la maison de son grand-père. C’est là qu’il a commencé à se passionner pour la littérature. Il lisait toute la collection de son grand-père, qui incluait Jules Vernes, Marco Polo et Charles Darwin. Sous la dictature de Mussolini, Umberto a gagné le premier prix lors d’un concours d’écriture pour jeunes fascistes.

Après la Seconde Guerre Mondiale, Eco a rejoint une organisation juvénile catholique. En peu de temps, il est devenu le leader national. Il a cependant démissionné de son poste en 1954 au moment des protestations contre les politiques conservatrices du Pape Pie XII. Malgré cela, il est resté très attaché à l’Eglise et cela s’est reflété dans sa thèse de doctorat. Celle-ci concernait Thomas d’Aquin. Il a ainsi obtenu son doctorat en Philosophie à l’Université de Turin en 1956.

Eco a travaillé en tant qu’éditeur culturel pour la Radiotelevisione Italiana (RAI). Il a aussi été professeur à l’Université de Turin (1956-1964). Lorsqu’il travaillait à la RAI, il s’est lié d’amitié avec un groupe d’artistes d’avant-garde. Ce groupe était connu sous le nom de Gruppo 63 et se composait de musiciens, de peintres et d’écrivains qui sont devenus une influence fondamentale dans la carrière littéraire d’Umberto Eco.

Umberto Eco

 

L’héritage culturel d’Umberto Eco

Umberto Eco a essayé d’interpréter les cultures à travers leurs signes et leurs symboles. Il a tout analysé : le langage, les icônes religieuses, les pancartes, les vêtements, les partitions musicales et les dessins animés. Au cours de sa période d’enseignement à l’Université de Bourgogne, il a publié plus de 20 livres sur ces questions.

La singularité de son travail littéraire est d’avoir réussi à imprégner ses romans de préoccupations académiques. Eco a trouvé le moyen de maintenir sa vie universitaire et son travail unis en étant écrivain de fiction.

Le succès de Le nom de la rose, son premier roman, ne s’est pas répété avec les œuvres suivantes ou avec d’autres travaux. Le nom de la rose a été publié en Europe en 1980. Il s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires en 30 langues. Il a aussi été adapté au cinéma en 1986 par Jean-Jacques Annaud. Sean Connery a joué le rôle du personnage principal. Ce film a aussi connu un grand succès.

Philosophie et journalisme

« Je crois que ce que nous devenons dépend de ce que nos pères nous ont enseigné à des moments singuliers, quand ils n’essayaient pas de nous enseigner. Nous sommes ainsi formés par de petits bouts de sagesse. »

-Umberto Eco-

Tout au long de sa vie, il a continué à enseigner la philosophie et, plus tard, la sémiotique à l’Université de Bologne. Il a acquis une certaine renommée en Italie, son pays natal, grâce à ses colonnes hebdomadaires sur la culture et la politique populaire pour L’Espresso, la revue la plus importante du pays.

Sa contribution à la culture des médias est immense et nous pouvons la voir à travers des essais comme Fenomenologia di Mike Bongiorno (Phénoménologie de Mike Bongiorno). L’influence d’Eco l’a mené à être largement reconnu et il a reçu plus de 30 doctorats honorifiques d’institutions aussi réputées et respectées que l’Université de l’Indiana ou l’Université de Rutgers.

Le nom de la rose et autres travaux littéraires

Comme nous l’avons déjà commenté, son roman le plus célèbre, Le nom de la rose, se déroule dans un monastère italien du XIVème siècle. Ce lieu est idéal pour la trame que va nous présenter Eco. Un monastère impénétrable, au Moyen-Âge… Nous pouvons presque sentir l’odeur de l’église, du lieu sacré. C’est dans cet environnement que se construit la tragédie : les assassinats commencent, les moines sont tués par leurs coreligionnaires qui s’efforcent de dissimuler un traité philosophique perdu par Aristote.

