Le trouble réactionnel de l’attachement : ne me touchez pas !

· 21 février 2018

L’attachement est un type de lien affectif qui se développe au cours de l’enfanceS’il ne se fait pas correctement, c’est-à-dire si tous les besoins des petits ne sont pas satisfaits, des schémas d’attachement nocifs peuvent s’établir. Le trouble réactionnel de l’attachement en est un et se caractérise par une inhibition émotionnelle et affective que les enfants présentent face à leurs progéniteurs ou proches.

Il est étrange que des enfants ne réclament aucun type de contact et qu’ils le fuient comme si ses parents brûlaient. Ces enfants ne sont pas nés avec cette attitude, elle s’est forgée en accord avec ce que leur environnement leur a offert. Dans ces cas, le plus probable est qu’ils aient été en contact avec un environnement complètement déstructuré et toxique pour eux.

« L’histoire d’un enfant est ce qui conditionne sa façon de se sentir dans le monde et ce que l’on attend de lui. »

-Charo Blanco-

enfant seul

Quel environnement favorise le trouble réactionnel de l’attachement ?

Quand nous parlons de trouble réactionnel de l’attachement, nous faisons référence à un contexte qui ne couvre pas ou ne compense pas les besoins basiques des enfants. Ces besoins incluent sécurité et protection, contact sain avec d’autres personnes, manger, dormir, ne pas ressentir de douleur… Par exemple, des parents qui ne s’occupent pas de leur enfant quand celui-ci pleure parce qu’il a faim ou froid utiliseront le principal signal dont peut se servir l’enfant pour demander quelque chose.

Comme nous pouvons le voir, les demandes les plus basiques de l’enfant ne sont pas prises en compte, ce qui lui fait développer une attitude -ne pas perdre d’énergie en pleurant- qui augmente les probabilités de survie dans l’environnement où il doit vivre. Mais quelles sont les autres situations qui peuvent déclencher ce trouble ?

  • Des progéniteurs avec de faibles habiletés parentales : ils ne sont ni préparés, ni sûrs d’eux. Ils ne savent pas ce qu’ils doivent faire. Ils ne cherchent pas non plus à se former ou à acquérir davantage de connaissances. Ils se contentent de ce qu’ils savent pour se débrouiller.
  • Des parents qui n’expriment pas leurs sentiments : personne ne leur a appris à exprimer leurs émotions ou bien, en raison d’expériences traumatiques, ils font tout le contraire, c’est-à-dire les cacher au plus profond de leur être. La conséquence est qu’ils ne savent pas manifester leur affection et exprimer l’amour qu’ils ressentent pour leur enfant. Celui-ci ne peut donc pas le recevoir.
  • Violence physique ou psychologique : nous parlons de violence dans la relation avec les parents, une violence physique avec l’enfant ou même des abus sexuels.
  • Enfants orphelins: passer par des familles d’accueil différentes ou être élevés dans un orphelinat peut faire que les besoins ne soient pas comblés de manière adéquate et qu’une insécurité et une sensation d’abandon se développent.

Les enfants avec un trouble réactionnel de l’attachement évitent tout contact avec leurs progéniteurs et sont incapables d’exprimer ou expriment peu de sentiments et d’émotions positives. En général, ils ne demandent de l’aide à personne quand ils ont mal, peur ou sont inquiets, ce qui leur arrive souvent.

Les enfants qui développent un trouble réactionnel de l’attachement causé par des environnements comme ceux que l’on a déjà décrits évitent le contact avec leurs progéniteurs car ils ont appris que même en réclamant, ils n’obtiendront pas ce dont ils ont besoin. Par ailleurs, le manque d’affection et même de contact physique rend plus difficile l’expression de leurs émotions et de leurs sentiments. D’une certaine manière, ils deviennent autosuffisants et rejettent ce qui leur a fait du mal. Il n’y a pas de lien. Ils ne se sont pas sentis valorisés. Par conséquent, ils développent un trouble réactionnel de l’attachement en tant que stratégie pour s’adapter à l’environnement dans lequel ils doivent vivre.

trouble réactionnel de l'attachement d'une petite fille

Retour aux origines : la construction d’un bon attachement

Avec tout cela, une question surgit dans notre esprit. Si tout ce qu’il nous arrive dans notre enfance nous marque autant, est-il possible que le trouble réactionnel de l’attachement ait une solution? La réponse est oui, même si son traitement est très complexe car différents professionnels doivent intervenir. Un spécialiste en psychologie n’est pas suffisant: il est recommandé d’inclure un médecin, un assistant social, un professeur et la modification de l’environnement dans le plan d’intervention.

Le père, la mère ou le tuteur légal doivent se responsabiliser par rapport à un processus qui prendra du temps mais dont les résultats pourront être brillants. On recherche avant tout la construction d’un lien solide et fort. Un lien sûr. Pour cela, il est important de travailler l’estime personnelle de l’enfant et diverses habiletés sociales.

Beaucoup peuvent se demander si ce trouble se résout vraiment ou si l’enfant apprend seulement à communiquer de manière efficace grâce à une série d’outils qui lui viennent en aide. Au fond, établit-il un lien solide? Ses progrès n’existent-ils que grâce aux habiletés qu’il a acquises ?

Ainsi, la thérapie cognitivo-comportementale fournit une stratégie centrée sur une restructuration cognitive valide pour changer les cognitions dysfonctionnelles qui affectent l’établissement de liens sains. Une réalité très encourageante, surtout pour ces enfants qui se sont trouvés dans des familles déstructurées et qui souffrent du trouble réactionnel de l’attachement.

« L’enfant a besoin de temps pour apprendre à faire confiance à l’accessibilité et à la disponibilité de ses parents et, à partir de là, pour se sentir sûr par rapport à eux. »

-Anonyme-

Avoir un enfant et l’élever sont des éléments très importants, dont la responsabilité retombe sur les parents ou les tuteurs. Les plus petits ne sont pas des objets, ce sont des personnes qui apprendront à partir de leurs premières relations et qui auront tendance à reproduire le même patron d’interaction dans le futur. Nous efforcer de les élever de la meilleure façon possible, de nous former, de demander de l’aide ou un soutien nous permettra de combler tous les besoins des petits en évitant ainsi de les voir développer un trouble réactionnel de l’attachement.

famille heureuse