En tirant profit du mystère et de la fiction, Eco se permet de laisser de la place pour le débat en intercalant des chapitres complets dédiés aux discussions sur la théologie chrétienne et les hérésies. Cette idée peut nous sembler brillante mais, en même temps, nous ne pouvons éviter de penser à la polémique que cela a pu déclencher.

Le succès de son roman

Transformer une oeuvre divertissante en espace dédié à la réflexion et au débat est incroyablement intelligent. Contre toute attente, Eco est parvenu à captiver une audience massive avec ce roman policier.

Dans cette oeuvre, Umberto Eco établit différents conflits philosophiques parallèles : vérité absolue vs interprétation individuelle; art stylisé vs beauté naturelle; prédestination vs libre-arbitre; et, bien sûr, spiritualité vs religion. Il s’agit d’une série de dichotomies fondamentales pour l’être humain, et tout cela provoque un dialogue constant entre le monde traditionnel du christianisme médiéval et le post-modernisme. Dans ce dialogue, Eco réussit à examiner les limites de chacun.

« Il n’y a rien de mieux que d’imaginer d’autres mondes pour oublier à quel point celui où nous vivons est douloureux. »

-Umberto Eco-

Ses romans postérieurs nous présentent différents protagonistes qui plongent leurs racines dans l’histoire, comme par exemple : un croisé voyant au Moyen-Âge, un naufragé de la décennie de 1600 et un physicien du XIXème siècle. Tous ces romans ont aussi permis aux lecteurs d’absorber de grandes doses de réflexions sémiotiques en même temps que des récits de fictions convaincants. Eco a toujours travaillé pour maintenir un équilibre étrange entre histoire, réalité et fiction.

Umberto Eco

 

Umberto Eco : son héritage au niveau de la pensée universelle

En septembre 1962, Umberto Eco s’est marié avec Renate Ramge, une professeure d’art allemande avec qui il a eu un fils et une fille. Eco passait son temps entre un appartement à Milan et une maison de vacances près de Rimini. Il possédait une bibliothèque de 30.000 livres dans sa résidence milanaise et une autre de 20.000 livres à Rimini. Il est décédé dans sa maison à Milan des suites d’un cancer du pancréas, la nuit du 19 février 2016, à l’âge de 84 ans.

En 1988, Eco a créé un programme d’études inhabituel à l’Université de Bologne. Il portait le nom d’Anthropologie de l’Ouest. Ce programme était extrêmement révolutionnaire pour l’époque car il était fait du point de vue des non-Occidentaux (des académiciens africains et chinois).

À partir de cette initiative, Eco a développé un réseau transculturel international en collaboration avec l’anthropologue français Alain Le Pichon. Le programme de Bologne a abouti à une série de conférences qui seraient le germe de La licorne et le dragon, une oeuvre dans laquelle Eco évoque la question de la création de connaissance en Chine et en Europe.

Un système de référence

En définitive, l’érudit italien a signalé la tendance accrue à classifier les symboles, les idées et les concepts des cultures étrangères en les adaptant à notre propre système de référence culturelle. Le cas le plus significatif cité par Eco est celui de Marco Polo qui, en voyant un rhinocéros lors de ses voyages en Orient, l’a immédiatement identifié en tant que licorne. Marco Polo avait nommé cet animal en s’appuyant sur l’image occidentale de la licorne : une créature avec une corne.

Nous pouvons voir ce type d’anecdote se refléter dans des textes médiévaux et dans les premiers livres de voyage. Au moment de découvrir l’Amérique, de nombreux voyageurs ont affirmé avoir vu des sirènes ou décrivaient des lieux exotiques et fantastiques. Ainsi, nous pouvons voir que ce qu’Eco proposait est une conséquence de notre culture. Comme Marco Polo, nous essayons de comprendre quelque chose d’inconnu en l’adaptant à travers le filtre du connu.

Eco a été un pionnier dans l’interprétation du monde en fonction de notre culture. Il a fondé et développé l’une des approches les plus importantes de la sémiotique contemporaine, généralement dénommée sémiotique interprétative.

 

  • Proni, G. (1987) Umberto Eco: An intellectual biography. Londres: De Gruyter Mouton.